Chapitre 9
J'esquive de nouveau le petit groupe qui a commencé un jeu de la bouteille avec d'autres élèves (incluant donc la jeune fille rousse que je ne pourrai probablement plus jamais regarder dans les yeux) et me dirige vers la petite pièce que j'évitais auparavant à cause de la personne que je cherche. Ma vie n'est qu'ironie. J'entre et ne vois personne. C'est pas comme si je m'y attendais. Je m'avance vers les cabines. Il n'y a pas de pieds qui dépassent, j'en déduis qu'il ne veut pas être vu. Bon, bah c'est pas très compliqué, hein. Je pousse la première porte, elle s'ouvre. De même pour la deuxième, elle s'ouvre aussi. Il est donc dans la troisième. Je me poste devant cette dernière et toque.
- C'est qui ? me demande une petite voix.
- Quelqu'un que tu n'as sûrement pas envie de voir, je soupire.
- Si tu le sais, qu'est-ce que tu fais là ?
- J'en sais rien, je voulais pas te laisser comme ça. Donc profite, je ne te le dirai plus jamais, je suis désolé d'avoir fait ça.
Un ange passe, personne ne dit rien. Je m'adosse à la porte.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi t'es désolé ?
- Parce que c'était irréfléchi et que malgré tout ce qu'on a pu se faire, je trouve que ça c'était trop, venant de moi.
- Donc tu regrettes ?
C'est quoi ces questions ?
- Oui, je soupire, je suppose...
J'entends mon interlocuteur soupirer également. Le bruit de ses pieds touchant le sol résonne et la porte contre laquelle j'étais adossé s'ouvre, manquant de me faire tomber. Le jeune homme passe rapidement à côté de moi et va vers les lavabos. Il se met de l'eau sur le visage et regarde le miroir en face de lui. Son bonnet est mouillé et il le retire pour l'essorer. Je suis confus. Si je regrette mon acte, pourquoi est-ce que tout mon être me pousse à récidiver ?
J'observe le blond changer rapidement son pansement, lui aussi mouillé, révélant ainsi une méchante coupure au niveau de sa tempe pendant quelques secondes. Mon corps bouge de lui même vers lui et je m'arrête juste derrière lui.
- Ethan, tu me fais flipper, dit-il en se retournant.
Je recule rapidement. Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je m'appuie contre le mur et regarde le plafond. Lui s'assoie sur le meuble dans lequel sont incrustés les lavabos. Il me demande au bout de quelques minutes :
- Ça te dit qu'on fasse une trêve ?
Je le regarde sans comprendre et hausse un sourcil.
- Je te propose de mettre nos différents de côtés pour ce soir et de parler comme des gens civilisés. J'ai pas la force de concocter une vengeance là, maintenant, tout de suite, et je ne trouve pas ça intéressant d'en faire une à la rentrée.
- Oui, pourquoi pas...
De nouveau, plus personne ne parle. Je suis tout de même surpris par sa proposition. C'était la dernière chose que je l'imaginais me dire. Ce n'est pas si désagréable de se tenir dans la même pièce, sans que l'un de nous (voire les deux) ne veuille sauter à la gorge de l'autre. Je me sens un peu plus serein que d'habitude. J'en profite pour l'observer attentivement tandis qu'il regarde le plafond. Il a toujours cette manie de tenir le bout de ses manches dans ses poings, même avec une chemise. Ça me fait penser à une question que je me permets de lui poser comme on fait une trêve.
- Eh, je me demandais... Je te voyais pas du tout venir à un bal, t'aimes bien les fêtes ?
- Pas spécialement. Ma sœur est là pour les vacances, et j'ai dû en parler à un moment, bref, elle voulait y aller. C'est plus moi qui l'ai accompagnée que l'inverse, du coup.
- Je vois...
- Et toi t'essayais de serrer la jolie anglaise, je me trompe ?
Je lâche un énorme soupir.
- Ouais, on peut dire ça...
- Et bah je sais pas ce qui t'as poussé à venir m'embrasser moi, mais t'as bien fait capoter ton plan. Minuit précise, en plus.
Je tourne la tête sentant mon visage chauffer en se remémorant ce moment. Je suis très détraqué et je déteste ça. Je remarque par ailleurs que le blond a retrouvé son ton enjoué à la limite de la provocation, mais qu'il est un peu plus bavard que d'habitude.
- Ouais... je réponds en songeant à la belle rousse que je voulais séduire.
Il se passe une minute ou deux avant que le jeune homme ne reprenne la parole.
- J'ai une question très bête, mais... c'était ton premier ?
- Non, j'ai été avec quelqu'un en 2nde, c'était à ce moment-là.
Curieux, j'ajoute en tournant la tête vers lui :
- Et toi ?
Il ne répond pas et détourne le regard. Oh non. J'ai quand même pas fait ça. Il regarde à présent sur le côté et j'aperçois le reflet de son visage gêné. Je ne regrette aucun des sales coups que j'ai pu lui faire mais j'avais déjà honte de ce que j'avais fait ce soir et, là, je ne pourrai plus jamais me regarder dans un miroir. J'appuie ma tête dans ma main droite et murmure :
- Meeerde...
- C'est pas tragique.
- Oh, je suis con...
- C'est extrêmement vrai, mais c'était pas mal alors n'en fais pas tout un plat.
J'ouvre de grands yeux à cette annonce. Voilà la différence entre nous deux. Mis à part cas exceptionnels, j'agis en fonction de mon ego alors que lui assume tout ce qu'il dit. N'empêche que je n'arriverais pas à assumer ça.
- Quoi ?
- Je peux me vanter d'avoir embrassé Ethan Roussin, c'est trop bien ça. Je suis la deuxième personne du lycée à pourvoir dire ça, du coup.
- T'en vantes pas.
- Nan, je le ferai pas, ça me mettrait dans la merde aussi, je devrai assumer que je suis gay et ça va encore faire toute une histoire. Je suis bien dans ma solitude, personne ne m'emmerde. Sauf toi, du coup.
Ça fait beaucoup trop d'infos en dix minutes. La face d'ange est gay ?! J'avais pas percuté... J'avais rien percuté, il se cache bien ! Lui n'a l'air aucunement embêté de l'info qu'il vient de lâcher. Je pense que cette soirée ne peut pas être pire pour moi, j'ai fait trop de conneries. Et bien non, ça continue. J'entends des voix à l'extérieur. Et des pas. Des pas qui se rapprochent. Si l'on me voit avec l'autre, seuls, en mode friendly, c'en est fini de ma réputation. Comme d'habitude, je pense avec mon ego et je me dirige vite vers les lavabos. Je prends le blond par le bras et le fais descendre avant de le pousser dans la dernière cabine. Ne comptant pas sur lui pour se taire tout seul, j'y entre à mon tour et verrouille la porte.
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