BEYOND THE SEA- 01


Enseveli sous d'épaisses couvertures, ses cheveux en bataille s'étalant sur l'oreiller, un jeune homme surfait sur Instagram, ses écouteurs dans les oreilles. La lumière de l'écran, dans la pénombre de sa chambre aux rideaux tirés, lui faisait écarquiller les yeux.

La montre à son poignet sonnât.
Le bruit strident résonnât un instant dans le silence ouaté de la chambre, jusqu'à ce qu'il réussisse à couper l'alarme, après avoir tâtonné une bonne minute.

C'était l'heure.

Alors, le garçon se releva doucement, s'extirpant à regret de son cocon de chaleur agréable. En frissonnant, il tira un sweat du tas de vêtements posés sur sa chaise de bureau, doux et beaucoup trop large pour sa frêle carrure. Durant un court instant, son regard se perdit sur l'horloge aux aiguilles phosphorescentes; il était minuit quatre.
Depuis quatre minutes, il avait dix-sept ans.

Accoudé à la fenêtre entrouverte, le menton posé dans le creux de sa main droite, Yoongi contemplait l'étendue d'eau mouvante qui s'écrasait lentement les rochers du récifs.
Cette vue, il la connaissait par cœur, avec le temps. Depuis tout petit, le bruit des vagues heurtant la berge et les murmures du vent le berçait lors de ses longues nuits d'insomnies. Une légère brise, à la bonne odeur de sel, s'engouffra dans la chambre par l'ouverture, le faisant frissonner.

Il devait faire froid dehors, il ferait mieux de bien se couvrir. Alors, en baillant, Yoongi rajouta un léger pull sous son gros sweat, puis enfila à la hâte un bonnet rouge sur sa chevelure de jais.

Machinalement, le noireaud enfonça son portable rayé dans ses poches, cherchant le plus discrètement son trousseau de clés sur son bureau. Puis, le garçon sortit de sa chambre sur la pointe des pieds avant de dévaler l'escalier menant à la porte d'entrée, en essayant de ne pas faire craquer les lattes du parquet. En retenant sa respiration, comme si cela l'empêcherait de faire du bruit, il ferma la porte derrière lui et s'avança sur les galets, shootant dans quelques uns d'entre-eux en les envoyant valser.

À cause de l'heure tardive, les rues étaient désertes et calmes. S'en devenait presque glauque. Les petites maisons en bois blanc s'alignaient, toutes décorées des mêmes fleurs aux bordures des fenêtres. Pas une des lumières n'était allumée dans les foyers assoupis, seul l'éclairage jaunâtre des lampadaires parvenait à percer la pénombre nocturne.
Yoongi cheminait prudemment, empruntant un sentier que ses pas avaient sillonné tant de fois qu'il avait finit par le connaitre par cœur.

Les hautes herbes caressant ses chevilles nues, il s'éloignait, pas à pas, le long de la digue, escaladant de temps en temps les nombreux rochers obstruant la vue. La mer apparaissait t disparaissait au grès des reliefs. Une bourrasque glacée vint le heurter, le faisant tituber. Le marcheur souffla sur ses doigts rougis par le froid afin de les réchauffer et les désengourdir, avant de fourrer ses mains dans ses poches, par dépit. Un à un, il enjamba alors les crevasses, grimpa le long des roches, le sifflement du vent chantant à ses oreilles.

Enfin, il parvint à son endroit. La mer à portée de main, les jambes balançant dans le vide, il s'assit sur sa pierre, la sienne, à lui seul. Elle était légèrement moins bosselée que les autres. La brise claquait contre ses joues rosies, il était enfin calme, dans son refuge. Il laissa son regard s'accrocher à la masse houleuse et mouvante à ses pieds, repliant ses genoux contre son torse.

Que c'était agréable, tout de même!

Le bruit des flots se heurtant aux rochers; le parfum iodé planant dans l'air; le sifflement du vent à ses oreilles gelées...
Et puis, les étoiles.
Splendeurs intemporelles, une immensité de paillettes lumineuses et scintillantes sur une grande toile bleutée.
Ce spectacle avait le don de lui couper le souffle à chaque fois.
Ses orbes mordorées dérivèrent sur la droite, puis la gauche. Il s'arrêta, se figeant un instant, les doigts crispés sur l'arrête tranchante de la roche à en faire pâlir ses phalanges.

À une petite vingtaine de mètres, dans l'étendue glaciale, une forme indéfinissable attirait son attention. En plissant les yeux, il parvint enfin à mieux la discerner. Devant lui, un inconscient se baignait, ses habits roulés en boule sur la roche en diagonale de la sienne.

Et puis ce son, lointain et étouffé, qui lui parvint à peine à cause des bruissements du vent, traversa la nuit sombre pour s'échouer dans ses oreilles.

"Tu veux me rejoindre?"

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