Chapitre 3

Après ce week-end déstabilisant, c'est avec impatience qu'aujourd'hui, je m'apprête à reprendre le chemin de de l'université. Je n'en peux plus de rester enfermée dans ma chambre. Je sais que je suis la seule à m'infliger cela, Richard m'a bien précisé que j'étais toujours ici chez moi et que ce n'était pas l'arrivée imprévue de son fils qui allait changer quoi que ce soit entre nous.

Mais je n'ai pas pu me résoudre à faire comme si Christopher n'était pas dans les parages. À continuer à me dorer au soleil tout en révisant. À aider Frida à préparer le petit déjeuner... À reprendre mes petites habitudes que j'ai dans cette demeure depuis que j'y ai emménagé.

Le peu que je suis sortie de ma chambre, c'était pour dîner en présence des hommes de la famille Johnson, nom dont je devrais être affublée à l'heure actuelle. Et hier, James s'est joint à nous, et je l'en ai remercié silencieusement, on ne sera jamais trop contre Christopher. D'ailleurs, trois personnes n'ont pas été suffisantes, les piques sanglantes à mon encontre n'ont pas cessé de tout le dîner.

Ce fut le pire repas de toute ma vie. J'ai bien vu dans ses yeux qu'il me promettait bien pire si je ne mettais pas les voiles rapidement. Dommage pour lui, je n'en ai pas l'intention, bien au contraire. En m'engageant auprès de Richard, je savais parfaitement que je devrais faire face aux critiques des gens, et de son fils également. Mon homme me l'avait bien dit. J'ai décidé, en tout état de cause, de poursuivre cette relation avec lui. Richard et moi contre le reste du monde.

Il n'en est pas moins que ça reste dur à encaisser, surtout lorsqu'il n'y a pas de temps mort. Richard et James ont bien essayé de le calmer, de lui faire comprendre qu'il était injuste envers moi. Mais Christopher n'a pas cessé ses remontrances à mon égard.

Je chasse ces souvenirs pour me concentrer sur ce qui est important aujourd'hui, je reprends le chemin de l'université avec une joie non dissimulée.

Mais mon humeur étant malgré tout en berne, je décide de ne faire aucun effort spécifique aujourd'hui, surtout que je ne verrai pas Richard qui part pendant quelques jours en voyage d'affaires.

Je me mets en mode confort, un jean, un tee-shirt tout simple, un gros sweat à capuche et des baskets. Je ne fais même pas un minimum d'effort pour me maquiller, pas de trait d'eyeliner, ni de mascara, encore moins de rouge à lèvres. Je ne mets même pas mes lentilles de contact. Tout juste si je ne prends pas une casquette pour finir de me dissimuler totalement.

Je crois que je ne suis plus sortie de chez moi habillée de la sorte depuis que je suis en âge de choisir seule mes vêtements. L'étonnement de Frida quand je la retrouve pour le petit-déjeuner à la cuisine, me confirme qu'elle ne m'avait jamais vue vêtue de cette manière.

– Betty, que t'arrive-t-il ? Je ne t'ai jamais vue comme ça.

Machinalement, je me rends au percolateur pour me préparer mon café, même si Frida est supposée s'en occuper. Je ne conçois pas les choses autrement. Elle en fait déjà assez pour moi. Je peux faire mon café toute seule.

– Je n'étais pas d'humeur à me pomponner aujourd'hui. Et vu que Richard n'est pas là, je n'en voyais pas l'utilité.

Le regard attendri, presque maternel, que me renvoie Frida, me confirme qu'elle a parfaitement compris le message sous-jacent.

– Je sais que le week-end a été particulièrement difficile pour toi. Ça va aller aujourd'hui ? Tu ne veux pas sécher les cours pour une fois ? Je te fais un mot d'absence si tu le souhaites, conclut-elle avec un petit clin d'œil.

Elle utilise une note d'humour pour essayer de me remonter le moral. Sauf que rien ne pourra changer mon humeur actuelle. À part un peu de temps pour me laisser digérer tout ce qui est arrivé ces derniers jours.

– Non, les examens vont bientôt arriver. Et surtout, ça me changera les idées de sortir de cette maison.

Je m'assois au bout du plan de travail pour rester avec la gouvernante. Je n'aime pas me retrouver seule, surtout maintenant que Christopher rode pour me dévorer toute crue. Je préfère avoir des témoins s'il tente quoi que ce soit à mon encontre. On n'est jamais trop prudent.

– Ne t'inquiète pas, me répond Frida en tapotant ma jambe, il changera d'avis à ton sujet quand il te connaîtra mieux.

Ça, je n'en suis pas aussi sûre qu'elle. Elle n'était pas présente lors de la petite discussion à huis clos après l'avortement de mon mariage. Il souhaite me dégager du tableau purement et simplement, à grands coups de pied dans le derrière. Pas de bol pour lui, je ne compte pas me laisser faire. J'ai dû batailler dur pour y parvenir, hors de question que je cède ma place à une autre.

– J'en suis moins sûre que toi !

Et c'est bien ce qui m'inquiète.

Richard n'a pas lésiné sur les arguments pour me rassurer, mais rien n'y fait. Au fond de moi, j'ai toujours une petite voix qui me murmure que Christopher est la chair de sa chair, le sang de son sang. Jamais il n'ira vraiment à son encontre, même s'ils se sont disputés. Surtout qu'il s'agit de son fils unique.

Moi, je ne suis qu'une femme qu'il a rencontrée par le pur des hasards dans son country club. Il y a encore quelques mois à peine, je vivais dans une caravane à l'entrée de la ville, n'ayant pas les moyens de louer un logement décent. Je sais que vu de l'extérieur, je ressemble à une croqueuse de diamants, avec une chance inouïe. C'est sûr, que je vis ce que toute personne de ma condition rêverait de vivre. Je suis comme Julia Roberts dans Pretty Woman, sauf qu'il ne m'a jamais accompagnée pour faire du shopping.

Mais je suis sincère dans les sentiments que je lui porte. Je n'ai pas hésité une seule seconde lorsqu'il m'a demandée en mariage. Tout comme je compte bien travailler à la fin de mes études. Hors de question, pour moi, de passer mes journées à me faire dorer la pilule, sans rien faire de mes dix doigts. Je compte bien mettre en pratique tout ce que j'apprends si ardemment. Je me vois mal faire toutes ces années d'études pour au final ne pas les mettre en pratique.

Malgré les regards désapprobateurs que je surprends lorsque je suis aux bras de Richard, je garde la tête haute, car je sais parfaitement que lui et moi savons ce qu'il en est. Et qu'au final, l'avis de tous ces gens ne compte pas.

Mais je ne peux pas en dire autant de Christopher. Je sais que son avis est important pour Richard, ce qui est tout à fait normal étant donné qu'il est son fils unique. Et cet avis me fiche une trouille bleue, malgré les paroles réconfortantes de mon futur mari. Je n'arrive pas à faire taire ce doute au fond de moi.

Ce sont des bruits de pas qui proviennent de l'étage du dessus qui me sortent de mes pensées. C'est dans des moments tels que celui-ci que je suis contente de vivre dans une vieille demeure. Il ne me faut que très peu de temps pour comprendre à qui ils appartiennent.

Richard est parti très tôt ce matin pour prendre son vol. Luis, le mari de Frida, est dans le jardin, comme tous les jours, pour s'occuper des plantes. Frida et moi buvons le café dans la cuisine. Il ne reste plus qu'un seul habitant, celui que je fuis comme la peste par tous les moyens : Christopher. Et ce n'est pas ce matin que je vais faire exception. Je ne suis pas encore totalement prête à lui faire face.

Je termine ma tasse de café d'une seule traite, comme un verre de shooter, sauf qu'il m'en reste beaucoup plus que dans ces tout petits verres et surtout qu'il est encore bouillant. Résultat : je me brûle la langue. Mais je n'ai pas le temps de m'en soucier, les pas se reprochent de plus en plus.

Frida, en me voyant m'activer dans tous les sens, comprend facilement ce que j'ai en tête.

– Tu ne pourras pas toujours l'éviter, tu sais.

– Je sais, je sais, je lui réponds en déposant ma tasse dans l'évier. Laisse-moi juste en profiter encore quelques jours.

À la volée, je récupère mon sac, dépose un baiser sur la joue tendre de Frida. Par chance, c'est quand j'ai atteint l'arrière-cuisine que j'entends la voix grave de Christopher résonner dans la pièce.

– Bonjour Frida, nous sommes seuls ce matin ?

– Bonjour monsieur Christopher, lui répond la gouvernante. Oui, tout le monde a déjà quitté la demeure.

Comme une voleuse dans ma propre maison, j'ouvre doucement, sans faire de bruit, la porte qui donne dans le garage pour récupérer ma voiture et échapper à cet homme. J'y arrive aisément, tellement bien que je n'entends pas la suite de leur conversation. Une fois à l'intérieur de ma voiture, je ne demande pas mon reste, et m'enfuis jusqu'au campus, là où je me sens en sécurité.

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