Tome II - Chapitre 13 : Retour à Pré-au-Lard
La deuxième Epreuve du Tournoi semblait avoir galvanisé l'école toute entière. Sur toutes les lèvres, le même sujet revenait sans cesse, particulièrement à l'heure du déjeuner. Sauf aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui, c'était jour de sortie à Pré-au-Lard et tout le monde avait juste envie de souffler, de ne plus penser au Tournoi pendant au moins quelques heures.
Et puis c'était aussi accessoirement l'anniversaire de Sirius.
- Donc, si je résume bien, dit Dorcas en pointant sa fourchette vers Alexia, tu nous abandonnes aujourd'hui pour passer ta journée avec Sirius, c'est ça ?
- Ouais !
- Comment t'as fait ?
- Comment j'ai fait quoi ?
- Le persuader de lâcher les Maraudeurs pour son anniversaire ? Ils n'ont pas fait un pacte avec du sang ou autre chose dans ce genre-là qui stipule que les amis passent toujours avant les filles ?
Avant qu'Alexia ne puisse lui faire remarquer que c'était complètement ridicule, les quatre Maraudeurs se laissèrent tomber sur le banc à côté d'elle. Sirius devait avoir entendu la dernière phrase de Dorcas parce qu'il lui envoya une boulette de mie de pain dans le front.
- Premièrement, dit-il, on ne fait pas de pacte avec du sang. Tu nous prends pour qui, un gang de vampire ? Et deuxièmement, si j'y vais avec Alex c'est parce que James refuse de venir à Pré-au-Lard -sous prétexte qu'il doit bosser pour l'épreuve de vol comme s'il ne savait pas déjà tenir parfaitement sur un balai-, que Peter ici présent est tellement malade qu'il n'arriverait pas en vie au village et que Remus, dans son altruisme légendaire, a décidé de rester lui tenir compagnie à l'infirmerie.
Alexia haussa un sourcil et se râcla la gorge.
- Ah oui, et aussi parce que je t'aime et que j'adore passer mon anniversaire avec toi...C'était évident, c'est pour ça que je ne l'ai pas dit immédiatement, princesse.
- Bien sûr...
Dorcas ne parut nullement impressionnée. Au de lieu de ça, elle se tourna vers Peter. Le pauvre portait un pull trop grand pour lui, sûrement un vieux sweat de Sirius ou de James vu la taille, et avait le teint pâle et le nez tout rouge à force de se moucher.
- Tu as une sale tête, commenta-t-elle avec sa franchise habituelle.
- Dorcas, réprimanda Lily.
- C'est pas grave, marmonna Peter. Vous allez à Pré-au-Lard ?
- J'y vais avec Lucinda, oui. Marlène et Lily vont sûrement passer la journée ensemble.
- Hum non... Je reste au château en fait.
- Ah bon ?
Lily hocha la tête. Ça faisait plusieurs semaines que ça la perturbait, mais Potter n'avait vraiment pas l'air dans son chaudron depuis la rentrée. Hormis le fait qu'il ne lui demande plus de sortir ensemble à tout bout de champ, il semblait... fatigué ? D'habitude, James donnait l'impression de carburer au sucre et au café, il était toujours plein d'énergie, parlait à mille à l'heure, sautillait presque sur place quand il devait rester sans rien faire. Et là il refusait une journée à Pré-au-Lard ? Pour réviser l'épreuve de vol ? Ce garçon tenait mieux sur un balai que sur ses propres pieds, par Merlin ! Non, définitivement quelque chose clochait, et même si Lily ne savait pas trop pourquoi elle s'en souciait elle tenait à rester également.
- Marlène va être ravie de tenir la chandelle...
- Où est-ce qu'elle est d'ailleurs ? Demanda Alexia.
- A la volière pour envoyer une lettre à ses frères et ses parents.
- C'est pas sa troisième lettre cette semaine ?
- J'sais pas, marmonna Dorcas la bouche pleine. Ça va Pettigrow ?
Peter frissonna et enfouit ses mains dans les manches de son pull.
- Moyen, admit-il. Il fait hyper froid, non ?
A sa droite, James fronça les sourcils et se pencha. Il posa la main sur son front brûlant, d'abord avec sa paume puis le dos de ses doigts comme sa mère avait l'habitude de faire quand il était enfant.
- Alors ? Je vais mourir, docteur ?
- Docteur qui ? Se moqua Alexia.
Les quatre garçons lui jetèrent un regard perplexe.
- Laissez tomber, ajouta-t-elle.
- J'ai compris la référence moi, dit Lily pour la réconforter.
- En tout cas j'ai bien peur que tu n'en aies plus pour longtemps Quedver, lança James.
- Des derniers mots ? Demanda Remus, lui donnant une tape sur l'épaule.
Peter toussa et réussit à articuler :
- Si je meurs vraiment, trouvez-moi une copine et dites-lui que je l'aime.
- On n'y manquera pas, promit Sirius.
Ils se sourirent tous, amusés, puis James aida Peter à se mettre sur ses pieds.
- Allez viens mon pote, tu viens de gagner un séjour à l'infirmerie
- Je te ramènerais du chocolat Peter !
- Merci Alex...A plus tard.
S'appuyant toujours sur James tandis que Remus lui prenait son sac à dos, Peter s'en alla. Sirius se leva à son tour et attrapa la main d'Alexia dans la sienne.
- On y va ? Prêtre ?
- Toujours !
**
*
S'il y avait bien une constance dans la vie de James, c'était la sensation qu'il éprouvait à chaque fois qu'il montait sur un balai. Dès qu'il était dans les airs, le bruit du vent couvrait tout le reste et il avait l'impression d'être coupé du reste du monde. Plus besoin de réfléchir, le simple fait de voler nécessitait toute son attention.
Quand il était petit et qu'il s'ennuyait, ce qui arrivait souvent en tant que fils unique, il courrait partout pour évacuer son trop plein d'énergie. Sa mère en avait eu marre au bout du troisième vase cassé et lui avait proposé de lui apprendre à voler. Pas sur son balai-jouet qu'il adorait déjà, non, un vrai balai, un balai pour les grands. James avait six ans. Il avait adoré. Littéralement. Euphemia l'avait placé devant elle, ses bras autour de lui pour l'empêcher de tomber, et elle les avait fait décoller en donnant un coup de pied énergique au sol. Il se souvenait encore de la sensation, des émotions qu'il avait ressenti alors que le balai montait toujours plus haut (en vérité seulement quatre mètres, mais du haut de ses six ans ça lui avait bien paru le triple) : son cœur avait dégringolé dans son ventre, comme quand on loupe une marche, le vent lui avait soufflé au visage, une douce chaleur émanait du corps de sa mère pressé contre son dos qui lui donnait une impression de sécurité infaillible, et plus que tout la gravité avait cessé d'exercer son pouvoir sur lui. Bien sûr, ce n'était pas vraiment lui qui était en charge, sa mère avait gardé le contrôle durant tout le vol, mais James était déjà mordu.
Dès que son père était rentré du travail le soir, il s'était jeté sur lui pour lui raconter son aventure. Fleamont avait échangé un coup d'œil amusé avec sa femme et lui avait promis de l'emmener voler encore une fois le week-end prochain. Evidemment, James n'avait pas eu la patience d'attendre tout une semaine.
Même si Euphemia s'était arrêté de travailler à la naissance de son fils, elle avait des journées bien remplies car elle s'occupait de la maison et rendait souvent visite aux voisins pour les aider, notamment Bathilda Tourdesac ou la maison de retraite deux rues plus loin. Ce jour-là, elle avait dû s'absenter une petite heure, comme d'habitude, laissant à leur elfe de maison la charge de garder la maison et de surveiller James. Mais James avait déjà un don quand il s'agissait de ne pas se faire prendre et avait réussi à fausser compagnie à l'elfe, ou du moins réussi à se faufiler dans le jardin quand celui-ci avait eu le dos tourné. Avec ses petites jambes, il était monté sur le balai que ses parents gardaient dans la remise, simplement appuyé contre mur, et s'était agrippé au manche en bois avec détermination avant de décoller.
Il avait retrouvé les mêmes sensations de liberté et de légèreté enivrante que la première fois...du moins avant qu'il ne se rende compte qu'il pouvait voir les arbres. Du dessus. Là, il avait paniqué. Monter avait été facile, descendre semblait bien plus compliqué et sans sa mère pour le guider il ne savait absolument pas comment faire. Il s'était alors mis à pleurer.
Ses cris de panique avaient dû être assez forts pour alerter leur elfe car ce dernier déboula aussitôt, l'air catastrophé, et avait claqué des doigts. Le balai avait alors entamé une lente descente avant de se poser sur l'herbe en douceur. C'était à ce moment-là qu'Euphemia était rentré. James s'était précipité vers elle, encerclant ses jambes avec ses petits bras, les joues encore barbouillées de larmes, et lui avait fait un grand sourire, ravi.
Depuis ce jour, ces parents lui avaient réellement appris à voler, et en peu de temps James était aussi à l'aise sur un balai que sur ses deux pieds. Quand il était triste, qu'il s'ennuyait, ou qu'il voulait juste se vider la tête, il partait faire un tour. C'était aussi simple que ça.
Il ne lui avait ensuite pas fallu longtemps pour tomber amoureux du Quidditch ou pour entrer dans l'équipe dès sa deuxième année à Poudlard. Mathieu Cassidy, le grand frère d'Alexia, était capitaine à l'époque. C'était lui qui avait donné à James sa place dans l'équipe. Sûrement un des plus beaux jours de sa vie !
C'est pour tout cela, et bien plus encore, qu'il avait décidé de venir voler tout seul aujourd'hui, juste pour se changer les idées.
- Potter ? James ? Eh !
Sous le coup de la surprise, James manqua de se prendre un des buts du terrain en pleine face avant de virer à gauche à la dernière seconde. En baissant les yeux, il vit Lily qui se tenait sur la dernière rangée des gradins, la tête rejetée en arrière pour le voir. Visiblement, ce n'était pas la première fois qu'elle appelait son nom.
Aussitôt, il piqua vers elle et se posa à terre.
- Lily ! T'es pas à Pré-au-Lard ?
- Si, j'ai juste envoyé mon hologramme pour te parler, répliqua-t-elle.
James grimaça en réalisant la stupidité de sa question. Il ne savait pas trop ce qu'était un hologramme, mais il se doutait que Lily se moquait de lui.
- Oui désolé...c'était évident...
- Pas grave, sourit-elle. J'ai juste décidé ça ce matin en fait.
- Pourquoi ?
- Pour toi.
James la dévisagea et il était sûr que son estomac venait de faire un looping.
- Moi ? Répéta-t-il, surpris.
- Ouais ! Ne te monte pas la tête, je ne préoccupe pas tant de toi que ça mais... je voulais juste savoir si tu...si tu allais bien ?
- Si j'allais bien ?
Lily acquiesça. Certes, elle n'était pas très subtile, mais elle avait appris que James l'était rarement et qu'une technique franche et frontale fonctionnait généralement mieux avec lui.
- Pourquoi est-ce que ça n'irait pas ? Et puis je suis James Potter, je vais toujours bien ! S'exclama-t-il avec un grand sourire.
Sourire qui sonnait faux, même s'il y mettait du cœur. Le problème était sans doute là, réalisa Lily. Il était James Potter et tout le monde présumait de facto qu'il allait bien. C'était Sirius qui avait des problèmes avec sa famille, Remus avec sa lycanthropie, Peter avec sa confiance en soi... mais James ? Non James allait toujours bien, il était celui qui amusait la galerie et réconfortait les autres. Sauf que qui le réconfortait, lui, quand ça n'allait pas ?
- Je ne sais pas, je trouvais juste que tu avais l'air...ailleurs, ces temps-ci, expliqua-t-elle avec délicatesse. Tu es venu voler ici tout seul alors que c'est l'anniversaire de Sirius aujourd'hui et...
- Il est avec Alex, intervint-il.
- Je sais bien mais...si tu as envie de parler, je suis là c'est tout. Juste toi et moi.
James se contenta d'hocher la tête en la dévisageant. Un silence confortable s'installa entre eux tandis qu'ils regardaient les collines au loin, derrière le terrain de Quidditch. Le vent soufflait fort et le ciel était bas et lourd, comme un couvercle, signe qu'il allait certainement se mettre à neiger dans les prochains jours.
Sans s'en rendre compte, Lily se mit à fredonner doucement, son genou rencontrant celui de James alors qu'elle se détendait.
- Qu'est-ce que tu chantes ? Demanda-t-il après quelques minutes.
- Help, c'est une chanson moldue. Les Beatles, tu sais ? J'avais offert l'un de leur album à Dorcas, l'année dernière ?
- Ah si... Sirius aime bien je crois.
- Il a bon goût.
- Tu viens de lui faire un compliment ?
- Seulement si tu ne le lui répètes pas, dit-elle en souriant.
James rit. Tout lui paraissait facile avec Lily. Il avait l'impression qu'il pouvait parler de tout ensemble, même de musique moldue qu'il ne connaissait absolument pas. Réalisant cela, il hésita encore une seconde avant de lâcher finalement :
- Pré-au-Lard.
- Pardon ?
- Tu m'as demandé si j'allais bien... A vrai dire, je ne suis pas sûr et je pense que c'est à cause de... de Pré-au-Lard. De ce qui s'est passé l'année dernière...
- L'attaque des mangemorts ?
- Non, la danse flamenco de Slughorn avec Hagrid, essaye de suivre !
Lily lui donna une tape sur l'épaule en roulant des yeux. Chacun ses questions stupides visiblement... Malgré tout, sa réponse résonna dans son esprit. Pré-au-Lard. Evidemment, quoi d'autre ? Si elle-même avait été plus affecté sur le moment, elle avait réussi à passer à autre chose, tout simplement parce que c'était dans sa nature. Rationnelle. Elle ne pouvait pas changer ce qui s'était passé, ni comment elle avait réagi, ni penser au « et si » qui avait inévitablement suivi l'attaque. Il fallait qu'elle veille désormais à ce que ça ne se reproduise plus, qu'un monde où les mangemorts auraient le pouvoir ne puisse jamais exister. Elle ne savait pas bien encore comment, mais ça viendrait.
Pourtant, James était différent. Il ne pensait pas comme elle. Et elle était bien décidée à l'aider.
- Parle-moi, souffla-t-elle. On m'a déjà dit que j'étais douée pour écouter. Ou du moins Remus l'a dit, donc je vais sûrement le mettre sur mon CV, ajouta-t-elle avec un petit rire amusé en voyant James sourire aussi. Parle-moi de ce qui ne va pas.
- Par quoi je commence ?
- Ce que tu veux. Je suis là, on a tout le temps qu'on veut...
James inspira profondément. Les épaules tendues, il pressa un peu plus son genou contre le sien et se mit à parler, comme si un barrage cédait enfin au fond de lui.
- J'en fait des cauchemars depuis des mois, avoua-t-il sans la regarder. Ce ne sont jamais tout à fait les mêmes, mais il y a toujours une constance : ça se passe à Pré-au-Lard. Je ne sais même pas si ce sont mes souvenirs ou juste des choses que mon esprit imagine. Un peu des deux je suppose. La plupart du temps je revois Sirius qui est étendu dans la neige à cause de moi. Sauf que dans mes rêves il ne se réveille pas et j'hurle, j'hurle pour qu'il ouvre les yeux...mais... mais il reste juste immobile. Tu es là aussi, souvent. Je te tiens la main en courant et j'ai l'impression que mon cœur va exploser ou que je vais vomir et tout tourne au ralenti autour de nous. Je vois le mangemort arriver vers nous mais je ne peux rien faire. Il te jette un sort et je ne peux pas bouger.
Il marqua une pause, le souffle bloqué dans sa gorge avant de reprendre.
- Il y a une semaine j'ai rêvé de mon père aussi. C'est idiot parce que j'étais tellement choqué ce jour-là que je ne m'étais même pas aperçu qu'il était à Pré-au-Lard. Sauf que là il se retrouve entouré de mangemorts masqués, tous habillés en noir comme des sortes de spectres. Ils encerclent mon père en se rapprochant toujours plus jusqu'à ce que je le perde de vue, qu'il se retrouve...avaler presque par les mangemorts...
Il se mordit la lèvre, les yeux brûlants.
- Merlin, Lily, je suis complément paumé.
Lily glissa une main tremblante dans la sienne et l'observa attentivement. Il avait cessé de fixer l'horizon et avait la tête baissée. Ses cheveux châtains en épis décidément un peu trop longs lui retombaient sur le front et elle se retint de les écarter avec douceur. Comment n'avait-elle pas pu voir plus tôt que quelque chose clochait ? Comment les Maraudeurs n'avaient-ils pas pu le voir ? Est-ce qu'ils étaient tous tellement habitué à un James survolté et souriant qu'ils n'avaient pas cherché au-delà ?
- James...
- Tu sais ce qui me fait le plus peur là-dedans ?
- Non...
- Ils ont réussi à envahir Pré-au-Lard, le seul village entièrement sorcier en Angleterre, et personne n'a rien pu faire. On ne le sait pas forcément, je le sais par mon père à vrai dire, mais il y a des sortilèges de protection tout autour du village, et souvent des patrouilles de brigade magique pour assurer la sécurité. Pourtant ils ont réussi à terroriser tout le monde. C'est peut-être ça d'ailleurs le pire, ils n'étaient là que pour faire peur, pas tuer ou faire un carnage. Les dégâts étaient plus matériels qu'autre chose. Qu'est-ce que ça veut dire, Lily ? Qu'est-ce que ça va donner quand ils décideront de ne plus faire juste de simple manifestation de force mais de réellement attaquer ? Je me suis senti démuni. Je n'ai fait que courir dans tous les sens pour retrouver mes amis en me disant à chaque pas qu'ils pouvaient être morts avant que j'arrive. Les mangemorts ont joué avec nous comme des hippogriffes avec des furets.
- On sera prêts, dit-elle. On n'est pas sans défense, James. Les Aurors les traquent, ils savent comment...
- Mais ils sont invisibles ! Coupa-t-il brusquement, comme s'il ne pouvait pas retenir les mots qui se bousculaient contre ses lèvres. Les partisans de Tu-Sais-Qui ne sont plus seulement des vieilles familles attachées à la magie noire, il y aussi des gens normaux qui le rejoignent ou des gens au sein même du Ministère. On ne sait qui ils sont, ni qui Il est. Soyons réalistes, on ne connait pas son nom, la Gazette persiste à l'appeler « Tu-Sais-Qui ». Or c'est ça le problème, on ne sait pas qui il est.
- Peut-être pas, reconnu-t-elle. Mais je n'ai pas besoin de savoir qui il est pour me battre contre ce qu'il représente ou contre ses idéaux. Je ne sais pas encore comment, ni quand, mais je sais que comme moi tu ne resteras pas les bras croisés à attendre qu'il prenne le pouvoir. Tu n'es pas seul et tu n'es pas démuni, James. Et plus que tout, tu ne peux pas t'inquiéter pour tout le monde sans laisser les autres s'inquiéter pour toi. Je comprends ce dont tu as peur, tu as raison et je ne peux pas te dire le contraire, mais il y a une chose que je peux te promettre : tu n'es pas seul pour affronter tes cauchemars et tes angoisses. On a tous les mêmes. Les Maraudeurs sont là pour toi, les filles aussi, et...je suis là pour toi, d'accord ?
Elle pressa sa main un peu plus pour accentuer sa promesse et James releva finalement le regard de ses genoux. Il avait toujours l'air fatigué, mais une détermination qu'elle n'avait pas vue depuis un moment irradiait sur son visage.
- Merci Lily. Vraiment.
- C'est normal.
Ils restèrent encore quelques minutes tous les deux à contempler le paysage tandis que le vent les faisait frissonner.
- Tu veux rentrer au château... ?
- Pourquoi ? Tu avais une autre idée ? Dit Lily.
Il sourit, de ce fameux sourire sincère qu'elle aimait sans l'avouer à voix haute.
- Ça te dirait d'apprendre à voler ? Demanda-t-il en désignant son balai du menton.
- Je sais voler !
- A vraiment voler, Evans, se moqua James.
- Hors de question, asséna-t-elle avant qu'il ne se lève et la tire par la main. Non, Potter, non...
Evidemment, il se contenta d'éclater de rire.
**
*
Assis à une table isolée aux Trois Balais, Regulus jouait distraitement avec son verre tout en regardant les clients. Jusqu'au dernier moment, il n'avait pas été sûr de venir. Il avait passé la matinée avec Marlène, juste à parler de tout et de rien comme d'habitude, puis il avait rejoint Livia une petite heure. Ça lui faisait encore étrange de se dire...qu'ils sortaient ensemble. Livia était le type de fille intimidante qui vous donnait l'impression de vous juger dès qu'elle posait ses grands yeux vert eau sur vous et il s'en retrouvait parfois déstabilisé. Mais comme souvent entre eux, lui aussi pouvait jouer à ce jeu, et ils se retrouvaient dans le genre de situation où ils se défiaient du regard pendant plusieurs minutes avant de reprendre leur activité normale.
De toute façon, Livia n'avait pas voulu venir aujourd'hui, ce qui l'arrangeait bien. Au moins, il n'avait eu à lui mentir ni à elle, ni à Marlène à propos de son rendez-vous du jour. Rendez-vous qui justement venait de franchir la porte.
- Black ! Je savais qu'on se reverrait tôt ou tard.
En un an, Evan Rosier n'avait pas tant changé que ça. Il avait toujours cet air suffisant qu'il arborait quand il était encore élève à Poudlard, ainsi que les mêmes cheveux blonds or et ses yeux noirs encre. Même si Regulus ne le côtoyait plus au quotidien, il avait eu de ses nouvelles par Elizabeth Yaxley, sa fiancée toujours en septième année à Serpentard. De toute façon, même sans ça, les rumeurs sur son compte étaient nombreuses depuis qu'il avait rejoint les rangs des mangemorts.
- Rosier, salua Regulus d'un hochement de tête.
- J'avoue que je n'étais pas sûr que tu viendrais, mais évidemment un Black ne déçoit jamais. Enfin, presque jamais, ajouta-t-il sardonique. Il y a bien quelques moutons noirs...
- Bon, écoute, je n'ai pas toute la journée. Qu'est-ce que tu veux ?
Le rictus de Rosier disparu et il s'assit en face de lui, lentement, comme pour ménager son effet.
- Toi, dit-il sans ciller.
Regulus retint un mouvement de recul mais Rosier se pencha par-dessus la table, réduisant sa voix à un murmure.
- J'estime avoir assez attendu, Black. Je t'ai fait une proposition l'année dernière et tu m'as demandé un délai, ce que j'ai gracieusement accepté. Mais le Seigneur des Ténèbres s'impatiente et il n'attendra pas indéfiniment. Si tu crois que ta pseudo participation à l'attaque de Pré-au-Lard a suffi, détrompe-toi. Il faudra que tu fasses plus pour prouver ta valeur et rejoindre nos rangs. Les mangemorts sont dévoués à la cause. Comme je le disais, tu es un Black, n'est-ce pas ? Les idéaux de ta famille, ainsi que les valeurs qu'elle soutient, sont connues et il se trouve que tu es l'héritier désormais depuis...le départ de ton frère dirons-nous. Alors je te le demande une dernière fois, est-ce que tu vas fuir comme lui ou prendre tes responsabilités et faire honneur à ton nom ?
Regulus sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine et il espérait que Rosier ne pouvait pas percevoir son désarroi. L'année dernière, quand Rosier l'avait approché une première fois, il avait prétendu avoir besoin de temps pour réfléchir, ce qui en soi n'était pas faux. Il y avait réfléchi. Beaucoup. Ses débats intérieurs opposaient souvent la voix de sa mère et de Bellatrix d'un côté, et celles de Livia et Marlène de l'autre.
Aujourd'hui, il était temps de prendre une décision. « Est-ce que tu vas fuir comme lui » venait de lui demander Rosier. Il se rappela des mots qu'il avait jeté à la figure de Marlène, quelques jours après l'attaque de Pré-au-Lard : « Sirius n'a fait que se sauver, fuir, moi je suis resté. Alors Marlène ? Qui a été le plus courageux de nous deux au final ? ». Ce n'était maintenant qu'il réalisait à quel point ce sentiment était ancré en lui.
Regulus redressa le menton et planta son regard dans celui de Rosier. Prends ça, Sirius, pensa-t-il, regarde-moi devenir tout ce que tu m'éprises... Penses à ce qui aurait différent si tu ne m'avais pas abandonné.
- J'en suis.
Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de Rosier.
- Merveilleux Black, susurra-t-il. Le Seigneur des Ténèbres sera ravi de l'apprendre.
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