Chapitre 10 - 2/2


Les yeux dans le vides, elle observait l'étrangeté de son nouveau monde. La terreur sur son visage illustrait la douleur encaissée par son esprit. Ses mains tentaient de toucher des choses invisibles et l'instant d'après elle se recroquevillait pour se protéger d'un danger incertain.

Juliette avait perdu l'esprit, tout simplement.

Installé sur une chaise peu confortable, Mikail ne pouvait détacher son regard de la femme qui, il y avait encore quelques temps, complotait pour lui faire perdre la tête afin de lui dérober la couronne. Une femme attachante, se voyant en lion là où elle n'était qu'un chaton d'une race bâtarde. Une rouquine ayant commis l'erreur de se battre avec un Oiseau de Joie sans même connaitre les armes redoutables d'une telle créature. Chacun les pensait en voie de disparition, ne se doutant pas que leur faible nombre était une sélection de la Nature. Ces oiseaux étaient de véritables calamités si l'on ne savait pas les dresser.

Les jambes croisées, son pied en suspend fit quelques mouvements de balancier au rythme d'une pendule inexistante. Il réfléchissait, soudain face à un dilemme. Que devait-il faire ?

Juliette n'était pas importante. Un simple pion parmi d'autres. Les autres soverains se battaient déjà pour prendre sa place parmi les sept.

Eteignant l'écran sur lequel était projeté depuis la chambre de Juliette, en institut spécialisé, il se leva, ne pouvant apprécier son siège. Il choisit de retourner près de sa cheminée, dans ce fauteuil usé. Autour de la table, les sept piaillaient. A l'exception d'Aza. Ce gosse était plus sage que la plupart d'entre eux. Raison pour laquelle il ne tenterait jamais de dérober sa couronne à Mikail. Raison pour laquelle il demeurait silencieux.

— Nous ne pouvons pas laisser ce crime impuni ! s'agaça l'un des soverains.

Apparemment, tous étaient unanimes dans cette idée.

— Aza, interrompit alors Mikail.

Le silence se fit et Aza tourna son visage vers son roi, la perle dans ses cheveux joignant son mouvement.

— Juliette a agit de sa propre initiative, attaquant deux femmes sans ordre. Il n'y a rien à punir. Je dirai même que Juliette devrait présenter ses excuses. Mais...

Mais elle n'était pas en état de le faire.

Mikail eut un sourire amusé. Aza ne faisait pas un choix au hasard, tout était orienté pour protéger cette sorcière du nom de Hella. Un nom qui revenait trop souvent à son goût ses derniers temps.

— Une créature bien complexe que tu nous as pondu, Aza.

L'adolescent se crispa tandis que les yeux de Mikail se posait sur lui. Intimidant, dominant, le Roi se devait d'être craint.

— Est-ce que cette gosse va continuer à nous créer des problème encore longtemps ou bien devrais-je mettre fin au problème moi-même, Aza ?

Aza serra les poings, les yeux se baissant vers le sol avant de se décider à soutenir son regard. Il était déterminé, il avait choisi.

— Je prendrais l'entière responsabilité. Il n'y aura pas de prochaine fois.

— En effet, il n'y aura pas de prochaine fois, confirma Mikail. Convoquez la sorcière. Nous devons discuter.


***


— Tu n'étais pas rentrée chez toi ?

Lettie, installée sur mon canapé, semblait encore rongée par l'inquiétude et la culpabilité. Elle n'était d'ailleurs pas la seule à être restée. Apparemment, ni elle ni Hunter ne semblaient vouloir me laisser à un repos mérité de sorcière ayant écourté ses vacances.

— Je...

Je m'approchais, remarquant enfin son regard terrifiée.

Elle sortit de son dos une boîte cartonnée, me le tendant.

— Je voulais te remercier. Je... J'avais peur qu'à cause d'hier tu ais peur de moi... Mais au lieu de ça, tu m'as tout de même sauvé et tu as...

— J'ai tué des gens pas important dans notre petit monde.

— Chaque personne est importante, tu ne peux pas dévaloriser ainsi des...

— Dis la femme jouant à la Reine des cœurs en cuisine.

Elle posa la boite sur la table basse et je la rejoignis pour m'asseoir à ses côtés tandis qu'Hunter sortait pour prendre un appel. Elle tendit ses mains vers elle, ouvrant cette boite tel un trésor recherché depuis des siècles et venu récompenser nos efforts de ses couleurs lumineuses. Des pâtisseries de Lettie. Nous étions deux, assises sur le canapé, à simplement les observer.

— Merci dieu des pâtisseries pour nous accorder encore aujourd'hui la joie dans la gourmandise et la gloutonnerie.

— Amen, termina Lettie.

Finir ces gâteaux ne fut pas difficile, mais très rapide. Trop rapide. Seulement, lorsque Lettie sortit une autre boîte de nulle part, me laissant me demander si elle n'était pas l'incarnation d'une Marie Poppins, je su que les dieux des pâtisseries existaient vraiment.

— Hella, comment était ton voyage ?

— Oui Hella, j'aimerai aussi le savoir, intervint alors un Hunter ayant terminé une conversation téléphonique et de nouveau prêt à se battre.

Je fusillais Lettie du regard, elle haussa des épaules.

— Je pensais qu'il était au courant pour ton voyage. J'aurai dû me taire ?

— Lettie, tu ne dois jamais révéler ce que je fais. Surtout pas à un petit-ami que j'ai laissé en plan durant la nuit et abandonné durant plusieurs jours.

— Hella, grogna à nouveau Hunter.

Je me tournais vers lui, le dos droit, les deux mains sur les genoux à la manière d'une femme de la bourgeoisie, ou simplement avec un comportement snobe, le sourire le plus faux sur le visage.

— Oui mon chérie ?

— Tu as disparu durant une semaine entière pour revenir couverte de sang avec Lettie qui, je l'ai bien compris, s'est éveillée dans sa nature surnaturelle avant de rendre folle une Soveraine. J'exige des explications.

— Oh trésor, tu n'as pas besoin de tout savoir. Notre amour doit devenir seule préoccupation de... Hé, mes gâteaux ! sortais-je de mon personnage alors qu'Hunter décidait tout à coup de me prendre mes gâteaux sans aucune pitié.

Le pire fut lorsqu'il en mangea un, me privant alors d'une splendide tartelette.

— Ma tarte, nommais-je avec une voix pitoyable en la voyant disparaitre dans le corps du loup.

— J'attends. Ah moins que me voir dévorer chacune de tes précieuses sucreries ne te dérange pas.

— J'ai compris, alors pose cette religieuse au praliné. Ne fais rien que tu ne pourrais regretter, après il sera trop tard.

Il posa la religieuse sur un meuble à côté de lui, attendant sagement.

— Par où commencer ? Oh, le jour où j'ai voulu acheter un billet pour aller au Pôle Nord.

— Au Pôle Nord ?

— Si tu commences déjà à m'interrompre, mon histoire ne sera pas finie d'ici demain.

Il se tut, bras croisés.

— Bien, alors je disais donc... Ah oui, dans ma quête de trouver la personne condamnée par la Banshee, j'ai été confrontée à un obstacle. A savoir que personne n'entrait dans la case « personne de sang royal ». Et comme me l'a souvent dit ma Yoda-Conscience, « si obstacle tu rencontres, abandonner tu dois, parce que flemme de réussir tu auras ». Donc j'ai été à l'aéroport mais pas de billet ! Sans doute parce que ce n'était pas vraiment un aéroport d'ailleurs mais un hippodrome ?

J'haussais des épaules en me souvenant de ce détail avant de le chasser d'un mouvement de la main avec le fameux « J'étais bourrée donc pas grave ». Une cuite avec ma tante en pleine journée...

— Et c'est ainsi que les deux sorcières complètement torchées montèrent sur leur balais pour aller au Pôle Nord avec une mission de la plus haute importance. Aller voir les pingouins. Et surtout, une petite quête secondaire décidée en cours de route, rencontrer le Papa Noël. Résultat, je n'ai pas vu de pingouin mais le Papa Noël était vraiment sympa. On a même prit un selfie avec... rien en fait, je n'avais plus de portable. Ah oui, je t'ai dis que j'étais partit avec ma tante ? Non ? Bon, et bien maintenant te le sais.

Les détails de mes vacances devaient sans doute intéresser Hunter, mais estimant qu'il n'était pas nécessaire de tout dévoiler – les sorcières avaient leurs secrets – je passais directement à la fin.

— Puis, sur une plage d'une île déserte que je ne connais pas et dont je n'ai pas retenu le nom mais que ma tante adore, alors que je bronzais en nourrissant mon ego des nombreuses tentatives de dragues des touristes millionnaires, j'ai lu un message reçu par ma tante depuis le site « Rumors-cadabra ». Apparemment, une nana détenait mon amie. J'ai donc tout naturellement écourté mon voyage pour pénétrer dans la demeure d'une certaine Juliette. Et paf ! Pas de chocapique, mais le reste de l'histoire que tu connais parce que je te l'ai raconté lorsque nous étions dehors. A savoir il y a quelques minutes.

A deux doigts de défaillir, le pauvre s'appuya contre le bord d'une commode, abandonnant l'idée de rester debout pour s'asseoir dans un fauteuil non loin.

— Donc tu es partie parce que tu voulais aller voir des pingouins.

— Exact.

— Des pingouins que tu n'as pas vu.

— Deux réponses de suite correct. Tu bats ton record.

Mais à force de jouer avec un loup, on finissait par se faire mordre. Et le sourire faux ainsi que la mâchoire serrée de l'Alpha furent des indicateurs que j'avais sans doute poussé un peu trop loin. Son aura apparaissait, le loup autour de son corps terrifiant Lettie. Pouvait-elle la voir également ?

Maintenant qu'elle était en train de s'éveiller, que ses dons de piaf apparaissaient petit à petit, de quoi d'autre était-elle encore capable ?

Je n'eu pas le temps de réfléchir à la question. On frappait à ma porte. Deux tocs. Il n'y eu pas de troisième, la personne passant directement au moment où l'on défonçait l'entrée à coup de pied surnaturel.

Lunettes de soleil et long imperméable malgré la chaleur de dehors, ses mains dans les poches pour se donner un air décontracté, il avait tout du mauvais garçon ou de l'homme sexy sortie d'un fantasme. Il retira ses lunettes, plongeant ses yeux dans les miens.

— Toc, toc, prononça-t-il sans se détacher de mon regard.

— Qui est là ? décidais-je de jouer avec lui.

— Une convocation. La Soveraineté souhaiterait un entretient avec la sorcière Hella Doux.

— Est-ce que j'ai le droit de refuser ?

Sans se défaire de son sourire, il tendit sa main, n'accordant pas un regard à Lettie ou Hunter.

— Je crains que ce ne soit pas possible.

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