Chapitre 49.
Enzo se réveilla.
Il ouvrit brusquement les yeux, en panique, le chasseur, le coup de feu, la douleur. Camille !
Il tenta de se redresser, mais il fut brutalement maintenu au lit par deux grosses paluches et une douleur atroce dans son torse. Les dents serrées, il tenta d'endiguer celle-ci qui se déployait d'un point central pour vibrer jusque dans ses membres. Alan le maintenait contre le lit, comme s'il avait anticipé son mouvement.
— Reste tranquille, tu es gravement blessé, râla Maya.
Il ouvrit la bouche, tenta de demander où était Camille, pourquoi elle n'était pas à côté de lui, si elle allait bien, mais aucun son ne s'échappait de ses lèvres sèches. Il avait la langue pâteuse et la gorge à vif.
— Chuuut, ne parle pas, bois.
Il sentit quelques gouttes d'eau couler entre ses lèvres et il les lapa avidement. Chaque infime petit mouvement rendait la douleur insupportable, Maya sembla s'en rendre compte, car elle posa quelque chose de frais sur son torse et la souffrance reflua lentement.
— Camille, articula-t-il difficilement.
Ce fut Alan qui répondit.
— Elle va bien, mon vieux, ta compagne est une vraie furie, elle t'a sauvé la vie.
Le mâle noir se décala sur le côté et lui permit de voir le lit où Camille dormait, blotti sur le côté. Il sentit son cœur accéléré d'inquiétude.
— Blessée... ?
— Non, non ! Elle va bien, elle va bien ! Enfin... elle s'est prise deux doses de tranquillisant durant les dernières quarante-huit heures, mais elle va bien.
— Et toi aussi, tu vas bien, sourit Maya. Tu guériras, tu as eu beaucoup de chance. Si Camille n'avait pas été là...
Enzo décrocha totalement du discours de Maya, il s'en fichait, il voulait Camille près de lui. La sentir contre lui. Il avait eu tellement peur en comprenant que c'était elle que le chasseur avait dans sa ligne de mire. Consciemment. Il n'avait pas pu la prendre pour un animal.
Le mâle regrettait de ne pas avoir pu voir son visage, mais il avait son odeur et ce serait bien suffisant pour le traquer et l'exécuter proprement pour avoir osé essayer de s'en prendre à sa compagne.
Alan comprit que ça n'allait pas bien avant Maya et il contourna le lit de Camille pour la prendre dans ses bras.
— Du calme, mec, je te l'apporte juste, plaida-t-il.
Enzo réalisa qu'il s'était mis à gronder, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, si la douleur qui ne l'avait pas maintenu fermement à ce lit, il aurait déjà foutu son poing dans la gueule d'Alan pour avoir osé toucher sa femelle. Et savoir qu'Alan était raide dingue de Maya n'y changeait rien.
Le loup noir déposa Camille sur la partie de lit qu'il n'utilisait pas. Les lits de l'infirmerie étaient vraiment grands, faits pour pouvoir contenir des mastodontes, ce qui n'était pas son cas, alors il y avait clairement assez de place pour la rousse. Elle ne cilla pas pendant tout le processus et Enzo se força à remercier Alan.
Soudain, il se sentait plus serein, plus calme, maintenant qu'elle était avec lui, à sa place.
Il ferma les yeux et c'est là qu'il le « vit ». Le lien d'opposer que reliait leur cœur et leur âme. Il avait toujours été ouvert à ce lien, mais il avait manqué la coopération de Camille pour qu'il s'établisse. Enzo sentit une douce chaleur fleurir dans sa poitrine en comprenant que la jeune femme l'avait accepté. Voilà qui expliquait son comportement possessif, les mâles tout juste unis avaient tendance à ne pas aimer partager.
Enzo tourna la tête vers les boucles rousses de sa compagne. Même dans un sommeil artificiel, elle avait trouvé une place toute naturelle contre lui, et il avait hâte qu'elle se réveille pour qu'il puisse la voir sourire.
— Repose-toi encore, ordonna Maya. Mes dons ont permis de soigner la majorité des lésions, mais tu es encore faible et ton corps prendra du temps pour guérir. Camille sera encore là quand tu te réveilleras.
En d'autres circonstances, Enzo aurait probablement protesté, mais il se sentait de nouveau faible alors il ferma les yeux et ne tarda pas à s'endormir.
Il se réveilla la seconde fois en sentant Camille s'agiter près de lui. Il croisa son regard vert plein d'inquiétude et lui sourit tendrement. Sauf qu'au lieu de sourire à son tour, ses yeux se remplirent de larme et elle vint enfouir son visage dans son cou.
— Hé... chuchota-t-il d'une voix enrouée, incapable de faire plus que lui caresser doucement le dos.
Lever son autre bras était trop douloureux encore.
— Enzo Solace, essaye encore une seule fois de te jeter devant l'arme d'un chasseur et tu vas comprendre ta douleur ! gronda-t-elle piteusement en se redressant.
— Crois-moi je ne suis pas prêt de recommencer, la prochaine fois c'est toi qui te prends la balle, marmonna-t-il difficilement.
Elle essuya courageusement les larmes qui avaient coulé et revint se blottir contre lui.
— Je t'aime, lâcha-t-elle en posant une main sur sa joue.
Enzo retint son souffle.
— Que me vaut l'honneur de cette soudaine déclaration ? demanda-t-il ému.
Elle renifla dans son cou.
— J'ai réalisé que je ne te le disais vraiment pas souvent et tu as failli mourir à cause de moi... et j'ai cru que j'allais te perdre...
Camille sentit sa gorge s'obstruer de larme.
— Si tu m'aimes pourquoi tu es partie quand je discutais avec Cassie.
La louve rousse gronda, mécontente de ce souvenir, mais il méritait la vérité.
— J'étais jalouse de l'attention que tu lui portais, je ne comprenais pas que tu ne l'as pas juste sommé de dégager ! Tu ne m'as même pas présentée !
Rendue mal à l'aise par cette conversation qui approchait le mâle trop près de sa véritable nature, Camille s'assied au bord du lit.
— Désolé, sur le moment ce n'est pas ce qui m'a le plus préoccuper. Merde ! Je viens de découvrir que j'ai un gosse, j'avais bien le droit être un peu perdu.
Camille grimaça en lui lançant un regard penaud.
— J'ai peut-être un peu exagéré... j'ai cru que tu allais me laisser tomber pour cette pouffiasse parce qu'elle avait un enfant de toi (elle ne le laissa pas protester) d'ailleurs, qu'est ce que tu vas faire ?
Il soupira comme un damné.
— J'ai un fils, je ne peux pas faire comme s'il n'existait pas, faut encore que j'en discute avec elle...
Enzo ferma les yeux une minute. Camille se leva et s'éloigna, songeuse.
— Où vas-tu ? s'inquiéta-t-il.
Elle grimaça.
— La nature m'appelle, beau gosse, je reviens vite, sourit-elle en lui envoyant un baiser volant.
Quand Camille revint dans l'infirmerie, Enzo s'était rendormi, mais il n'avait plus l'air aussi mort que la dernière fois, alors elle s'assied sur sa chaise, consciente qu'il avait besoin de repos.
Maya rentra à ce moment-là.
— Tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle en posant un plateau de nourriture sur la table.
— Il va s'en sortir ? demanda la louve rousse au lieu de répondre.
Maya s'assied sur une seconde chaise.
— Il s'en sortira, il est fort, et il a une excellente motivation.
La guérisseuse lui lança un regard entendu, et Camille laissa échapper un pâle sourire. Après ce qu'elle avait fait pour maintenir son compagnon en vie, plus personne ne pourrait douter de son lien d'opposé. Maya devait probablement lui en vouloir de ne pas lui en avoir parlé, mais Camille ne comptait pas se justifier.
— Il est mien, déclara-t-elle très sérieusement. Il n'a pas le droit de mourir.
Maya hocha la tête, mais n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, Ethan ouvrit prudemment la porte. Camille lui en voulait encore, et ils régleraient leur compte, c'était certain, mais pas tout de suite.
— Es-tu suffisamment maîtresse de toi-même pour aller discuter avec la femme qui attend dans un salon ou faut-il que je demande à Maya de préparer un autre calmant.
Camille se raidit, elle se souvenait en effet d'avoir tenté de tuer l'ex-copine d'Enzo. Avec le recule et la réflexion, c'était stupide de penser qu'elle ait pu avoir quoi que ce soit à voir avec ce qui s'était produit. C'était probablement une attaque ordonnée par Lord Arthus, comme les avait mis en garde Lady Hyden.
Et Enzo avait fait son choix, c'était elle qu'il avait choisie, cette femme n'était donc plus une menace.
— Je vais lui parler, accepta la louve rousse en repoussant tendrement une mèche de cheveux sur le visage de son mâle. Préviens-moi s'il se réveille.
Elle n'attendit même pas que Maya approuve et sortit de l'infirmerie, laissant Ethan la guider vers la femme qui avait partagé tant de temps avec Enzo.
Il était temps pour elles de mettre les choses au clair.
Chapitre 74
Camille dévisagea Cassie face à elle en se demandant ce qu'Enzo avait pu lui trouver. Elles ne se ressemblaient pas du tout. L'humaine avait plutôt l'air d'être une femme de poche, trimbalable partout et pas trop encombrante que d'être une guerrière. Était-ce le genre d'Enzo ? Elle n'avait pas l'air aussi soumise que la plupart des femmes humaines élevées pour servir leur mari. Elle restait noble malgré ses vêtements clairement dépassés de mode et le bébé accroché à son sein qui tétait avidement.
— Comment va Enzo ? demanda-t-elle prudemment, comme si elle se souvenait du manque de contrôle de Camille, plus tôt.
Elles étaient seules maintenant, et rien ne pourrait l'empêcher de l'achever proprement. Sauf peut-être l'adorable créature entre ses bras. Camille avait toujours adoré les enfants, elle n'avait jamais pensé en avoir un elle-même, néanmoins. Était-ce ce que Enzo voulait ? Est-ce qu'il serait content si elle tombait enceinte ? Les grossesses des louves étaient souvent compliquées à cause des naissances multiples, elle n'était pas certaine d'avoir envie de tomber enceinte. En tout cas pas tout de suite, elle avait déjà quatre enfants formidables et ils lui suffisaient grandement.
— Il s'en remettra, répondit froidement Camille.
La femme se renfrogna.
— Je ne sais pas qui vous êtes pour lui, commença-t-elle.
— Je suis sa compagne, coupa la louve rousse, soucieuse de mettre les choses au clair.
La surprise se peignit sur le visage de l'humaine, mais elle ne parut pas plus déçue que ça.
— Oh, Enzo a une compagne... chuchota-t-elle en hochant la tête. Je comprends mieux sa réaction... je ne pensais pas... je ne voulais pas, enfin...
Elle semblait hésiter, mais finalement elle planta son regard dans celui de Camille, qui aurait très bien pu le prendre comme un défi et déclara.
— Je sais que vous pensez que c'est de ma faute, s'il est dans cet état, mais je vous assure que je n'aurais jamais fait de mal à Enzo ou aux gens qu'il aime, dit-elle sincèrement. C'est juste que... j'ai un enfant à charge, un petit loup, et je n'ai pas les moyens de l'élever, je ne sais même pas comment est-ce qu'on gère un changelin, et quand j'ai su qu'Enzo n'était pas loin... je n'avais pas songé qu'il puisse avoir une compagne, maintenant... c'est stupide hein ?
Camille se surprit à ressentir de la compassion pour cette fille-mère dépassée par sa situation. Elle-même avait reçu de l'aide pour élever ses bébés, seule elle ne s'en serait jamais sortie.
— Nous pouvons prendre à charge ton enfant, ici il sera en sécurité et...
Camille s'interrompit en apercevant le mouvement de recul de la jeune femme, qui serra l'enfant contre elle suffisamment fort pour le déranger dans son repas. Elle venait d'avoir un réflexe très louve, et la jeune femme se dit qu'elle l'avait peut-être jugé un peu vite.
— Je suis venu demander de l'aide, pas qu'ont m'enlève mon enfant, vous n'en avez pas le droit ! protesta la jeune femme.
Son comportement influença l'humeur du bébé qui se mit à pleurer. Tout de suite, son regard se posa sur lui et elle se mit à le bercer en lui murmurant des mots d'amour.
— Je me suis mal exprimée, s'excusa Camille. Nous ne t'enlèverons pas ton enfant, mais il va avoir besoin d'être élevé auprès de loup comme lui, surtout lorsqu'il aura l'âge de Changer.
La louve rousse réfléchit à une situation qui puisse satisfaire les deux sans inclure Cassie dans la meute. Elle voulait bien être aimable et accepter le passé d'Enzo, mais pas à ce point.
— Peut-être mettre en place une garde partager ? proposa-t-elle. Je suis sûr qu'Enzo sera d'accord. Mais il va falloir signaler l'enfant comme appartenant à la meute, pour sa propre protection.
En ces temps troubles où l'humanité commençait à s'agiter, mieux valait qu'un bébé changelin soit associé à une meute puissante plutôt qu'à une simple femme humaine.
Cassie pinça les lèvres, mais elle ne refusa pas d'office, ce qui conforta Camille dans l'idée qu'elle était intelligente.
— Ce sera l'argent, le principal problème, fit-elle remarquer.
— La meute débloquera des fonds pour lui, mais seulement pour lui, il faudra que tu continues de travailler si tu veux plus que de quoi lui acheter à manger et des vêtements.
L'humaine hocha la tête.
— Merci, je sais que tu n'as aucune raison d'être gentille avec moi, Enzo a dû te dire des choses horribles à mon sujet.
— Je ne t'aime pas, et ce n'est pas pour toi que je le fais, rétorqua Camille.
Il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin non plus.
— Rentre chez toi, humaine, nous te ferons parvenir la première pension, et un message quand Enzo sera en mesure de te recevoir.
Puis hautaine, la louve rousse tourna les talons et retourna au chevet de son mâle en se demandant qu'elle effet elle avait du faire à cette jeune femme face à qui elle s'était présenté vêtue uniquement du t-shirt d'Enzo.
Elle s'aperçut qu'Elliott Lazaire était au chevet du mâle et lui parlait doucement. Les deux hommes relevèrent la tête en l'entendant entrée. Camille savait que son père était venu les voir quand ils dormaient, car elle avait senti son odeur sur elle. Elle dévisagea un instant l'homme pathétique qu'était devenu son père. Ses yeux verts qu'elle avait hérités de lui semblait plus que fatigué et il se tenait courbé comme si tout le poids du monde pesait sur ses épaules. Elle avait entendu dire que ses enfants lui en faisaient voir de toutes les couleurs, lui dérobant ses affaires, versant plus de sel que nécessaire dans ses repas ou lui jouant des tours diabolique, mais sans grande conséquence. Camille les avait laissé faire, mais elle décida qu'elle leur demanderait aujourd'hui d'arrêter.
Elle prit une grande inspiration. Elle voulait bien accepter le passé d'Enzo, mais pardonner à son père dans la même journée ça commençait à faire beaucoup. Elle songea à l'enfant de Cassie, qui n'aurait pu jamais connaître son père, a ses propres diablotins, qui n'en avaient jamais eut et elle s'approcha du lit avec un bref hochement pour le vieil homme qui sembla s'illuminer de l'intérieur face à cette première marque d'intérêt depuis des mois.
Camille ne pourrait pas lui pardonner, pas tout de suite, il lui avait fait beaucoup trop de mal pour ça, mais elle n'était pas pour autant forcer de l'ignorer. Elle croisa le regard d'Enzo et y vit toute l'affection, la tendresse et l'amour qui lui témoignait.
Non, elle ne lui pardonnerait certainement pas, mais elle pouvait commencer par arrêter de remuer sa rancœur.
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