Chapitre 12 : Abelle

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Je frissonne alors que ses mains parcourent mon dos et s'entourent à ma taille, telle une enveloppe.
Mon cœur s'emballe et l'euphorie du moment me gagne. Une sensation chaude dans mon ventre fait son apparition, la même sensation qu'à notre premier baiser.Mais cette fois, c'est son initiative, c'est... sincère.

Cette chaleur envahit tout mon corps et la sensation de la langue d'Alec qui caresse mes lèvres y est pour beaucoup.
Je plonge une main dans ses cheveux et mêle mes doigts dans chaque mèches,je le sens sourire contre mes lèvres à cet instant même, ce qui me fait d'autant plus prendre plaisir à ce moment.

Sa langue continue d'étreindre l'extérieur de mes lèvres pour les caresser délicatement, puis s'immisce doucement, lentement, dans le baiser.
Je prends l'initiative, même si hésitante, de venir effleurer sa gencive avec ma propre langue, ce à quoi il répond par une intensification immédiate du baiser.
En un rien de temps, nos langues se retrouvent à valser ensemble avec une facilité impressionnante,comme si c'était une évidence.

La sensation de ses lèvres, encore plus douces que dans mes souvenirs de notre premier contact.
J'ai presque l'impression d'embrasser du velours.

PDV Alec :

Si un jour quelqu'un me demande pourquoi j'ai fait ça, je répondrais sûrement que c'est ce que l'on appelle un moment d'égarement, par fierté.
Mais ce que je ressens au fond de moi m'indique tout le contraire : ma langue s'est tout sauf égarée dans sa bouche, je l'y ai conduite de mon plein gré.

Et oui, j'ai cédé. Bordel, qu'est ce qu'il m'arrive.
Ça ne doit plus jamais arriver, plus jamais.

Mais maintenant que c'est fait, autant en profiter une dernière fois.

Nos lèvres sont toujours collées. En vérité, je pense qu'aucun de nous deux n'a envie d'arrêter ce baiser.
C'est bien pour ça que je viens le prolonger un peu plus et monte ma main gauche jusqu'à la joue de Sabie et viens la caresser, d'abord maladroitement, mais cela se transforme rapidement en une caresse très tendre.

Et c'est avec regrets que nos lèvres se quittent, la soif de prolonger à nouveau ce baiser est encore présente en moi, dans mes veines, partout.

- Merde... Je sais pas c'qui m'a pris.

- Hey...Alec...

- J'espère que t'en as profitée, parce que c'était la dernière fois.

- Pourquoi tu fais le mec détaché ? J'ai cru comprendre que tu en avais plutôt envie de ce baiser...

J'en crevais d'envie.

- La question n'est pas là.

- Alors, c'est quoi qui t'empêche de t'octroyer le droit d'être heureux avec une fille ? Pourquoi tu luttes ? Pourquoi tu fais semblant de ne rien ressentir... ?

- Y'a tellement de raisons à ça. Tu pourrais pas comprendre...

- Mais,explique moi et je comprendrai...

- T'expliquer ça serait te mêler à tout ça, et moins t'en sais, mieux c'est.

- C'est si secret que ça pour que tu refuses catégoriquement d'en parler ?

- Le putain de problème, c'est surtout que je ne sais pas comment tu réagirais si tu savais.

- Tes mystères commencent à me donner la chair de poule...

Je me décale d'elle et descends du meuble sur lequel je suis assis en bougonnant.

- Donc, c'est réglé.

- Non, j'ai pas finie !

Me dit Sabie, d'une voix tremblante prête à craquer.

- Moi si.

Je grommelle ces mots avant de quitter la salle de bain, dénué d'envie de me disputer avec elle après les événements de ce matin.

- Je t'en prie...Tu t'es déjà confié à moi au sujet de ton gang hier, tu peux bien me dire ce qui t'empêche d'être amoureux aussi...

Mes poings se serrent à m'en faire craquer les doigts, elle remarque cette attitude et vient s'approcher de moi pour poser sa main sur mon épaule.

- C'est à leur sujet...? C'est eux qui t'en empêche ?

Inconsciemment, mon poing se détend quand je sens sa main sur mon épaule. Cette sensation semble m'apaiser, apaiser les doutes en moi.

- C'est un choix collectif fait et accepté par chaque membre du gang. J'étais déjà pas branché relation amoureuse en les rejoignant, alors de savoir que le fait d'être amoureux soit quelque chose de proscrit au sein du gang ne m'a pas gêné.

- Ils sont à Londres, toi ici en France ! Tu n'as plus aucun compte à rendre à qui que ce soit, tu ne fais plus partit de ce gang...

- Sabie, ils sont ici. Ils sont venus jusqu'à moi et nous avons repris nos activités.

- ...Pince moi je rêve....

Choquée par ma révélation, elle se crispe et demeure sans mouvements.

- Je compte sur ton silence.

- Sinon quoi ? Vous allez m'enterrer dans une forêt ?

- Eux, peut-être.

- Et toi, tu le ferais ?

- Non, tu sais bien que j'te ferais jamais ça. Pas à toi.

Je ne l'avouerai certainement jamais, ou alors il faudra me torturer pour cela, mais je suis bien trop accro à son sourire pour le faire disparaître éternellement.

- Oui,je le sait... Je souhaitais juste l'entendre de ta bouche...

- Bah voilà, souhait exaucé !

- Ce sarcasme dans ta voix est très irritant, mais séduisant en même temps.

- C'est ça d'être trop accro à moi, princesse, tu commences à kiffer ce que tout le monde déteste.

Je retire doucement sa main de mon épaule, si cette main reste encore là une seconde de plus, je suis sûr de vriller, et cette fois elle aura bien plus qu'un simple baiser.

- Arrête ton cinéma et répond à ma question...La blessure sur ta lèvre,c'est...

- Pas un verre ébréché, effectivement. Règlement de compte au quartier Montfavet, voilà le pourquoi du comment.

- Oh alors tu m'as menti !

Vexée comme un poux du fait que j'ai osé lui dissimuler la vérité, elle croise les bras et me regarde avec mécontentement.

- Quand ça ? Mentir est mon deuxième prénom, je te rappelle.

- Quand tu devais, soit disant, fumer une cigarette avec un pote à l'extérieur de l'hôtel, en réalité, tu es parti te battre comme un chiffonnier avec je ne sais quel autre gang !

– Ah, ça.

Le cacatoès de Sabie déploie ses ailes,et les frappe dans les airs alors qu'il pousse des criaillements, un bruit trisyllabique et chevrotant.

- Menteur ! Menteur ! Vilain menteur !

Crie l'oiseau.

- Et voilà maintenant le poulet qui parle.

Sabie prend délicatement son compagnon à plume dans ses bras et parsème le crâne de l'oiseau avec de très délicats et doux baisers.
Suzar, le cacatoès, calme ses ardeurs et replie ses ailes instantanément une fois dans les bras de sa propriétaire.

- Ne fait pas trop de bruits, Suzar...Personne ne doit savoir que nous sommes là.

L'oiseau descend à nouveau sur le lit puis sautille  jusqu'aux oreillers sur lesquels il adore s'installer pour jouer.

- Suzar va être silencieux !

Affirme Suzar lui même.

La voir aux petits soins pour cet animal m'évoque presque la relation d'une mère avec son enfant, à la seule différence que je préfère mille fois cet oiseau à un enfant, peu importe s'il me traite de menteur.

Sabie relève la tête et s'avance pour se retrouver devant moi, nos visages désormais dangereusement proches.

- Pourquoi tu ne m'as pas tout simplement pas dit la vérité ?

- "Oh tient Sabie, je vais retrouver mon gang et partir me battre avec des gars armés jusqu'aux dents, bisous, je te retrouve plus tard !" Pas sûr que ça t'aurait comblée de joie. Vrai ou faux ?

- Vrai, ça m'aurait terrifiée de te savoir dans ce genre d'embrouilles. Tu es chanceux d'être rentré avec une simple cicatrice à la lèvre, ça aurait pu bien mal finir, pire que par une blessure.

Elle baisse la tête en triturant son bras jusqu'à le faire rougir, visiblement très angoissé.
Cela ressemble à un tic nerveux, alors je baisse d'un ton et éloigne doucement son bras pour l'empêcher de se faire davantage de rougeurs.

- Tu crois que je ne sais pas que je risque ma peau pour sauver leurs culs ?

- Dans ce cas, pourquoi ?!

- C'est comme ma famille, pour moi, ce sont tous mes frères.

- D'accord, je comprends... Enfin je crois...

Mon regard se pend à ses lèvres sans trop que je sache pourquoi, tout compte fait, j'ai peut-être une petite idée.

J'en ai envie.

Je veux l'embrasser.

Il faut que je m'enlève ça de l'esprit.

- Alec ? Tu m'écoutes ?

Sa voix réconfortante, si mélodieuse et agréable à l'oreille, est toujours là à résonner dans ma tête, je l'entends comme un écho.

- Alec !

L'entendre hurler mon prénom avec autant de stress dans sa voix me ramène sur terre.

- Hurle pas. Je t'entends, tu sais.

PDV Sabie :

Sans grande surprise, le voir reluquer mes lèvres avec envie me rend toute chose.
Je me mets à le fixer avec hésitation, je souhaite que lui et moi parlions de la situation plus en détail, même si ça risque de ne pas lui plaire.

- Tu...Je veux dire...Par hasard, t'aurais pas envie qu'on prenne un moment pour parler...

- Parler ? De ?

- De nous... On s'aime, tu ne vas pas nier.

- N'y pense même pas.

- Diantre, Alec.

- Ne te fatigue pas à me sortir tes vieux discours, tu sais bien que c'est impossible entre nous deux.

- L'amour n'est pas une tare,et ce n'est pas non plus quelque chose contre lequel tu peux te battre...

Mon intonation de voix est suppliante, car oui, je le supplie de me laisser lui donner cet amour que je ne peux garder en moi plus longtemps.

- T'aurais mieux fait de m'écouter quand je t'ai dit de te dénicher un gars blindé de Thune avec lequel te marier.

- C'est avec toi que je veux être, pas avec un autre. Toi.

Et c'est bien ce qui risque de causer ma perte, mais qu'importe.

- Passe à autre chose, je t'en supplie,ça sera d'autant plus facile pour moi ensuite.

- Je veux tout, sauf t'écarter de ma vie...

Mes yeux brillent d'émotions qui sont trop fortes pour se transformer en mots.

- Je suis pas un baratineur,je vais pas te dire ce que t'a envie d'entendre. Je vais pas te faire miroiter une vie de couple idéale parce que je sait très bien que ça n'arrivera jamais. Il y aura toujours des problèmes, bien plus que dans une relation classique. Je passe ma vie à refouler mes émotions, alors si tu crois que ça va changer pour tes beaux yeux...

Mes veines palpitent et mon cœur manque de lâcher.
Mes beaux yeux...C'est si rare de l'entendre dire quelque chose d'agréable que j'inscris cette phrase dans ma mémoire,pour l'éternité.

- C'est vrai ? Ils sont beaux mes yeux ?

- Ne fait pas l'étonnée,tu le sais.

- À vrai dire, mon père dit toujours que je serais plus belle si j'avais héritée de ses yeux bleus...

- Sabie...

- Mh...?

– Aucun des bijoux ou joyaux que j'ai pu voler n'égale la beauté de tes yeux.

- Méfie toi...Je pourrais presque croire que tu me fais une déclaration...

- Ça, c'est pas demain la veille que ça arrivera.

- Décidément...t'aimer est à la fois addictif et tellement douloureux...

- Me haïr serait plus simple.

J'aimerais pouvoir te haïr de me faire languir, hélas, mon cœur est prisonnier de toi.

- Mais ça j'en suis incapable...

- J'en ai crainte , oui.

- Tu n'es toujours pas prêt à te laisser submerger par tes sentiments ?

- La situation actuelle est trop compliquée pour nous deux...Y'a moi, qui suit incapable de gérer les émotions que l'amour peut procurer. Et le gang...

- Tu penses qu'ils serait capable de me tuer s'ils savait que j'ai de l'affection pour toi ?

- Peut-être bien...

- Bien, ça a le mérite d'être clair...Et toi, comment tu vit tout ça ?

- Cessons d'en parler...Tu en sais déjà bien plus que ce que tu devrais, bien trop.

Incertaine de l'issue de cette relation aux débuts chaotiques, je me tais pour me laisser envahir par mes pensées, et puis, de toute façon, parler ne sert à rien, ce mec est aussi borné et têtu que tous les ânes de Provence réunis.

Mes sentiments pour lui évoluent sans arrêt, même quand je ferme les yeux, je voit encore son visage. Même quand je couvre mes oreilles, j'entends sa voix.Et même quand je suis loin de lui je sent toujours son parfum qui m'enivre.
Mon amour pour lui me tue de l'intérieur et me maintient en vie à la fois. Cette phrase semblerait certainement dénuée de sens pour ceux qui n'ont jamais connu l'amour. Le véritable amour.

     
                                 16h00

PDV Alec :

Je me suis rendu dans la cour de l'hôtel,seul avec mon briquet et mon paquet de cigarettes.
La température est fraîche mais pas froide, le soleil transperce le peu de nuages présents dans le ciel,un climat fort agréable.
Sabie est restée dans la chambre, elle discute par SMS avec sa grand-mère, visiblement occupée à lui expliquer que "mdr" n'est pas l'abréviation de "marre des récidivistes",vive les vieux.

J'allume mon briquet et me fais une seconde cigarette quand soudainement je sens un regard appuyé posé sur moi.

- Je suppute que vous pensiez être discret.

- Mon frère m'avait prévenue que tu avait des yeux derrière la tête.

Sans m'y attendre, j'ouie une voix féminine. Et ce n'est clairement pas celle de Sabie.

Je me tourne vers la provenance de cette voix inconnue et trouve non loin de moi une fille que je ne connais ni d'Adam ni d'Ève.

Une peau claire et parsemée de tatouages,ses longs cils se font beaucoup remarquer et viennent mettre en valeur ses yeux d'un bleu si sombre que je ne remarque leurs vrais couleurs que grâce aux rayons du soleil qui viennent les révéler.
De longs cheveux aussi noirs que les plumes d'un corbeau et un sourire mis en valeur par un rouge à lèvres légèrement brillant.

Pas mal, mais pas aussi charmante que Sabie.

- Ton frère ? Tu titille ma curiosité.

- C'est un bon début, ça commence toujours comme ça dans les comédies romantiques.

- Navré de briser ton petit cœur, mais les meufs ne sont pas vraiment dans mes priorités.

Pas toi,en tout cas.

- Orh, encore les règles de votre petit gang...

Je fronce les sourcils en dévisageant avec interrogation la jeune femme.

- Qui est ton frère, exactement ? Tu n'es pas censée avoir ce genre d'infos.

- Je suis la sœur d'Owen, enfin...Demi-sœur pour être précise.

Voilà bien longtemps que la sœur de mon chef, Owen, était dans un centre de détention pour mineurs. Je n'ai jamais vu son visage avant aujourd'hui, elle ne ressemble que très peu à son frère.
Si mes calculs sont bons, elle est majeure et devrait être dans une vraie prison. Sa liberté ainsi que sa présence en ces lieux est très étrange.

- C'est donc toi,la petite Abelle ?

- Dans le mille ! Contente de voir que mon frère ne m'a pas totalement écartée de sa vie,finalement.

- La petite Abelle qui a passée toute son enfance et son adolescence dans un centre de détention pour mineurs, après avoir poignardée la maîtresse de son père.

- J'aurais dû me douter qu'il a aussi parlé des détails qui ont le don de me fâcher...

- Vaguement, pour être honnête, il s'est écoulé un long moment depuis la dernière fois où il a décroché un mot à ton sujet. Qu'est ce que tu fiche en France ? Tu devrais pas être, je sais pas moi, en tôle ?

Elle jette ses cheveux en arrière et semble réfléchir avant de répondre. Cette histoire est apparemment encore un tantinet plus sombre que ce qu'Owen a bien voulu dire.

- Pour me remercier d'avoir butée la maîtresse de mon cher papounet,ma mère a payée ma caution le lendemain de mon transfert en prison pour femmes.

- Ta mère et toi êtes sacrément tarées du bocal. Et crois-moi, je m'y connais.

- Oui j'ai cru comprendre que tu n'étais pas un tendre non plus ! Ça me plaît !

- Owen sait que tu es ici ?

- Absolument, je fût sa petite surprise, son cadeau ! Même si ma présence lui a fort déplu.

- Cadeau empoisonné,ouais.

- T'es vache quand même ! Je suis sympa comme fille, j'te jure !

- Vas-y, donne moi ta parole de tolarde ?

Je lui tends ironiquement ma main avant de la replonger dans ma poche aussi sec.

- Tiens...C'est bien la première fois qu'un homme me résiste en 18 années d'existence.

- Sorry not sorry, je ne tiens pas à figurer sur ta liste de conquête. J'ai prêté serment auprès du gang.

Elle s'avance dans ma direction en roulant du cul dans sa robe noire moulante et me fixe en bâtant des cils.

- Mon frère ne peut pas contrôler tes moindres faits et gestes, aller, mon Alec, détend toi. Nobody's gonna know.

Un sourire incurve un coin de ses lèvres tandis qu'elle m'adresse un clin d'œil.

Je prends une longue taffe de ma cigarette qui se consume petit à petit et recrache la fumée dans sa direction,la faisant tousser a s'en décrocher les poumons.

- Insiste pas. Morticia Adams,non c'est non.

Je lui passe à côté sans lui adresser un regard et la pousse même méchamment avec mon coude pour l'écarter de mon chemin, ce qui la fait grimacer.
Alors que je m'éloigne, elle marmonne en serrant les dents de frustration.

- Tu ne sais pas de quoi je suis capable pour avoir ce que je désire.


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