Chapitre 45 - Simon

Je tenais Elwin par le bras pour lui éviter de tomber puisqu'il était toujours un peu faible, et finalement, ce fut moi qui tomba à plat ventre, entrainant Elwin qui me tomba dessus en grognant. Les téléportations, ça me faisait toujours tomber, je n'avais aucune idée pourquoi. Elwin se releva lentement et me tendit sa main. Je refusais son aide puisqu'il semblait à peine assez solide pour son propre poids.

- Où est-ce qu'on est ? demanda Elwin en regardant partout.

Je haussai les épaules, toujours à genoux, et regardait à mon tour le décor. À première vue, j'aurais dit que nous étions de retour dans une énième chambre de motel, avant de me rendre compte qu'il y avait trop de décoration pour un simple motel. Nous étions dans un salon.

- La maison du psy, dit Elwin pour lui-même. Quel psy ?

Je tournai la tête vers lui, moitié surpris, mais il ne me regardait pas ; il fixait le vide. J'en déduisis alors qu'il parlait avec Bleu. Je me relevais et abandonnais Elwin pour fouiller la maison. Juste devant moi, il y avait une grande ouverture menant directement à une salle à manger, et à la vue d'une assiette de muffin sur la table, mon ventre se mit à gronder atrocement. Je me précipitais aussitôt pour m'en prendre une, pensant à donner la deuxième à Elwin, mais j'avais tellement faim que je les mangeais toutes les deux et m'en pris deux autres pour Elwin.

- Hé ! Y'a quelqu'un, ici ?! criais-je en faisant le tour de la salle à manger.

J'entendis un bruit qui me fit sursauter venant d'en-dessous de mes pieds ; la cave. Je cherchai une porte des yeux quand Elwin vint me rejoindre dans la salle à manger et me prit un muffin des mains sans me demander la permission.

- C'est délicieux, marmonna-t-il, la bouche pleine. Tellement mieux que la bouffe dans ce vaisseau... Bon, il m'a dit qu'ils sont tous dans la cave, mais j'ai l'impression que tu t'en doute puisque tu cherches déjà la porte. C'est celle-là.

Elwin essuya quelque miette de muffin autour de sa bouche puis pointa une porte qui était à peine visible d'ici, traversant la cuisine et un long corridor, où l'on pouvait voir, tout au fond, un petit bout du cadre de porte.

- Je suis pas sûr d'être assez rétabli pour prendre le risque de descendre des escaliers, alors... faisons la course, dit Elwin en me faisant un clin d'œil.

- Tu veux qu'on fasse la course...? dis-je dans un rire.

- Ouais, bon, c'est déjà dit d'avance que je vais gagner, mais je te laisse une chance. Vas-y.

Je n'arrivais pas à comprendre où il voulait en venir, alors je restais là, attendant de meilleure explication. Elwin haussa les épaules, voyant que je ne bougeais toujours pas, et marmonna un « vas-y, Bleu ! » avant de disparité d'un coup, devant mes yeux.

- Elwin ? dis-je timidement.

- En bas !

Je laissai échapper un rire avant d'aller à mon tour à la cave, cette fois à pied. Quand j'arrivai enfin en bas, je vis une grande pièce qui faisait à la fois office de salon douillet, avec une télévision et un poêle à bois, et de bureau, avec un ordinateur dans un coin avec quelque classeur. Au beau milieu de la pièce, je vis Elwin et le psy qui faisait connaissance. Le psy, les bras grands ouvert comme s'il voulait le prendre dans ses bras, souriait à Elwin en se présentant. Elwin, pour sa part, restait sérieux en reculant de quelque pas.

- Ça va, El, il faut pas avoir peur de lui, dis-je en souriant et passant un bras autour de ses épaules.

- T'es es sur ? murmura Elwin en levant les yeux vers moi.

Je riais en passant une main dans ses cheveux et Elwin s'éloigna en grognant. J'allai faire une accolade au psy, puisqu'il attendait toujours les bras ouverts, et revins me poster à côté de mon petit frère.

- J'avais demandé à Bleu qu'il m'amène à mes amis, dit Elwin. Pourquoi il n'y a que ce... cette adulte ?

Il avait dit « adulte » comme s'il voulait dire « mangemort ». Ma gaieté s'évanoui d'un coup quand je réalisais que ses derniers mois passés, de criminel à patient, lui avait fait perdre confiance à toute personne en droit d'acheter de l'alcool.

- Ils étaient ici, Lindsey y comprit, dit le psy en levant les mains, comme s'il craignait qu'Elwin se jette sur lui. Ils sont partis découvrir le monde... et Lindsey les surveille. Elle a un téléphone et m'appellera au moindre problème. Je n'ai pas pu les retenir plus longtemps, ils étaient trop curieux.

- Ce n'est pas un peu dangereux ? dis-je.

- Mais non... On est plus dans le Maine, au cas ou vous auriez pas remarquer, on est de retour au Nouveau-Brunswick. Ici, je crois pas que Lindsey ce ferais reconnaitre par les policiers - pas immédiatement, tant qu'elle ne fait que marcher sur le bord de la rue. Les trois autres, il n'y a aucune chance que les policiers connaissent leurs visages.

- Alors, s'ils ne sont pas ici, pourquoi Bleu m'a amener ici ? demanda encore Elwin. Et lui, il me dit qu'ils sont ici !

Le psy poussa un soupire de désespoir en levant les yeux vers moi. Je haussai les épaules, plus trop sûr de quel partie je devais prendre. Mais pour tout ce que le psy avait fait pour moi, où serait la raison qu'il se décide, maintenant, de me trahir ? Des jeunes enfermer dans l'espace depuis je ne sais combien de temps ont bien le droit d'avoir envie de voir la Terre de proche, maintenant qu'ils y sont. Des jeunes avec des pouvoirs, surtout, comment le psy aurait fait pour les retenir ? Particulièrement si le petit asiatique s'en ai mêlé ; je l'ai à peine vue et il me fait déjà peur. Il dégageait une telle chaleur !

D'un autre côté, je n'aimais pas vraiment me fier à ce que pouvait dire Bleu, première-ment parce que c'était incompréhensible, deuxièmement parce que, le trois quart du temps, quand il veut m'aider, il ne fait que me donner encore plus de problème. J'étais si près de ce qu'on pouvait appeler une fin heureuse que je préférais encore oublier cette lumière.

- Et si on allait discuter un peu, El ? dis-je en l'agrippant par les épaules.

Elwin me regarda droit dans les yeux pendant de longues secondes de silence, comme s'il cherchait à me provoquer. Puis il soupira en hochant la tête.

- Retournez en haut pour parler, j'ai encore du travail ici, dit le psy en tapotant son ordinateur. J'ai des contacts qui sauront faire passer aux oubliettes mon petit moment de hors la loi, mais ce sera pas gratuit.

- Je suis désolé, dis-je avec un petit sourire.

- Le soie pas... c'était amusant, dit le psy dans un rire. Euh, tu devrais peut-être aller t'occuper de ton frère...

Je me retournai pour voir Elwin, à la moitié des escaliers, montant une marche à la fois avec une extrême lenteur. Je me précipitai vers lui pour l'aider à monter. Son teint, qui avait retrouver sa couleur habituelle à l'hôpital, était maintenant un peu plus vert. Il n'avait pas encore récupéré à cent pour cent de son empoisonnement.

- Pourquoi tu ne t'es pas téléporter jusqu'en haut ?

- J'en avait pas envie... mais je crois que j'aurais dû...

- Tu vas pas vomir, là, hein ?

Elwin secoua mollement la tête, je pris sur moi tout son poids pour le ramener jusqu'au salon. Il avait peut-être un peu grandi en mon absence, il avait surtout perdu du poids.

Je le déposais sur le canapé et retournai à la cuisine lui couler un verre d'eau, que je lui tendis. Il le but en une seule gorgé.

- Ouah... mais c'est délicieux...

- L'eau de la ville, dis-je en riant, tu peux trouver mieux comme eau.

- Va goutter à l'eau de l'espace et on en reparlera.

Mon rire disparût aussitôt, alors qu'Elwin levait son verre et qu'il allait se poser de lui-même dans l'évier de la cuisine. Il enfonça sa tête entre les cousins du canapé, les yeux rivé à la fenêtre où on pouvait voir une grande cours pleine de neige, deux ou trois petits bouleau et une rue où passaient quelque voitures.

- Tu es vraiment sur que cette adulte ne va pas essayer de m'étrangler, de m'empoison-ner, de me droguer ou de me passer pour fou sous mes propres yeux ? murmura-t-il sans décrocher son regard de la fenêtre.

- Je t'assure, dis-je en m'asseyant près de lui, t'es hors de danger, maintenant. On sera surement encore plus en sécurité avec lui près de nous. Et ne l'appel pas « l'adulte » tout le temps... Tu voudrais te faire appeler « l'ados », toi ? Il s'appelle Bernard, et... tu peux l'appeler « le psy », dis-je en riant.

- Tu veux que je fasse confiance à ton jugement, toi qui répète à qui veut l'entendre que je suis le pire menteur de l'univers, et que tu n'as jamais su t'imaginer une seule seconde que, peut être, Bleu existe vraiment, dit Elwin en plantant ses yeux dans les miens. Je vais t'avouer un secret, Simon... malgré ton égo surdimensionné, tu n'es pas infaillible. T'es doué en science, mais ça ne fait pas tout. Bleu, lui, il me dit qu'il y a quelque chose de louche avec cette... ce psy. Il me dit que les autres sont ici, et non partie se promener et découvrir le monde. Non mais, t'es conscient que c'est lui qui m'a amener à Finlah ?! Indirectement, c'est lui qui a tout fait... Tout est de sa faute...

À mesure qu'il parlait, il pleurait toujours un peu plus fort. Au final, il détourna la tête et l'enfonça dans ses mains, ses épaules montant et descendant au rythme de ses sanglots. Je mis une main sur son épaule pour le réconforter, mais je ne savais plus quoi dire ; il m'avait vraiment bouché.

- Elwin, soupirais-je au bout d'un moment. Comment voulais-tu que je devine que Bleu existait vraiment ? Sérieux, il est vrai que t'avais toujours l'air bizarre dès que tu parlais de lui, mais... à mes yeux, il était invisible. Comment voulais-tu que je me dise « à tien, il parle tout seul, alors certainement qu'il n'est pas tout seul ! » Si t'aurais voulu que je sache qu'il existe, il aurait suffi de me le dire, à la place de garder le mystère.

- Et tu m'aurais cru ? dit Elwin en relevant la tête vers moi, les yeux rouges et les joues strié de larmes. Je te disais rien parce que je voulais pas me faire passer pour un fou. Déjà que je devais faire des efforts surhumains pour convaincre les autres que la mutation de mes cheveux n'avait pas atteint mon cerveau... et ça m'angoissait parce que, dans le fond, je me disais que, peut-être, j'étais vraiment fou ! Après tout, je suis bien le seul à avoir... Bleu. Peut-être que je l'imaginais seulement. Et le fait que j'étais le seul à le voir et l'entendre n'était qu'une preuve en plus. Et en plus que j'étais nul dans toute les matières, à l'école... il y avait forcément quelque chose de pas net avec mon cerveau. Quand Finlah à commencer à me faire croire que j'étais réellement timbré, dans le fond, j'étais soulagé. Et maintenant que je suis de retour ici, j'ai l'impression d'être de retour à la case départ. Je fais comment, pour savoir si tout est réelle ? Peut-être que t'as raison et que le psy est gentil... mais peut-être que non. J'en sais rien... Je ne sais plus rien...

Elwin recommença à pleurer à chaude larme, et je l'attirais dans mes bras, il enfonça sa tête au creux de mon cou, sans plus rien dire. Je ne savais plus quoi penser de tout ce qu'il venait de dire. Il est vrai qu'il était assez minable dans toute les matières et c'était certainement un miracle qu'il n'avait doublé aucune grade, mais ce n'était pas pour autant qu'il était fou ! Je repensais à toute les fois qu'il me demandait de l'aide pour une devoir, ou réviser pour un test. Ça me faisait rire, car il avait toujours une tête d'enterrement à la demande, et il semblait complètement démuni quand je lui expliquais à quel point le problème était simple pour moi, mais impossible pour lui. En même temps, j'étais deux grades au-dessus de lui, c'était normal que j'en sache plus, mais sa réaction me semblait tellement excessive. Maintenant, au moins, je savais pourquoi ça le tracassait à ce point. C'était peut-être même la réponse à ce mystère où, malgré qu'il fût si populaire à l'école, il me restait toujours fidèle. Parce qu'il ne croyait pas du tout aux raisons qui le rendait populaire ; il était convaincu, malgré ses innombrable amis, que, dans le fond, il était timbré. Il avait toujours eu ce « et si ? » en tête, un « et si ? » qui le conduirait tout droit dans un asile psychiatrique. Ou n'importe où loin de sa famille et de ses amis. Et ce « et si ? » c'était réalisé.

- Elwin, je t'assure, tu n'es pas cinglé. J'ai vu Bleu, je suis bien placé pour savoir qu'il existe vraiment. Tout ce que je te dis, c'est que tu n'as pas de raison de douter du psy ; il est de notre côté.

Elwin marmonna quelque chose, releva la tête, prenant de grande inspiration pour essayer de se calmer. Puis il enfonça à nouveau sa tête au creux de mon cou et se remit à pleurer encore plus fort.

- Peut-être qu'il est de notre côté, dit Elwin au bout d'un long silence. Il reste que... moi, j'arrive pas à lui faire confiance. Il est trop louche.

- Je peux savoir ce que tu trouves louche chez lui, en dehors de son âge ? dis-je, moitié heureux qu'il avait enfin arrêté de pleurer, moitié irrité.

- Là où je suis atterie, avant de vomir sur les policiers, on était au Maine, pas vrai? Les États-Unis ?

- Oui, et alors ?

- Eh bien, à ce que je vois, on est de retour au pays, dit Elwin en levant un doigt vers la fenêtre où l'on pouvait voir un drapeau acadien flotter mollement dans le vent. Il a fait comment pour passer les lignes avec trois jeunes sans papier ?

- Il a surement prit par la rivière, de la même façon qu'on y est allé. Si la glace n'a pas cassé encore une fois...

- Si Sushi est passer par là, je t'assure que la rivière, de long en large, aura complètement fondu.

- Eh bien, ils ont nagé. Je sais pas, moi...

- Ils ont vécu dans ce vaisseau depuis tellement longtemps qu'ils étaient incapable de me dire leur âge. Je sais pas, mais ça me donne quelque doutes qu'ils sachent nager. Et puis, Sushi est réellement dangereux quand il prend pas ses médicaments, c'était surement une mauvaise idée de le laisser sortir, dit Elwin en montrant encore une fois la fenêtre du doigt. Alors, soit ton psy est encore plus timbré que moi, soit il ment.

- Si ce gamin est si dangereux, peut-être aussi qu'il l'a laissé partir pour éviter de le mettre en colère !

Elwin secoua la tête en soupirant, à cour d'argument. Il regarda encore une fois par la fenêtre.

- Bleu, rend moi invisible et amène moi à eux.

Il y eu un long silence, alors qu'Elwin restait toujours sagement assis sur le canapé, les sourcils froncés.

- Il ne t'écoute plus ?

- Non. Il dit encore qu'ils sont déjà ici. Où, exactement ...? Dans la cave. Il dit qu'ils sont dans la cave.

- Alors il se trompe. On arrive de la cave, il y avait que le psy.

- Et il y avait aussi des portes fermés, dans cette cave. Et pourquoi il reste en bas, sans nous rejoindre ? Peut-être qu'il a quelque chose à cacher, en bas.

- S'te plait, El, arrête avec ça !

- Je vais aller voir... Bleu...

- Non ! m'écriais-je en lui cachant la bouche de ma main. Non, arrête ! Sérieux, là, reste assis et essaie de reprendre un peu de force. Je vais y aller, moi. OK ?

Elwin croisa les bras en grimaçant, sans rien ajouter. Je lui donnai une petite tape sur l'épaule et repartie en direction de la cave, presque soulager de m'éloigner de lui. Il me semblait un peu plus paranoïaque que dans mes souvenirs...

Je descendis les escaliers pour retrouver le psy, assis à son bureau et tapant sur son clavier, les sourcils froncés.

- Tout va bien ? dis-je me couchant de tout mon long sur le canapé un peu plus loin.

- C'est encore plus compliqué que ce que je pensais, dit le psy dans un soupir. Et toi ? Tu m'as l'air un peu indifférent pour un type qui viens tout juste de retrouver son frère après de long mois sans bonne nouvelle...

- Il est bizarre. Elwin, dis-je en fermant les yeux, il est convaincu que t'aurais enfermé ses amis dans une chambre et que tu te prépares à tous les tuer...

- Bien sûr que non, dit-il en éclatant de rire. Je mentais pas, ils sont dehors à explorer le monde, et Lindsey est avec eux pour les surveiller.

- Je le sais bien ! J'ai essayé de le lui faire comprendre... c'est fou, avant, il croyait à tout ce que je disais, sans jamais poser de question. Maintenant, il croie en Bleu, et à personne d'autre. C'est dingue ! Cette chose n'a même pas d'âme, mais il préfère le croire, lui, que moi, son propre frère !

- C'est normal, laisse-lui un peu de temps... il est traumatisé par ce qu'il a vécu là-haut. Donne-lui du temps et de l'amour, et il sera comme neuf en un rien de temps.

- J'ai bien hâte... tout de même, dis-je en ouvrant à nouveau les yeux, pourquoi Bleu s'obstine à dire que les autres sont enfermer ici ?

- T'es pourtant bien placé pour savoir qu'il est incompréhensible. Peut-être qu'Elwin comprend mal ce qu'il lui dit.

Je ne répondis rien, essayant d'y comprendre quelque chose par moi-même et laissant le psy s'occuper de son travail. Les choses avaient bougé tellement vite en l'espace d'à peine vingt-quatre heures que j'avais de la difficulté à me les entrer dans la tête. Je me sentais un peu comme à l'exacte opposé que cette nuit-là où Suzie avait été tué et que je n'y comprenais tellement plus rien que j'arrivais à peine à y placer un mot ; je me contentais de suivre mes parents partout où ils allaient, la bouche ouverte et les yeux écarquillés en permanence. Maintenant, c'était le contraire ; Elwin était revenu, juste comme ça. Juste comme ça. Et ça me dépassait. Je m'étais un peu attendu à de grande révélation, à un combat épique, la mort total et définitive de l'ennemie... et juste après le générique, une toute petite scène pour annoncer que non, l'ennemi n'est pas mort ! Ou bien que, surprise, il y a un autre ennemi, encore plus puissant !

Je me retournai sur le dos, le front sur le bras du canapé, prêt à dormir. J'en avait grandement besoin. Ça, ou de fumer, mais je n'avais plus de cigarette depuis hier.

- Qu'est-ce que je dois faire ? demandais-je au bout d'un moment.

- Premièrement, je crois que ce serait plus judicieux de ne pas le laisser seul. Tien-le à l'œil, et prépare-toi à l'empêcher de faire un truc stupide qui surviendra tous les dix minutes.

- Ça va, il va pas mettre le feu à la maison...

- Il croit que je veux le tuer, alors, désolé, mais je lui ferais pas confiance avant un petit moment, surtout que lui, contrairement à d'autre - toi ! - arrive à contrôler Bleu aussi simplement qu'il contrôle ses propres membres, sauf bien sûr quand il est question de tuer quelqu'un. S'il te plait, Simon, va.

- OK, très bien...

Avec un soupir, je me relevai du canapé et montai encore une fois les marches de l'escalier, retournant voir Elwin. Étrange-ment, maintenant que je l'avais enfin retrouvé - ou plus vraisemblablement, que lui m'avait retrouvé -, je n'avais plus vraiment envie de me retrouver dans la même pièce que lui, et je fus heureux de constater que, en mon absence, il s'était endormi, roulé en boule dans son coin de canapé. Je n'arrivai toujours pas à digérer le fait que Bleu avait tuer un homme et que, là-dessus, Elwin avait répondu merci. Surtout qu'il disait maintenant que le psy était un traitre... et s'il se décidait de le tuer ? Pas Bleu, mais vraiment lui, Elwin, à tuer le psy ?

Je m'assis dans un fauteuil, fixant Elwin. Est-ce qu'il était vraiment dangereux à ce point ? J'avais l'impression d'avoir sous les yeux quelqu'un d'autre que mon petit frère ; quelqu'un qui lui ressemble énormément, qui porte le même nom, mais définitivement quelqu'un d'autre. Mon Elwin était toujours de bonne humeur, toujours prêt à me trainer de force dans la cour pour que je lui serve de gardien de but quand il a envie de jouer au soccer, et il détestait la violence, sauf bien sûr dans les films où la règle est : plus y'a de violence, mieux c'est ! Mais ce Elwin, celui qui dormait à tout juste un mètre de moi, ne semblait pas correspondre. Depuis que je l'avais retrouvé, il n'avait pas souris une seule fois, et il était clairement malade ; l'idée de jouer au soccer lui passait certainement loin au-dessus de la tête. Et surtout, nous n'étions pas dans un film, nous ne parlions pas de film, et lui parlait de violence.

Malgré les deux muffins de tout à l'heure, mon ventre se mit soudainement à gronder. J'avais faim. Avec un dernier regard vers Elwin, je me levai de mon fauteuil et partit vers la cuisine, fouillant dans les armoires sans demander la permission du psy. Je regardai finalement dans le frigo et trouvai un restant de poulet. Je le posais sur l'armoire, retirai le couvercle et déchirai un morceau de viande froide avec mes doigts. Juste avant de le mettre dans ma bouche, je me rappelai que je le psy avait quitté sa maison pendant un bon bout de temps ; le poulet n'était surement plus très frais. Je fermai la bouche et portai le morceau à mon nez ; il sentait toujours aussi bon, comme s'il datait tout juste d'hier. Plus trop sur de moi, j'allais près de l'escalier, sans la descendre, et criais pour me faire entendre ;

- Hé, le psy ! Le poulet dans le frigo, je peux le manger ?

- Sers-toi ! me répondit-il.

- Mais il date de quand ?

- Hier.

- Mais hier, t'étais encore au Maine, que je sache ! T'as pas fait toute la route si vite ?

Il y eu un long silence, qui me mit profondément mal à l'aise.

- C'est ma femme qui l'a acheté, dit-il enfin. Il est bon, je te dis. Sers-toi !

Soulagé, je retournai à la cuisine et me permit quelque grosse bouché de poulet froid. Je me demandai où était la femme du psy, et j'espérais bien avoir le temps de me cacher avant qu'elle n'arrive, ou bien Bleu saura nous rendre invisible, Elwin et moi. Nous nous étions enfin retrouvé, ça ne voulait pas dire pour autant que nous n'étions pas vu comme de dangereux meurtrier. Et surtout que des gens cherchaient nous seulement à nous enfermer en prison, mais ils cherchaient carrément à tuer Elwin, et que l'un d'entre eux avait passer bien près d'y parvenir, il y a pas une heure. Bon, peut-être que les idées noir d'Elwin était justifié, il reste que je préférais de loin quand il était de bonne humeur.

Juste comme j'y pensais, je regardai par la fenêtre de la cuisine et vit une voiture tourner dans l'allée de la maison. Je figeai, un morceau de poulet dépassant de ma bouche, puis couru au salon réveiller Elwin. Il marmonna quelque chose qui ressembla brièvement à « ce pas fin là », puis ouvrit lentement les yeux. Il laissa aller un soupir de soulagement quand il vit que c'était moi.

- Quoi ? marmonna-t-il en se passant une main sur le visage.

- Lève-toi, il faut qu'on se cache. Quelqu'un arrive.

- Qu'on se cache ? répéta Elwin en se redressant. On pourrait aussi se rendre invisible, pas vrai ?

Il tourna la tête pour fixer le vide, puis sourit. Je devinais que Bleu avait hocher la tête pour lui affirmer qu'il pouvait.

- Voilà, on est invisible.

Elwin se laissa retomber dans le canapé et ferma les yeux.

- Tu sais depuis longtemps que tu peux faire ça ? ne pus-je m'empêcher de demander.

- Deux ou trois jours.

J'étouffais un rire en remarquant que je le savais depuis plus longtemps que lui. Mais mon rire ne dura pas longtemps car, au même moment, une femme entra dans la maison par la porte du salon, posa son manteau sur le canapé tout juste à côté d'Elwin qui leva à peine les yeux sur elle, et elle continua son chemin jusqu'à la cuisine, où était resté le poulet que j'avais sortie du frigo et abandonner sur le comptoir. Elle resta là un moment à le fixer, puis se retourna et hurla le nom de Bernard. Le psy remonta aussitôt les escaliers en flèche.

- Chérie ! s'écria-t-il en la prenant dans ses bras et l'embrassant. Tu m'avais manqué ! J'avais hâte que t'arrive !

Pendant qu'il parlait, le psy regardai furtivement de gauche à droite, nous cherchant visiblement, Elwin et moi. Je regardai la scène avec appréhension, alors qu'Elwin, lui, s'était à nouveau endormie. Je savais bien qu'il avait besoin de récupérer de ce poison, mais qu'il dorme alors que j'étais à ce point sur les nerfs, ça me dépassait.

- Mais... ça fait plus d'une semaine que je n'ai plus de nouvelle ! Où étais-tu passés ?

- Ce serait trop long à expliquer, juste comme ça... et si on relaxait un peu ? Je t'expliquerais tout ce soir, promit ! Pour l'instant, je t'assure que je ne partirais plus avant un bon moment ! Allez, viens en bas avec moi...

Le psy prit la main de sa femme et l'entraina dans les escaliers, alors qu'elle semblait autant dépassée par la réapparition de son mari que je l'étais par celle de mon frère.

- Un adulte de plus dans la place, grogna Elwin en ouvrant un œil. Youpi.

- Et tu crois que celle-là aussi va essayer de te tuer ? soupirais-je.

- Non, dit Elwin après un moment de silence. Elle appellerait seulement la police. C'est ton psy qui me fait peur.

- Il te fait peur ?

- Oui, j'ai peur ! hurla Elwin en se redressant. Je suis terrifié. Allez, ris un bon coup, qu'on s'en débarrasse. Et après, j'espère que tu me laisseras tranquille.

- Je vais pas rire de toi, et t'as le droit d'avoir peur. Je dis seulement que le psy...

- T'as gueule !

Elwin se retourna pour me montrer son dos, alors que je restais totalement figé. Définiti-vement, ce type n'avait plus grand-chose à voir avec mon gentil et inoffensif petit, petit frère. Autant qu'il me faisait pitié, je commençais sérieusement à avoir envie de le gifler. Je commençais même à avoir honte d'avoir ruiné ma vie pour lui. Prit de rage, je l'agrippai par le bras et le forçai à se retourner vers moi. Ses yeux s'écarquillèrent en rencontrant les miens. Je n'avais même pas encore commencé à parler que ses yeux s'humidifiaient déjà.

- Est-ce que tu te rends seulement compte de tout ce que j'ai fait pour essayer de te retrouver ?! Je me suis fait renvoyer de l'école, je suis allé à la maison de redressement, Mélissa s'est fait tuer par ton guide spirituel ! Non mais, saloperie ! Je suis passé à deux doigts de me noyé, et toi, devant tout ça, tu veux que je ferme ma gueule ?! Est-ce qu'il reste seulement un onze de mon petit frère, dans ce corps ?!

Les joues mouillées de l'arme, Elwin ne répondit rien, la tête basse. D'un côté, je m'en voulais de lui faire mal, d'un autre, il méritait bien que quelqu'un lui ramène les pieds sur terre.

- Je suis désolé, souffla-t-il après une bonne minute de silence. Je veux juste... Je veux seulement retrouver mes amis.

- Ils vont revenir, t'a pas à t'inquiéter pour eux. Il ne leur arrivera aucun mal.

- Mais si des gens cherche à me tuer parce que je suis... bizarre... alors ils savent forcément que les autres ne sont pas loin. Ils les ont peut-être retrouvés, peut-être qu'ils sont déjà morts...

- Elwin, tu étais hospitalisé quelque part dans le Maine y'a pas une heure, et nous revoilà dans le nord du Nouveau-Brunswick ! dis-je dans un rire. Ils ont aucun moyen de savoir qu'on est là. S'il y a vraiment un danger, il ne sera pas dans le coin avant un bon petit moment. Je t'assure, tu peux relaxer. Dors, un peu, ça te fera du bien. T'es encore malade, ça se voie...

- J'ai un peu mal au cœur, avoua-t-il, toujours sans oser relever les yeux. C'est pas grand-chose...

- Repose toi.

Elwin soupira puis hocha la tête, planta ses yeux dans les miens et me fit un petit, tout petit sourire, qui dura environ deux grosses secondes.

- Je suis désolé de t'avoir dit « ta gueule », dit-il. Tu le méritais pas. Même si tu me faisais chier. Mais bon, tu m'as toujours fait chier. Je t'aime quand même.

J'éclatai de rire malgré moi, et Elwin me prit dans ses bras une dernière fois, avant de se retourner pour essayer encore de dormir.

- Toi aussi, tu me fais énormément chier, et c'est pour ça que je t'aime !

- T'as bien intérêt, sinon je vais te constiper.

- Ta gueule, et dors !

- C'est qui le méchant, maintenant ?

Je préférais ne rien répondre, redoutant ce qu'il allait me sortir, puis l'abandonnais et retournais encore une fois à la cave. Avec un peu de temps et de conversation bizarre comme ceux-là, Elwin allait bien finir par redevenir Elwin. Il était bizarre, sur le moment, mais je ne m'inquiétais pas pour lui.

À la cave, je m'attendais à trouver le psy et sa femme, assis tous les deux dans le canapé, en grande conversation où le psy tenterait d'expliqué où il était passé pendant tout ce temps, sans bien sûr mentionner mon nom. Je fus étonné de constater que le psy était toujours à son bureau, sur son ordinateur, et que sa femme n'était nulle part.

- Elle est où, ta femme ?

Le psy ne répondit rien, les yeux fixés à l'écran de son ordinateur. Je m'approchai de lui, faisant une petite dance en chemin et faisant des « youhou ! » ; il ne me regardait toujours pas. J'étais donc toujours invisible. Je pensais un instant à appeler Bleu pour qu'il me rende visible, mais est-ce qu'il m'écouterait, maintenant qu'Elwin était revenu ? J'en doutais, déjà qu'il ne me permettait plus de le voir. Il me faudrait dont remonter et réveiller Elwin, même si je doutais qu'il dorme déjà, mais tous juste descendu, je n'avais pas envie de remonter l'escalier. J'optais donc pour tenter moi-même de redevenir visible ; en faisant bien comprendre au psy que j'étais là. Comme avec la mère de Lindsey ; quand je lui avait arraché le sac des mains, j'étais aussitôt redevenu visible à ses yeux. Va savoir si c'était normal ou si c'était Bleu qui avait forcé les choses, mais je décidais d'essayer.

J'allais derrière le psy et levais la main, prêt à lui tirer une mèche de cheveux ou lui enfoncer un doigt mouillé dans l'oreille, mais je n'eut pas le temps de me décider que mon regard dériva vers l'écran de l'ordina-teur. Ma main redescendit lentement et je me penchai au-dessus de l'épaule du psy, espérant que ma faible vision me jouait des tours. Je lus le texte trois fois ; aucun doute, c'était Elwin qui avait raison depuis le début.

Dans la conversation Skype à l'écran, on pouvait lire, entre le psy et un dénommé Finlah :

« - J'en ai quatre ici, et le tien s'en viens. J'attends tes hommes.

- Ils sont à vingt minutes de chez toi. Dis-moi quand Elwin sera arrivé.

- Il est là.

- Cinq minutes. »

Le dernier message avait été envoyé il y a sept minutes.

J'étais totalement figé. Qu'est-ce que je devais faire ? Courir avertir Elwin et qu'on foute notre camp d'ici ? Et abandonner ses amis, qui sont, effectivement, quelque part dans cette cave ? Et le psy... pourquoi ? Pourquoi nous avait-il trahi ?

Je regardai chaque mur de la pièce, comptant les portes ; quatre. L'une était entrebâillé, laissant voir une salle de bain, les trois autres étaient fermé. J'étais peut-être invisible, le psy allait bien voir les portes qui bougent. Tant pis, s'il fallait que j'affronte le psy, aussi bien le faire maintenant.

J'attrapai le dossier de la chaise du psy et tirait dessus ; la chaise se retira et le psy s'écrasa au sol, criant de surprise dans sa chute. Je me penchai sur lui avant qu'il n'ait le temps de se relever, lui enfonçai mon poing sur la mâchoire et l'agrippai par le col de sa chemise. À ses yeux écarquillés, je sus aussitôt que j'étais on ne peut plus visible.

- Simon ! s'écria-t-il, la voix étrangement aigue. Qu'est-ce que tu fais ?! Lâche-moi !

- Explique-moi d'abord ce que s'est, cette conversation ! dis-je en pointant l'ordinateur du pouce. Tu veux nous vendre, maintenant ? Pourquoi ?!

Le psy secoua mollement la tête en grimaçant, puis laissa aller un grand soupir de lassitude.

- Je vous vend pas, ton frère et toi, et les autres non plus... en fait, je le fait gratuitement.

Le psy se mit à rire, comme quoi il avait dit une bonne blague. Sans pouvoir me retenir, je le frappai encore une fois, exactement au même endroit. Et malgré moi, alors que je frappai, je sentis les larmes me monter aux yeux. Moi qui croyait que le psy était un bon ami...

- Dis-moi seulement pourquoi.

- T'a pas deviné, depuis le temps ? Et puis même, il est plus question de devinette, tu sais depuis le début que je suis avec eux ! Tu savais pas que c'était moi qui leur avait envoyer Elwin ? Et toi, je te suivais parce que t'avais pas ta place dans le vaisseau, et j'avais jugé préférable, au moins pour un temps, de t'avoir à l'œil.

- Sale hypocrite !

Le psy recommença à rire, et je me relevai pour lui enfoncer mon pied dans le ventre plusieurs fois. Le cœur lourd, j'allais au pied de l'escalier et hurlais à Elwin de me rejoindre en bas, puis passais chaque porte fermé. À la première, je trouvais la femme du psy, étendu sur un lit, les yeux fermés et une grosse prune sur le front. Je me précipitai pour passer ma main autour de son cou ; je sentais son cœur battre. Je laissai aller un soupir de soulagement, songeant qu'il faudrait appeler une ambulance, mais ça ne me causerais que plus de problème, et je préférais y revenir pour la fin, si disons qu'il y aurait une fin heureuse.
À la dernière porte, le placard sous l'escalier, je trouvais Lindsey, Rose, Marie et Sushi, tous inconscients. Comment le psy avait fait pour retenir quatre jeunes ayant tous des pouvoirs ?

Je me penchai à l'intérieur du placard autant que je le pouvais et donnai des petites tapes à chacun d'entre eux pour tenter de les réveiller.

- Réveillez-vous ! Allez, s'il vous plait ! Réveillez-vous, saloperie !

À bout de nerf, je donnais une bonne grosse claque dans la figure de Sushi, puisque j'avais vraiment envie de frapper quelqu'un, mais que je ne voulais pas frapper une fille. Mais mon geste porta ses fruits, car ses yeux se mirent à bouger sous ses paupières. Au bout de dix longues secondes, il ouvrit enfin les yeux pour les poser sur moi, et il me fit un petit sourire, qui disparût aussitôt.

- Oh, derrière toi !

Je n'eus pas le temps de me retourner que des bras m'encerclèrent et me soulevèrent du sol pour me projeter plus loin derrière. Ce n'était pas le psy, mais bien les renforts qu'il avait appelé. Une dizaine d'hommes, coincé dans la petite cave du psy, avaient descendu sans même que je ne m'en rende compte, comme de vrai ninja. L'un d'entre eux portait Elwin, visiblement inconscient. Le voir ainsi me serra le cœur tellement fort que j'en eu presque envie de vomir, mais je me relevai d'un bon pour lui porter secours. Je m'étais à peine remis sur pied que l'un de ces hommes me coinça dans ses bras et porta une seringue à mon cou.

- Non ! Attendez ! hurlais-je en désespoir de cause. Me faite pas de mal, je suis pas comme eux.

La seringue s'éloigna de mon cou, et je poussai un soupir de soulagement. L'un des hommes, probablement le chef de la petite bande avec ses allures de Chuck Norris, se planta devant moi, me regardant du haut de ses deux mètres.

- Simon Bowan ? dit-il d'une voix étonnamment grave.

- C'est moi.

- T'as raison, t'es pas comme eux. Tu mériterais de tout oublier et de retourner en prison. Sauf qu'il y a un petit problème ; tu nous connais. Et j'aime pas avoir des ennemis dont je dois me soucier. Mais tu sais quoi ? Je vais pas te tuer. En premier, je vais te laisser regarder. C'est pas comme si t'avais un moyen de te défendre ! Et ensuite... on verra rendu là. Tu veux que je te fasse une faveur ? Dis-moi qui je vais tuer en premier. Ce sera amusant ! Si tu ne veux pas décider, alors se sera ton petit frère...

L'homme s'avança vers celui qui tenait Elwin à bout de bras, laissant sa tête pendre dans le vide, la bouche entrouverte et un filet de sang sur la tempe.

- Une mort rapide et sans douleur...

Il leva une seringue contenant un liquide noir vers son cou. Je me mis aussitôt à pleurer, incapable de me retenir.

- Tu veux pas ? Alors qui veux-tu voir mourir, dans ce cas ?

Il parcourra lentement la pièce, allant se mettre devant les autres hommes qui avaient sortie Lindsey, Rose, Marie et Sushi du placard. Chaque homme en tenait un, et je me rendis compte que Sushi aussi semblait inconscient. Et pourtant, j'avais bien réussi à le réveiller. Peut-être avait-il reçu un nouveau coup à la tête ?

- Choisi, Simon ! dit-il, un sourire démoniaque aux lèvres. Cinq secondes...

Il s'approcha alors de Lindsey, soulevant une mèche de ses cheveux pour laisser voir son cou.

- Non, marmonnais-je, la voix étranglée par mes pleurs. Pas elle !

- Qui alors ? La rousse ? La noire ? Le japonais ? J'ai pas toute la journée !

- Le japonais.

Je fermai aussitôt les yeux en me mettant à pleurer encore plus fort. C'était inévitable, il fallait que je nomme quelqu'un. De toute façon, ils allaient tous y passer. Le temps de laisser les autres mourir pourrait peut-être me permettre de trouver une solution avant que le tour d'Elwin ne soit arrivé. Je m'en voudrais pour le restant de mes jours, mais, au moins, j'aurais mon petit frère. Mais c'était tellement égoïste que mes peurs redoublèrent de puissance, comme si pleurer pourrait apaiser ma conscience.

Quand je parvins enfin à ouvrir les yeux, trois hommes étaient déjà morts, et il faisait une chaleur d'enfer dans la cave.

J'avais eu raison ; Sushi était réveillé, il attendait simplement le bon moment pour tenter quelque chose. Le premier homme mort avait tenté de lui planter l'aiguille dans le cou ; il avait aussitôt retourné l'aiguille pour le planter dans le cou de l'homme, et sous le coup de l'action, son corps s'était surchauffé au point de brûler gravement celui qui le tenait. Le dernier mort avait tenté de se jeter sur Sushi pour l'assommer d'un coup de poing ; il était encore à deux mètres de lui que la chaleur fut trop forte pour faire un pas de plus, et Sushi lui avait lancé une boule de feu au visage. Il fallait bien le dire, c'était impressionnant.

Toute la longueur de la pièce nous séparait, Sushi et moi, et j'avais chaud à en mourir. Je n'osais imaginer ce que s'était pour Rose, Marie et Lindsey, même si elles étaient toujours inconscientes, elles allaient se réveiller avec de sérieux coup de soleil.

- Sushi, calme toi ! hurlais-je. Tu vas tous nous tuer !

Ses yeux s'écarquillèrent, comme quoi il venait tout juste de réaliser à quel point il faisait chaud - même si j'avais des doutes qu'il sache ressentir sa propre chaleur. Et pourtant, après coup, il fit encore plus chaud. Je compris par la suite que ce n'était plus la colère qui l'habitait, mais la peur, et c'était pire. Il avait peur de nous tuer accidentellement, et ça ne le rendait qu'encore plus dangereux.

- Calme-toi ! dis-je encore.

- Comment ?

C'était une vraie fournaise, dans cette cave. Mon corps était baigné de sueur, j'avais le cœur qui pompait comme si je revenais d'une course. Si ça n'avait pas été du type qui me retenait, je crois que mes jambes n'auraient su me soutenir, et j'avais la désagréable impression que c'était la même chose pour tous les autres dans cette pièce, sauf Sushi. Plus aucun homme n'osait l'approcher ; s'il ratait leur coup, ce sera pire, et la prochaine étape, c'était l'évanouissement. Malgré tout, le plus près de Sushi, celui qui tenait Lindsey, dû en venir à des conclusions opposées ; il fallait essayer quelque chose, tant qu'on en avait encore le temps. Il laissa tomber Lindsey à ses pieds et se lança sur Sushi par derrière, qui ne le vit pas venir, ses yeux encore plantés dans les miens. Tous deux tombèrent au sol, Sushi gémissant pour ses genoux, l'homme hurlant pour ses brûlures. Mais il réussit à passer au-dessus de la douleur et donna un coup violent derrière la tête de Sushi, qui s'écrasa à plat ventre. Pendant un instant, je cru qu'il était K.O, mais le petit Sushi était coriace. Il se remit lentement à quatre pattes sur le tapi, qui prit en feu. Sushi haussa les sourcils, surprit, sans laisser paraitre la moindre trace de douleur pour les flammes qui l'entourait. Le seul homme assez courageux pour affronter la boule de feu qu'était Sushi en avait eu pour son compte, étant lui aussi à genoux sur ce même tapi ; tous ses vêtements s'étaient enflammé, et il hurlait à la mort sous la douleur.

- Désolé ! s'écria Sushi en se relevant.

Le feu se propageait rapidement. C'était inévitable, maintenant, la maison aller brûler. Très surement que nous allions tous y mourir. Sauf Sushi.

L'homme qui me tenait tomba au sol, à bout de force. Il faisait trop chaud, le feu avait déjà atteint le canapé juste à côté de moi. Quelques hommes qui étaient près de l'escalier les avaient déjà remonté pour sauver leur vie, donc celui qui tenait autrefois Elwin ; il était maintenant étendu au sol, un peu plus loin derrière Sushi. Il était toujours inconscient, et Bleu ne viendrait pas à son secours.

Elwin avait tué sa petite amie ; Sushi s'apprêtait à tuer tous ses amis. C'est un nouveau concept de démonstration d'affection de tuer tout le monde ? Je préférais encore rester dans le classique avec les accolades et les bisous, ou encore, dans le langage secret connu entre les frères, les coups de poings et les engueulades. Tuer quelqu'un, désolé, ce n'était pas pour moi. J'aimai mon petit frère et je n'allais certainement pas rester assis là à le regarder fondre.

Je me relevai lentement et m'avançai autant que je le pouvais ; cette chaleur, c'était atroce. J'avais fait deux pas que je ne pouvais plus. Les bras levés devant mon visage pour me protéger autant que possible, je croisais les yeux de Sushi, qui était toujours debout au milieu des flammes du tapis, les yeux écarquillés.

- Arrête ça ! hurlais-je.

- J'y arrive pas ! Je sais pas comment faire !

- Calme toi, c'est tout ce que tu as à faire !

Sushi secoua la tête, puis explosa en sanglot, la tête dans les mains. Je fis un pas de plus, quelque chose m'accrocha le pied et je tombai à plat ventre sur le sol, à une dizaine de centimètre du tapi. Je n'eu pas le temps de me retourner pour voir ce que c'était, il était déjà assis sur mon dos ; c'était l'homme qui était chargé de me retenir. Il m'agrippa fermement par les cheveux et me traina encore plus près du feu, j'aurais presque senti la peau de mon visage se mettre à fondre. Je ne voyais plus que l'orange des flammes et le noir de la suie de mes lunettes.

- Vas-y, petit, déverse ta colère et ta peur, hurla l'homme. Ça nous fera quatre monstres en moins dans nos pattes ! Après il ne nous restera que toi ! Je mourrais aussi, mais on est des millions, et tu seras seul. Tu n'as aucune chance ! Alors tue-nous, fais-toi plaisir. Tu vas mourir juste après, de toute façon !

Sushi s'arrêta de pleurer, fixant l'homme, prenant tout son temps à comprendre le sens de ce qu'il venait de dire. Je pouvais presque imaginer ses penser : « ah oui, tu me donne le droit de te tuer ? Vraiment ? Eh bien, merci ! »

Sushi leva les mains, comme pour ramasser les flammes tout autour de lui, pêcha une boule de feu et la lança au visage de l'homme au-dessus de moi aussi simplement que dans une partie de ballon-chasseur. L'homme hurla de douleur et tomba à côté de moi, me laissant libre de me relever. Le tapi n'était plus en feu ; le feu était maintenant juste en-dessous du plafond. Sans prendre la peine de demander pourquoi, je passais en-dessus en courant, faisant fondre la semelle de mes souliers au passage, pris Elwin dans mes bras et sortie au plus vite de la cave.

Arrivé en haut, je figeai, frappé par le changement de température. Ici, dans le hall, il faisait frai. Mais en peu de temps, la fraicheur me fit qu'encore plus mal, comme des signaux voulant dire « t'a une brûlure là ! Et là aussi ! Et là aussi ! » Je serrais les dents et entrainait Elwin sur le balcon, car j'avais des doutes que, bientôt, ce ne sera pas que la cave qui sera en feu, mais bien toute la maison, seulement, je ne pouvais pas abandonner Elwin dans la neige, et je devais retourner à la cave pour sauver tous les autres.

Après le froid glacial que j'avais ressenti en plongeant dans une rivière gelée, je connaissais maintenant la sensation de descendre de mon plein gré dans une cave en feu. J'étais peut-être, sous certain point de vue, un trou du cul, on pouvait aussi dire, sous un autre point de vue, que j'étais un héros accompli. Je n'avais pas de super-pouvoir, je n'avais pas d'argent, je n'avais pas une si grande intelligence - en dehors de l'école -, je n'avais pas le « sex-appeal » ; tout ce que j'avais, c'était... rien. Pourquoi je redescendais dans cette cave, pour sauver Lindsey qui me tapait sur les nerfs, Rose et Marie dont je connaissais à peine leurs noms, et la femme du psy, le traitre ? Je n'en avais pas la moindre idée, sauf que je savais que c'était à moi de le faire.

De retour en bas, je remarquai tout de suite que la situation avait empiré. Les murs et les meubles étaient en feu, ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne monte à l'étage. Sushi était debout au milieu du tapi de flamme, les deux mains levées, tenant chacune une énorme boule de feu, un sourire dément au visage, hurlant je ne sais quoi en japonais. Mais le pire, c'était ses yeux ; des yeux totalement noirs, comme s'il était possédé. Tous les hommes venus pour nous tuer gisaient mort un peu partout, mais Sushi continuait de leur lancer des flammes.

Sans attirer son attention, j'allais vers Marie, Rose et Lindsey. Marie était la seule à s'être réveillé, mais elle était totalement figée, sans savoir quoi faire devant ce spectacle. Je lui serrais l'épaule pour lui faire comprendre que j'étais là, je l'aidais à se relever et lui indiquait le chemin de l'escalier. Elle entraina Rose avec elle, la trainant par les bras, j'attrapai Lindsey dans mes bras pour la remonter et la déposais sur le balcon avec Elwin pour ensuite revenir à Marie et l'aider à porter Rose. Maintenant, en haut aussi, il faisait une chaleur atroce. Je me précipitais dehors pour ne jamais avoir à retourner dans cette maison, et ce n'est qu'une fois dehors que je me rendis compte que j'avais oublié la femme du psy. Sauf que cette fois, je le savais, même si Sushi me laisserait passer, il faisait trop chaud. Peut-être que la femme du psy était déjà morte.

Nous étions, tous les cinq, étendu sur le balcon. Marie et moi reprenant notre souffle et toussant la fumée que nous avions avalé, Elwin, Lindsey et Rose toujours dans les pommes.

- Va chez le voisin, dis-je à Marie quand je parvins enfin à parler. Dis-leur d'appeler les pompiers.

- Pourquoi moi ?

- Parce que si j'y vais, ils vont se contenter d'appeler la police ! Allez, vas-y.

Marie hocha la tête, puis se releva lentement et couru à travers la route sans vérifier si des voitures venaient, toujours pied-nu dans la neige. J'aurais pu avoir pitié et lui épargner de marcher dans la neige, mais après la chaleur que nous venions d'endurer, la neige ne pouvait que lui faire du bien.

Quand je la vie cogner à la porte de la maison d'en face, je lui tournais le dos pour éviter de me faire reconnaitre, remontais mes lunettes sur le sommet de ma tête puisque, les verres pleins de suie, elles ne m'aidaient en rien à y voir plus claire, et tentait de réveiller Elwin, lui donnant de petite claque au visage. Ses yeux papillonnèrent un peu avant de s'ouvrir en deux petite fentes.

- Sim ? marmonna-t-il faiblement. Qu'est-ce que... euh...

- Reste couché, ça va, le danger est écarté. Bleu est là ? S'il te plait, demande-lui de nous conduire quelque part ailleurs... N'importe où, mais loin d'ici, où y'a personne pour nous voir... Nous cinq. Marie aussi, dès qu'elle aura fini de s'expliquer.

- Cinq, répéta Elwin en levant la tête et regardant Lindsey et Rose étendu près de lui. Où est Sushi ?

- Il est occupé, dis-je maladroitement. Il nous rejoindra plus tard.

Dans le font, je souhaitais de tout mon cœur ne plus jamais me retrouver dans le même kilomètre carré que ce psychopathe. Mais je préférais garder ce détail pour moi.

Elwin dû comprendre ce qui se passait, ou bien Bleu était justement en train de le lui dire, car il garda le silence, sans insister. Quand Marie fut de retour sur le balcon avec nous, on pouvait voir des flammes manger les rideaux du salon.

C'est sous ce spectacle morbide que Bleu nous entraina ailleurs, laissant Sushi derrière nous.

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