Raphael 2
Décembre.
Tu t'es présenté un jour, avec ton sac et ta mine triste à mon travail. Tu étais là et avec toi tous les papillons dans mon ventre faisaient une danse pour t'accueillir. Tu étais là, venu pour Moi. Tu m'as expliqué ton mal-être. Que tu ressentais le besoin de partager du temps avec moi. "S'il te plaît, je peux passer quelques jours chez toi?". Evidemment que tu pouvais, quelques jours, quelques mois, puis des années et des décennies. Je t'aimais, mais je ne le savais pas.
Alors, comme convenu, tu es venu. Tu as posé tes affaires et emprisonné mon coeur. J'étais tombé dans la faille que je n'avais jamais guéri. La peur de perdre, la peur de l'abandon. Elle date de si longtemps que je pouvais te concéder toutes les atrocités de ce monde, du moment que tu ne partais pas. "Ne pars pas. Je ...". Et petit à petit, tu as trouvé ta place, j'ai libéré mon meuble parce qu'après tout "j'ai si peu d'affaires que je peux bien me contenter d'un tout petit espace!". Puis j'ai libéré mon lit, car tu avais besoin d'espace. La vie que tu m'avais partagée avait l'air si luxueuse et agréable que je me devais de t'offrir autant que possible ce même confort. J'ai acheté un lit deux places, trois semaines après ton arrivée. Tu étais là et mon corps était euphorique de te savoir ici. Avec Moi.
"Mais pourquoi moi?". "Non tais toi! Ne viens pas tout gâcher. Tu es heureuse alors ne te pose pas de questions. Tu es heureuse Clara!". Alors j'ai tu tous ces doutes et toutes ces questions, je refusais de les entendre. Elles n'avaient pas leur place dans ce bonheur que je ressentais. Alors comme une plaie ouverte, j'ai commencé à guérir, prenant chaque doux moment que nous partagions, comme un pas de plus vers ma guérison. Je t'ai pris tout entier et j'ai guéri avec toi dans la plaie que le malheur m'avait créée.
Pour Noël tu es resté. Tu m'as regardé avec ces yeux amoureux qui me rendaient folle de passion, et tu m'as suggéré qu'on le fête ensemble. Je ne fêtais plus Noël, j'avais terriblement peur de cette période. Ces failles, toujours ces failles. Nous avons cuisiné, tous les deux. Tu m'as partagé une passion, nous avons partagé en harmonie un instant de vie. Comme une caresse sur mon cœur. "Merci". Nous avons dinés l'un en face de l'autre, en tête à tête, en amoureux. Et pour une fois, ma tête s'était tue. Encore aujourd'hui ce souvenir me remplit de bonheur, cet instant était si beau. "Merci". Je l'accepte à présent tel un tableau merveilleusement peint. Des couleurs chaudes, deux personnes, un fond que l'on ne remarque même pas. Juste deux amoureux qui vivent l'amour. Beaucoup de rouge, une bougie pour éclairer cette minuscule table qui les tiennent plus proche encore l'un de l'autre. Comme si ils ne faisaient qu'un. J'imagine ce tableau très grand, aussi grand que la passion que j'avais pour lui. Deux amoureux. Ce serait son titre. Parce que c'est ce que ce fut. L'instant d'une soirée, nous étions deux amoureux.
Je pourrai parler des heures de cette soirée de Noël qui, dans mon cœur, dure une éternité. La réalité, c'est qu'elle n'a duré que le temps d'une soirée. Ni plus, ni moins. La réalité, les événements dès lors que l'on prend un pas de recul ne sont plus si romanesques. Nous étions que deux humains qui mangions l'un en face de l'autre. Rien de plus. Pas de drapé rouge au-dessus de nos têtes pour représenter la passion des protagonistes, pas de bougie pour montrer l'intimité de l'instant. Nous étions seulement deux personnes en train de manger dans cette pièce qui me servait de garde manger, de salon, de cuisine, de chambre. Dans cet appartement que nous partagions avec 4 autres personnes. Nous étions tout sauf seuls. Factuellement, lui était assis sur ce ballon d'exercice, moi sur cette banquette qui supportait avec difficulté mon poids et nous étions entrain de faire ce que chaque être vivant fait jour après jour. Nous mangions.
Nous avons probablement fait l'amour après ça. Je dois t'avouer que tu n'étais pas très marquant sur ce point. Je me souviens seulement de la chaleur de ton corps contre le mien, qui m'autorisait enfin à être proche de toi. Ces moments étaient rares, mais tous les moments d'amour avec toi l'étaient. Ça les rendait précieux, alors qu'ils auraient dû être communs. J'ai concédé à l'idée de ne pas te toucher. Parce que tu n'étais pas prêt, parce qu'avant mois il y a eu ton ex. Et que tu étais très câlin avec elle, qu'à présent tu n'y arrives plus.
Un pas en arrière, et ça me fait sourire.
Mais n'allons pas trop vite. Nous en fûmes à Noël. Ce nuage au-dessus du monde, cet instant hors du temps, a été de loin le plus beau cadeau que je pouvais recevoir. Le seul que tu m'aies fait par ailleurs. Je ne me souviens plus vraiment des jours qui ont suivis. Ce n'est pas une mauvaise chose, seulement la routine qui s'était installée. Nos journées c'était aller au travail pour moi, aller à l'école pour toi. Rentrer le soir, commander à manger, se mettre un film d'horreur, passer son temps à parler. Ils ne nous faisaient pas peur, mais nous rapprochaient. Puis l'heure de dormir. Puis l'heure de se lever. Métro, boulot, dodo. Et toi. J'avais enfin quelqu'un à qui raconter mes journées. Tu as fait disparaître la solitude. Du moins c'est ce que j'ai cru.
Je me souviens que fin décembre on avait eu cette discussion sur les filles. Tu m'avais dit, je me rappelle très bien: "si jamais je flirte avec une autre fille, ou que j'ai une autre fille en tête, évidemment que je partirai de chez toi. C'est évident." Tu es resté.
Ce n'était alors pas si évident que ça.
Voici mon portrait de toi à ce moment-là: tu étais un beau jeune homme de 23 ans, intelligent, intéressant et intéressé par tout ce que le monde peut lui apprendre. Tu avais des projets, des envies. Tu savais où tu allais, qui tu étais. Tu étais vertueux, généreux, et humble. Ta famille avait des richesses, ils avaient travaillé durement et avaient monté l'échelle sociale. A présent, tu avais quitté Mayotte, île sur laquelle ton père était resté car la moitié du port lui appartenait. Tu disais que tu vivais à Cap d'Ail, mais tu m'as fait la confidence que tu vivais à Monaco, que tu voulais te protéger des filles intéressées. Moi je ne l'étais pas, ton argent ne m'intéressait aucunement. Tu m'as alors dit que tu étais ami avec un milliardaire très influent, que c'était ton mentor, que tu le vénérais et que tu souhaitais suivre son chemin. Toi aussi tu voulais partir de zéro et te construire ta fortune à la sueur de ton front, à l'aide de TES idées. Tu souhaitais sincèrement que ta réussite te revienne. Que l'on reconnaisse ton succès comme le tien et celui d'aucun autre. Je t'admirais pour cette force que tu paraissais avoir. Pour toutes ces idées que tu avais. Pour tout ce que tu entreprenais. Je me sentais bien incapable de faire un millième de ce que tu faisais. Je te l'ai dit que je t'admirais? Peut-être est-ce là la première erreur que j'ai faite. Je t'ai admiré comme si tu étais un surhomme, un super héros. Quelqu'un d'exceptionnel. Alors que tu n'étais que Toi. Avec tes jolies histoires, mais sans aucune preuve. Et je n'en souhaitais pas, je ne me sentais pas légitime de te demander des preuves. J'ai cru en ta vertu d'abord, puis en ton honnêteté. Je me sens bête avec ce pas de recul d'avoir cru en ces choses sans la moindre preuve, et en même temps à cet instant je voulais seulement croire à la beauté de l'humain. Et pour moi tu étais un bel humain. Avec ce pas de recul, je vois toutes ces fois évidentes qui me prouvaient l'inverse. Mais je ne les ai pas vu.
Ce n'était alors pas si évident que ça.
Le 31 décembre. Tu m'avais demandé si tu pouvais aller faire une soirée pour fêter ça avec tes amis. Si j'étais certaine que ça ne me dérangerait pas. Bien-sûr que tu pouvais y aller, mon toît n'est pas une prison. Je suis alors restée seule dans cette chambre, qui d'un coup me semblait immensément grande, immensément vide. Ou peut-être alors que c'était moi. J'étais peut-être redevenue à l'état d'enfant, seule sans ses parents, toute petite. Et sûrement qu'en fin de compte, c'était moi qui me sentait immensément vide. Vide de ton absence. Où était passé cette présence qui me rassurait d'un coup d'œil? A qui je pouvais parler ce trente et un décembre, pendant cette longue soirée où chaque seconde semble importer, plus encore, que la précédente? Et puis à minuit, comme un enfant à Noël, j'étais face à mon téléphone attendant ton message. Et tu ne m'as pas déçu. Tu m'as même surpris par l'intensité de l'amour que tu me portais. C'était quelque chose comme: "Ma princesse, je te souhaite une bonne année. Tu as été la plus belle rencontre que j'ai faite cette année et je souhaite que l'on continue ainsi encore longtemps.". Et revoilà mon coeur prêt à déborder. J'étais à cet instant sûre que tu étais le bon. Que tu étais celui à qui je pouvais confier mon corps et mon cœur. Tu as pensé à moi. J'ai existé. Et dans ton cœur j'existais.
Bordel, j'avais tant besoin de savoir ça. Et ça a rendu ce moment déjà important à mes yeux, car je passais à une nouvelle année, je tournais la page d'une année 2021 qui a été ponctuée d'envies suicidaires. Et en plus en étant accompagné de quelqu'un qui voulait de moi, qui a accepté mon coeur et qui m'a offert le sien. C'était merveilleux.
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