Chapitre cinq
Aujourd'hui, nous étions samedi. Ce soir, j'avais cours de boxe. Pendant deux jours j'ai piétiné, j'ai tourné en rond, je me suis fais chier, quoi. J'étais dans la salle de bain, à imiter les plus grands boxers de l'histoire de la boxe : Mohammed Ali, Rocky, etc. J'invoquais leur force et leur volonté afin de m'en servir pour mon premier jour, afin de donner le meilleur de moi-même. J'ai toujours été quelque peu perfectionniste, et je cherche toujours à me distinguer de toutes les autres personnes qui concourent dans la même catégorie d'action que moi.
Je sortis de la salle de bain direction la chambre pour me mettre en tenue de sport. Je cherchai ensuite mes gants et mon protège-dents, puis j'allai chercher une bouteille d'eau et une serviette. J'avais la tenue de la parfaite boxeuse, j'allais tout déchirer. Ou perdre mes dents, au choix. Je ris de cette perspective qui ne me faisait pas plus peur que ça (un tantinet quand même), puis sortis de mon appartement une fois que j'eus rassemblé mes affaires dans un sac. Je galopai comme un jeune étalon dans la cage d'escalier tout en rejoignant mon garage, rencontrant le Casanova du troisième étage au passage.
-Tiens, tiens. On va faire du sport, MiSeon ?
-Va jouer plus loin. Tiens, je me demandais... t'as pas testé un homme ?
Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres. J'arquai un sourcil puis me mis à rire avant de lui taper dans la main. Malgré que je ne partageais pas son délire pour la bonne chair, c'était le seul jeune de l'immeuble et donc, la seule personne avec qui je m'entendais à peu près bien.
Je roulai prudemment sur la route vers le club de boxe. Je tapai la mesure avec mon pied gauche quand je n'embrayais pas, à fond sur la musique qui passait à la radio. Je me garai consciencieusement sur le parking puis attrapai mon sac de sport à l'arrière avant de sortir de mon véhicule. Je rejoignis le club, une légèreté dans l'âme. Ça devait être à cause de ce que j'avais fait hier, je m'étais réveillée avec une certaine douceur dans le cœur. Ça faisait du bien. Beaucoup de bien.
-Bonjour MiSeon.
-Bonjour monsieur.
-Prête ?
-Et comment !
J'allai déposer mon sac sur le côté puis le rejoignis tout en enfilant mes gants, je n'avais pas besoin de mon protège-dents pour le moment. Il me donna quelques instructions sur l'échauffement à faire puis je m'exécutai. Rien de bien sorcier, je devais juste taper dans les airs, gauche droite gauche, droite gauche droite. De temps en temps, après deux-trois enchaînements, je devais remettre mes gants face à moi et esquiver un coup imaginaire. J'étais la curiosité du jour, car j'étais la nouvelle. Mais personne ne venait me parler, ça m'arrangeait bien.
-MiSeon, est-ce que tout va bien ?
-Oui, pourquoi ?
-Non, rien. Tu resteras à la fin de la séance ? J'ai à te parler.
-D'accord.
Je le regardai rejoindre un garçon du club puis me remis au travail. Qu'est-ce qu'il me voulait ? Je n'en avais pas la moindre idée. Je continuais à taper dans les airs avant qu'il ne me demande de rejoindre un sac parmi tant d'autres suspendus par le plafond. J'en choisis un noir mais il me conseilla un blanc, puisque ceux-ci sont les moins lourds. Je m'exécutai puis refis l'enchaînement qu'il m'avait appris. Le sac bougeait pas mal, je devais le retenir de temps en temps pour le remettre droit.
-MiSeon, passe à un sac noir.
Je m'exécutai puis continuai, encore et encore. Ça défoulait bien, j'adorais. Pour une première séance, c'est tout ce dont j'espérais. Si je venais régulièrement au club, j'allais savoir canaliser mon énergie et pouvoir passer la semaine tranquille, du moins les jours entre deux séances de boxe.
Il était 19h30, les inscrits partaient au compte-goutte. Je passai ma serviette pour la énième fois sur mon cou et mon front et bus d'une traite le reste de ma bouteille d'eau. Le professeur s'avança alors vers moi.
-J'ai à te parler. Assis-toi.
Je m'assis à côté de lui puis il engagea la conversation.
-Je n'ai jamais vu quelqu'un comme toi. Quelqu'un qui a la rage. Si tu as remarqué ce soir que tout le monde t'épiait, c'est parce qu'ils ne comprenaient pas ton caractère. Est-ce que tu es une personne qui a connu des moments difficiles ?
-... Oui. Ça se voit si tant que ça ?
-Dans la manière dont tu frappes dans les airs et dont tu frappes un sac, c'est comme si tu rejetais toute la haine que tu gardes depuis bien longtemps en toi. Je le sens, et ça se voit.
-Je ferais attention la prochaine fois.
-Non, fais comme tu le sens. Si tu t'es inscrite à ce club, c'est ce que tu as besoin de te défouler, alors défoule-toi. Ce n'est pas de la peur que les autres ont ressenti, mais de l'émerveillement. J'enseigne non seulement la boxe, mais j'apprend aussi à mes élèves d'être calme et ne pas frapper le premier. Et ce qu'ils ont vu chez toi, c'est toute la retenue que tu as exercé et qui se déverse aujourd'hui dans une activité. Et c'est toi qui a choisi cela.
Je levai les yeux vers mon professeur, touchée par ses paroles.
-Merci, monsieur.
-Appelle-moi Lee.
-D'accord, Lee.
Il tendit sa main, je tapai dedans. Puis nous nous relevâmes et je me préparai à sortir en mettant mon manteau sur moi.
-Oh, la prochaine fois il faudra que je te présente quelqu'un. Il pourra t'aider à calibrer tes coups et canaliser au mieux l'énergie que tu as, afin de ne pas faire d'excès. On n'est pas là pour blesser mais apprendre à se défendre, comme on est là pour oublier et non pas se venger de toutes les saloperies que la vie nous a faite.
C'est fou comme il arrivait à lire en moi comme dans un livre ouvert. Conquise par cette nouvelle rencontre, je quittai le club en saluant chaleureusement mon professeur puis rejoignis ma voiture afin de rentrer chez moi.
-Bonne frappe pour une nouvelle.
Je relevai la tête et distinguai une silhouette dans la pénombre.
-Merci.
-Tu reviens mercredi ?
-Oui.
-Alors à mercredi.
Je le vis jeter sa cigarette dans le cendrier puis il me tourna le dos, sûrement pour repartir chez lui.
-Je te dépose, si tu veux ?
Mais il ne se retourna pas. Il ne m'avait certainement pas entendu. Soudain, je pris compte de ce que je venais de faire. Même si c'était quelqu'un qui était dans le même club que moi, cette personne, je ne la connaissais pas. Mais je lui avais quand même proposé de le raccompagner, un peu comme de l'aide. Est-ce que la carapace que je m'étais forgée pendant tout ce temps était en train de se fissurer ? Dégoûtée de moi-même, je rentrai en rage dans ma voiture puis conduisis jusque chez moi. Arrivée dans mon appart', j'allais prendre une douche rapide puis me cuisinai un truc vite fait avant de rejoindre mon lit, exténuée. Physiquement et mentalement.
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