17h10
La sonnerie du collège retentit à nouveau signalant l'heure de 17h10. Une pluie torrentielle se déversait sur la ville. Assise au milieu de ma chambre, au dernier étage de ce vieil immeuble haussmannien, j'écoutais l'eau ruisseler le long du toit en zinc, les gouttes percutaient le métal laissant s'échapper comme un son de carillon. Le nez levé vers le ciel, j'attendais...J'attendais, comme tous les après-midi depuis mes 11 ans, que mon petit frère rentre du collège. Mais aujourd'hui, c'était différent, Lucas aurait dû être de retour depuis une demi-heure avec ma mère qui, inquiète, était partie le chercher sous ce déluge. Maintenant, c'est moi qui commençais à être inquiète : Pourquoi mettaient-ils autant de temps pour rentrer de l'école qui était juste en face ? Etait-il arrivé quelque chose à Lucas ? A ma mère ? Je me mettais à me faire d'horribles films dans ma tête, j'avais peur de devoir finir ma vie seule, je n'espérais plus qu'une seule chose : qu'ils reviennent tous les deux sain et sauf à la maison, qu'ils soient là quand mon père rentrera tard de son bureau, comme toujours. Même si j'essayais de rester calme, mon inquiétude était toujours plus grande au fil du temps, et chaque fois que l'aiguille des minutes bougeait sur mon horloge accrochée au-dessus de ma porte, je m'imaginais quelque chose de plus affreux encore. Et s'ils ne revenaient jamais ? Si je ne les revoyais plus ? Non, c'était impossible, je ne pouvais pas penser cela. Mon frère n'avait que 10 ans, il ne pouvait pas disparaître maintenant, il devait finir son collège, aller au lycée, passer son bac, entrer dans une grande école de médecine comme il le rêvait, puis se marier, fonder une famille, Toutes ces belles choses que la vie peut offrir mais que je ne vivrais jamais. Avant, je n'aurais jamais cru dire cela un jour, mais aller à l'école me manquait, plus que tout. En effet, cela faisait 4 ans, que je ne me levais plus le matin pour partir, avec mon sac à dos, pour traverser la rue et aller au collège. Auparavant, je m'en plaignais, j'aurais adoré pouvoir rester à la maison toute la journée, à présent c'était l'inverse. Je voyais, tous les matins, par la fenêtre de ma chambre, tous mes amis traverser ce passage piéton menant à l'entrée de cet établissement, les enviant chaque jour un peu plus. Maintenant, ils étaient tous au lycée, je ne pouvais même plus les apercevoir de ma chambre dans laquelle je restais confinée presque tout le temps. D'ailleurs quand on la regardait, on comprenait bien que j'y passais ma vie : mon bureau était tapissé de feuille à dessin toutes crayonnées, ma table de nuit était recouverte d'une pile de livres et de bandes dessinées, et sur le sol, au pied de mon bureau gisaient mes vieux livres de 5e que j'avais voulu garder.
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