Chapitre 3
Cela fait à peine deux jours que je suis enfermé dans cette maison et j'ai ce besoin de sortir.
D'accord, j'ai réussi à rester enfermé six mois dans un cachot sans devenir barjo, alors je ne suis plus à quelques jours de plus me dirait-on.
Sachant pertinemment qu'Aitor m'empêcherait de sortir, il faudra que j'attende la nuit.
Sortir après le couvre feu est moins dans un sens moins dangereux pour moi, puisqu'il n'y aura aucun villageois, seulement, les gardes patrouillent, je devrais donc me montrer extrêmement prudent.
Coupé dans mes pensées, je croise mon ''très cher ami''. Il me fixe pendant plusieurs secondes avant de déclarer :
-Ça fait combien de temps que tu ne t'es pas lavé ?
-Je dirais un mois pourquoi ?
-Tu pus, va prendre une douche.
Puis il s'en va, comme si de rien n'était. Ce que j'apprécie chez lui c'est qu'il ne prend pas de pincettes pour dire ce qu'il pense, un peu comme quand il tue quelqu'un, il y va direct et j'aime bien ça.
La salle de bain se situe à l'etage, je n'ai pas eu de mal à la trouver étant donné que la maison n'est pas grande.
Une fois dans la douche, je sens l'eau chaude couler le long de mon corps. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien.
Aitor a raison, je suis tout crasseux et un peu de savon me fera le plus grand bien.
Je sors de mon cocon et trouve des vêtements qui appartiennent sûrement à Aitor. Il est hors de question que je remette mes habits sales de toute manière.
Aitor est un peu plus musclé que moi pourtant ses vêtements me vont comme un gant.
L'odeur que je dégage n'est pas désagréable et j'en viens même à savourer cet instant.
J'en profite alors pour me regarder dans le miroir et je constate que j'ai une mine effrayante. Pourtant, mes yeux verts sont toujours aussi impressionnants bien qu'ils se soient assombris avec le temps. Quant à mes cheveux rasés, ils ont légèrement repoussé.
Après mon petit relooking, je descend et trouve un Aitor sur MON canapé.
-Tu es sur mon lit là, lui ai-je fait remarquer.
Son regard vide auparavant se dirige alors vers moi.
-Toi tu ne t'es pas gêné avec mes vêtements, souligne-t-il.
-Ils me vont bien tu ne trouves pas ?
Aitor ne prends même pas la peine de me répondre et retourne à ses pensées.
Je souffle et laisse tomber mon corps sur MON canapé.
D'une voix calme et posée, comme à son habitude, Aitor me demande :
-Qu'est ce qu'ils t'ont fait Lyas ? Tu aurais du renfermé, brisé mais tu es tout l'inverse.
-Je ne les laisserais pas gagner une seconde fois, lui ai-je répondu un sourire plaqué sur le visage, ignorant volontairement sa question.
Et lui ignore ma réponse :
-Que t'es-t-il arrivé à Blackdeaf ?
Je sers automatiquement les poings, repenser à cette prison n'est pas une bonne chose pour moi.
-Ça ne te regarde pas !
Sans que je ne m'y attende, le jeune homme calme qui ne s'énerve jamais pète les plombs. Il m'attrape par le vol et me hurle dessus :
-Je t'ai sauvé la vie, tu me dois au moins ça !
Je savais bien qu'un jour où l'autre j'aurais des compte à rendre mais je ne m'attendais pas à ça, il m'a pris au dépourvu.
Aitor me colle un uppercut en plein visage et je ne peux m'empêcher de laisser échapper un rire.
-Tu peux me frapper autant que tu veux, ça ne changera rien, as-tu déjà oublié que j'en ai l'habitude ?
-Dis-moi putain Lyas !
Il me lâche et s'effondre sur le canapé. Aitor m'a toujours paru trop calme, je savais que tôt ou tard il exploserait.
-Pourquoi tu veux à tout pris savoir ?
Contrairement à ce à quoi je m'attendais, il répond sans plus attendre :
-Ma soeur est resté une semaine à Blackdeaf avant d'être pendu.
Je comprends mieux ce besoin d'avoir des réponses, il veut se reconstruire mais pour cela il doit avancer mais pour ça il a besoin de comprendre.
-C'est pour ça que tu déteste les conseillers...
-Ils ont détruit ma famille.
-Je vais te donner des réponses.
Même si je pense qu'elle vont le détruire encore un peu plus. Sa soeur est resté une semaine à Blackdeaf mais croyez moi, en sept jours, on peut vous faire vivre un enfer total...
-Je ne sais même pas par où commencer, dis-je nerveux.
-Commence par le début...
-Des mon arrivée à Blackdeaf j'ai été passé à tabac et ils m'ont marqué au fer rouge.
En même temps que mes paroles, je soulève la manche du t-shirt et dévoile cette marque.
(Bras avec cicatrice bde)
Je poursuis mon récit :
-Évidemment, ce n'était que le début d'un véritable enfer. Le plus difficile, c'est d'attendre dans la misérable cellule où tu es détenu parce que tu ne sais pas ce qui t'attend ni si ce long tunnel noir prendra fin un jour. Certains sont devenus fou, je pouvais entendre leurs cris de folie, d'autres ont mis fin à leurs jours, mais tous ça bien sur, nul ne le sait... J'étais totalement isolé. Très vite, j'ai compris que ma seule chance de peut être m'en sortir, était de garder le silence, le silence face à leur interrogatoire. Durant six mois ils m'ont interrogé, torturé avant de procéder à ma mise à mort.
-Ils ?
Après ma tirade, Aitor ose poser une question, enfin ce qui ressemble à une question.
-C'est ça le plus dur à admettre, se dore que les personnes avec qui tu as passé une grande partie de ta vie ou que tu connais de loin te torturent, car oui, ce sont bien des soldats ou des gardes que je connaissais de près ou de loin qui s'occupaient de mon cas.
Aitor en reste bouche-bée, même s'il devait s'attendre à écouter des horreurs...
Il doit se demander si sa soeur a subi les mêmes atrocités ou non, mais mon rôle n'est pas de le rassurer et encore moins d'enjoliver la situation. Il a voulu la vérité et il l'a eu !
La vérité n'est pas toujours bonne à entendre, elle blesse, pourtant je continue :
-Personne n'a jamais su ce qu'il s'est passé et ce qu'il se passe encore, parce que personne n'en a échappé.
Aitor me regarde droit dans les yeux et dit :
-Personne à part toi Lyas.
Le reste de la journée a été plus qu'ennuyante. Aitor est resté cloîtré dans la chambre qu'il occupe et la seule fois où je suis allé le voir, il m'a mis à la porte en précisant bien qu'il avait ''besoin de rester seul''.
J'aurais voulu répliquer en lui affirmant que ce n'était pas la solution mais je pense qu'il a besoin de digérer tout ça pour essayer de passer à autre chose.
D'après ce que j'ai pu comprendre, sa soeur a été pendu et il n'en a jamais connu la cause. Suite à ça son père voulant des explications s'est fait abattre dans la rue et sa mère en est morte de chagrin. Tragique histoire qui explique la haine qu'il éprouve envers les conseillers. Ils ont détruit sa famille.
Étant donné que l'hiver approche à grands pas, il fait nuit de plus en plus tôt. Le couvre feu a lieu de dix huit heures à sept heures. Cela doit déjà faire plusieurs heures qu'il a commencé. Je vais enfin pouvoir prendre l'air.
J'enfile une veste à capuche et vois une silhouette approcher :
-Qu'est ce que....
Je ne laisse pas le temps à Aitor de comprendre ce qui lui arrive et pense tout haut :
-Désolé mon vieux, mais tu ne m'empêcheras pas de faire un tour.
Après l'avoir assommé, je le dépose sur le tapis salon, avec un peu de chance il ne sera pas trop en colère.
En sortant, j'inspire un grand bol d'air frais. Cet air a une odeur de liberté, certes provisoire mais de liberté.
A peine ai-je fait cent mètres que j'entends le bruit de bottes résonner sur les pavés, signe qu'une patrouille n'est pas loin. Redoublant de prudence, je continue d'avancer dans l'obscurité.
A chaque coin de rue, je me cache pour etre sûre de passer inaperçu. Plus j'avance et plus je me rapproche de la place. En face du lieu où j'aurais dû perdre la vie, je souris parce que la partie est loin d'être fini.
Les conseillers m'ont pris pour leur pantin, à moi d'inverser les rôles. Mais avant ça, il faut que sorte de cette ville et que je finisse le travail que j'ai commencé...
Je devrais faire des repérages, voir si les gardes sont nombreux.
Retournant sur mes pas pour cette fois contourner la ville, je suis interrompu par des voix. Je m'en rapproche et vois cinq gardes dont l'un qui sort une matraque sûrement destinée à la personne n'ayant pas respecté le couvre feu.
Je m'apprête à passer mon chemin quand une autre voix m'en empêche, la voix d'un enfant :
-Non, s'il vous plaît, je ne recommencerais plus
-Ça je te le garantis mon garçon...
Je me doute que les gardes ne se gênent pas pour faire subir des violences aux civils qui ne respectent pas les lois, mais de là à frapper un enfant !
Sans m'en rendre compte je me suis beaucoup rapproché et j'ai retenu le bras du garde, l'empêchant ainsi de le frapper.
Je souris en regardant tour à tour ces lâches :
-Aujourd'hui est votre jour de chance ! Vous êtes tombés sur votre plus grand cauchemar.
Rentre chez toi, ai-je ordonné au gamin.
Il a hésité une demi-seconde puis il est parti en courant.
Je n'attends pas une seconde de plus et donne un coup de poing dans la gorge au garde qui a la matraque, il semble être le chef. Les autres réagissent mais étant des gardes, ils sont moins bien formés que moi.
J'arrive sans difficulté à mettre k.o. les quatre gardes sans pour autant les tuer. Je veux seulement leur donner une bonne leçon, histoire de leur passer l'envie de recommencer. Ils auraient regardé leur chef tabasser ce petit sans ciller, quel bande de lâches !
Leur chef s'est relevé, tant mieux je vais pouvoir l'achever.
Contrairement aux quatre autres, il est plus coriace et je reçois un magnifique crochet du droit au visage.
Je reprends le dessus et lui dit :
-Plus jamais tu ne lèveras la main sur un enfant.
Je lui brise la nuque dans un silence où seul le bruit de ses os se fait entendre.
Je retourne rapidement à ma noble demeure avec le sentiment que quelqu'un ne sera pas ravi de ma petite escapade...
Je passe la porte et je reçois un coup sur la tête, quand je relève celle-ci, j'aperçois un Aitor bien plus qu'énervé.
-Ça s'est pour m'avoir assommé.
Ce qui reste le plus flippant, c'est sa voix toujours aussi calme et contrôlé alors qu'intérieurement il doit bouillonner.
-Et ça s'est pour être parti comme un v.....
Il arrête de dire sa phrase en me regardant dans les yeux :
-J'y crois pas, hurle-t-il presque, tu t'es fait attraper c'est ça ?!
J'ai oublié que des hématomes ont du se former sur mon joli minois...
D'ailleurs, je n'ai même pas pensé à ma blessure, comme quoi au fil du temps j'ai l'impression de voir ça comme une partie de moi même.
-Tu n'y es pas du tout, ai-je sourit en repensant à ce qu'il s'est passé.
Il m'interroge d'un regard qui veut tout dire.
Je souffle et je vais m'asseoir sur mon canapé, quant à lui, il reste debout mais se place devant moi. Je lui relate alors les événements qui se sont déroulés.
-Depuis quand tu fais dans la charité ?
-Je ne fais pas dans la charité Aitor, seulement, tout comme toi j'ai des principes et voir un gamin se faire tabasser ne rentre pas dedans.
Il hôche la tête, sûrement d'accord avec moi.
-C'est la dernière fois que tu sors pendant un couvre-feu, je ne sais pas combien de temps on va devoir rester ici mais tâche de rester tranquille.
-Oui maî-tre.
Il ignore royalement ma réponse, comme à son habitude en fait. S'il pense que je vais attendre sagement ici, il se met le doigt dans l'oeil, seulement la prochaine fois je me montretais plus malin.
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