Pour SweetHams

Ce matin-là, en me levant, je sentais que ça ne pouvait tout simplement pas être une bonne journée. Toute la nuit j'avais rêvé d'Antoine. Pourquoi? Ça faisait pourtant deux mois que nous n'étions plus ensemble et je l'avais oublié... Je baillai à m'en décrocher la mâchoire et étirai mes muscles engourdis par le sommeil. Je ne voulais pas me lever et faire face à cette journée, voir la sale tête de Snape dans moins d'une heure était loin de me ravir. Le visage de Fred s'imposa à mon esprit et j'esquissai un sourire. Aller en cours, c'était voir Fred, entendre sa voix joviale. Ses plaisanteries, pouvoir me lover dans ses bras en espérant qu'il ait le pouvoir de m'ôter ma mauvaise humeur. Rassérénée à cette idée, je m'extirpai hors de la couette et fonçai à la douche puis prendre mon petit-déjeuner. Malheureusement pour moi, Fred était déjà parti. Lorsque plus tard, je me brossai les dents face à la fenêtre, je ne pus m'empêcher de remarquer avec irritation que le temps était peu clément. Le soleil était masqué par de gros nuages gris desquels une pluie fine tombait. J'enfilai des vêtements simples mais confortables et me rendis à la salle de potion. J'étais étonnamment une des premières, je ne devais pas être la seule à avoir eu du mal à me lever. Je connaissais vaguement la fille qui était là avant moi, mais n'ayant aucune envie de discuter, me contentais de m'appuyer contre le mur, les paupières closes. L'école était agréablement calme de si bon matin, je pouvais même entendre les grosses gouttes, qui avaient remplacé la bruine, s'écraser sur les carreaux. Ce son était presque berçant. Parfois des échos de discussions lointaines me parvenaient puis s'évanouissaient dans le silence. Soudain, je reconnus une voix , j'ouvris les yeux sur-le-champ comme si elle m'avait tirée d'un rêve ou d'une quelconque transe. Un sourire vint danser sur mes lèvres lorsque je l'entendis se rapprocher. Puis je les aperçus, tous deux au bout du couloir, discutant gaiement, se lançant des blagues joyeusement. Il n'y avait bien que les jumeaux Weasley pour se montrer de si bonne humeur un lundi matin. Fred m'aperçut et me lança un clin d'œil qui m'amusa. Lorsqu'il fut assez proche de moi, il passa un bras autour de mes épaules et susurra:

"Salut beauté, on se connaît?"

Je reniflai avec amusement, Fred avait cet incroyable pouvoir d'embellir ma vie et de rendre tout plus facile à supporter. J'espérai alors, qu'il ne sortit jamais de celle-ci!

"Oh Anaïs, quel est cet air grincheux?"

Je haussai les épaules d'un air désinvolte et marmonnai en guise de réponse:

"J'ai mal dormi."

Fred passa une main dans mes cheveux et m'attira contre lui:

"Ma pauvre chérie, en plus c'est une longue journée qui nous attend."

Je ne répondis que par un grognement approbateur en nichant mon nez dans ses vêtements. Ils sentaient la lessive, le parfum et son odeur. Les jumeaux continuèrent de discuter à bâtons rompus tandis que je me reposais dans les bras de Fred. Rapidement, les autres élèves arrivèrent au compte-goutte mais j'y prêtai à peine attention. Trop tôt à mon goût, Rogue ouvrit la salle de classe et nous ordonna de son ton sec habituel d'entrer et de nous asseoir. Je ne pus m'empêcher d'adresser un regard mi-surpris, mi-interrogateur à Fred en le voyant s'installer à côté de moi:

"George est avec Angelina, expliqua-t-il. Je me suis dit qu'aujourd'hui peut-être tu préfèrerais être avec moi plutôt qu'un quelconque camarade avec qui tu devrais te forcer à faire la discussion."

J'adressai à Fred un hochement de tête appréciateur; il me connaissait décidément bien, plus que je ne le pensais. Le cours se déroula sans accroc; lentement mais moins ennuyeux que ce que je m'étais figurée. Suivi alors, le cours d'histoire de la magie. Fred avait beau tout faire pour me mettre de bonne humeur, rien ne semblait fonctionner. J'étais prise dans un tourbillon de pensées négatives qui m'assaillaient sans relâche. Ces pensées étaient toutes plus stupides les unes que les autres, je le savais. Elles étaient toutes liées à certaines de mes peurs irrationnels mais même en m'en rendant compte; je ne pouvais m'en départir. J'avais l'impression qu'une deuxième moi avait élu domicile sous mon crâne et me soufflait en continu des idées négatives.

"À quoi tu penses? s'enquit Fred avec douceur.

-À rien, répondis-je d'un ton plus sec que je ne l'aurais voulu."

Fred grimaça:

"Moi qui pensais t'avoir remonté le moral, on dirait que j'ai failli à ma mission."

Il avait dit ça sur un ton léger, qui d'habitude me faisait inévitablement rire mais pas cette fois. Je n'arrivais pas à penser de manière positive et, me dire que j'allais finir par user la patience de Fred empirait les choses. Machinalement, je commençais à me mordiller l'intérieur de la joue:

"Arrête de faire ça, me souffla Fred.

-Quoi?

-Je t'ai déjà dit que la communication est la clé, si tu ne me parles pas, je ne peux pas t'aider!

-Tu ne peux pas m'aider, me bornai-je à répondre ce qui fit lever les yeux au ciel à Fred."

Tu vois, maugréai-je intérieurement, tu as réussi à l'énerver. Tu es insupportable, heureusement que toutes les filles ne sont pas comme toi.

Une colère incontrôlable explosa en moi, pourquoi Fred ne pouvait-il pas me comprendre? Mais au fond n'était-ce pas plutôt ma faute dans tout ça? C'était après tout, moi qui broyait du noir toute seule en l'envoyant balader! Et j'osais m'étonner après que toutes mes conquêtes m'aient lâchées, les unes après les autres... À toutes ces pensées violentes, je sentis ma gorge se serrer et, malheureusement je ne savais que trop bien ce que ça voulait dire. Fred copiait le cours sans m'adresser un regard et je me sentis horriblement seule. J'aurais voulu m'excuser, m'excuser d'être cette fille fragile, jamais comblée, toujours abattue et désagréable avec si peu de confiance en elle. J'aurais aimé être assez forte pour cacher tous mes sentiments, pouvoir rire aux éclats, tout en étant au fond, dévastée. De cette façon, peut-être que je n'aurais pas été si souvent abandonnée. Je sentis l'air me manquer et mes yeux me piquer.

"Non Anaïs, ne pleure pas, c'est hors de question. Tu attends la sortie du cours et tu fonces aux toilettes."

Je jetai un coup d'œil à la pendule et le désespoir me gagna. Jamais je n'allais tenir trois quart d'heure. Mon cœur, dans ma poitrine semblait sur le point d'exploser, je pris une profonde inspiration et les larmes commencèrent à couler sur mes joues. Je laissai les cheveux tomber devant mon visage, espérant ainsi le masquer à Fred. Celui-ci ne le remarqua pas immédiatement. Ce ne fut qu'au bout de quelques minutes qu'il leva à la tête à mes reniflements:

"Eh Anaïs ça va? Qu'est-ce qu'il se passe?"

Je ne parvenais pas à répondre. J'avais la douloureuse impression que si j'ouvrais la bouche, seuls des sanglots allaient en sortir. Fred leva la main et avant que j'ai le temps de faire quoi que ce soit, demanda à ce qu'on puisse sortir. Je ne tentai même pas de résister lorsqu'il m'entraîna dehors. Une fois la porte close derrière nous, Fred se tourna vers moi, un air de profonde inquiétude peint sur le visage:

"Anaïs explique-moi ce qu'il se passe, si tu ne me parles pas, je ne peux rien faire."

Il avait beau être préoccupé, il restait à quelques pas de moi, les bras ballants, désarmé face à une situation qu'il ne pouvait pour une fois, pas régler par des plaisanteries. De mon côté, je cherchais désespérément comment mettre des mots sur mes sentiments. J'avais l'impression qu'il n'y avait rien de rationnel dans mon mal être alors comment l'expliquer? Je me mordillai l'intérieur de la joue puis pris mon courage à deux mains ; avant de bafouiller:

"Aujourd'hui ce n'est pas une bonne journée. Je suis fatiguée, et quand je suis dans cet état, il en faut très peu pour me déprimer.

-Mais là maintenant, qu'est-ce qui te mine?"

J'ouvris la bouche pour répondre mais les mots refusaient de sortir. Je ne voulais pas lui dire, je ne pouvais pas. J'étais convaincue que me confier à lui, c'était le faire fuir. Cependant à présent, je m'étais bien trop engagée, il était beaucoup trop tard pour faire demi-tour. Je passai nerveusement ma langue sur ma lèvre inférieure et me jetai à l'eau:

"J'ai peur que tu me laisses tomber. Tout simplement. J'ai peur que tu réagisses comme tous les autres; que rapidement tu en aies marre de moi et me déteste. Que petit à petit, tu réalises que tu m'idéalisais et que je ne suis pas la fille parfaite que tu croyais, au contraire. J'ai peur de ce jour où tu vas me laisser seule. Avant j'ai déjà souffert mais maintenant qu'on a vécu tellement de choses ensemble, que je t'aime autant et que j'ai cette délectable et à la fois horrible impression de penser à toi tout le temps, comment vais-je me sentir? À présent que ma vie tourne autour de toi quand tu vas me larguer?"

Ma voix se brisa sur ces derniers mots. Tout ce discours, je l'avais fait sans même le regarder. Lorsque je levai les yeux vers lui, il semblait gêné. C'était à son tour de fuir mon regard. J'aurais voulu qu'il me fasse une déclaration à son tour ou qu'au moins tout ce que je venais de dire était réciproque. Toutefois les choses se passent rarement comme on l'a rêvé. Et cette fois-là ne fut pas une exception. Fred semblait interloqué et son silence me blessa plus que tout. À mes yeux s'il gardait le silence, c'est parce qu'il ne pouvait pas dire que c'était réciproque mais ne voulait pas me blesser. De nouveau, je sentis les larmes s'accumuler dans mes yeux:

"Écoute, commençai-je d'une voix que je voulais ferme mais qui sortit brisée, je ne t'en veux pas, je suis désolée de te mettre dans cette position. C'était bête de ma part, je savais que j'aurais dû garder tout ça pour moi mais je suis vraiment...

-Arrête Anaïs, stop... Si je n'ai rien dit, c'est tout simplement parce que je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait dans ta tête. Enfin, je ne m'attendais pas à ce que tu me fasses une telle déclaration sortie de nulle part."

Il y eut un silence lourd pendant lequel Fred se balançait d'un pied sur l'autre, gêné. Il finit par le briser tout en continuant à fuir mon regard:

"Tu le sais Anaïs, je ne suis pas très démonstratif. Faire des blagues c'est pas un problème, parler de sujets futiles non plus mais dès qu'il s'agit de sentiments c'est plus compliqué.

-Je sais, répondis-je simplement."

J'espérais stupidement que cette fois ce serait différent. Je séchai mes larmes, mais la douleur était toujours là. Au fond de moi, je ne pouvais m'empêcher de penser que s'il m'aimait autant que je l'aimais il serait capable de surmonter ce blocage. Mais je ne dis rien, nous venions de nous réconcilier et je ne voulais pas envenimer les choses à nouveau. Gentiment, sans rien dire, je le suivis jusqu'à la classe. Il fallait que j'accepte la situation. Je ne pouvais rien y changer, je ne pouvais pas forcer Fred à m'aimer davantage. Mais c'était si difficile de relativiser. Une part de moi lui en voulait, mais je savais que c'était illégitime. S'il ne m'aimait pas assez, c'était de ma faute, c'est parce que je n'étais pas assez bien. Lorsque nous retournâmes dans la salle, le cours était presque fini. Nous ne restâmes qu'une dizaine de minutes. En m'appuyant, je sentis les regards de mes camarades sur moi mais je ne m'en formalisais pas. C'était seulement parce qu'ils étaient inquiets ou curieux et j'étais en quelque sorte habituée. J'étais une madelaine qui ne savait pas retenir ses larmes. À la fin de l'heure, plusieurs élèves à qui je n'adressais jamais la parole vinrent me demander si tout allait bien. Je fis comme si cette crise n'était due qu'à la fatigue, même si personne ne me crut. Fred ne fut pas dupe longtemps non plus. À peine les autres nous laissèrent tous les deux qu'il se tourna vers moi:

"Anaïs, tu ne vas pas bien, je le vois bien. Tu as ce petit air malheureux ne le nie pas.  Je sais que c'est à cause de moi."

Je ne pouvais pas contester mais je ne voulais pas non plus confirmer. Je me contentai donc de fixe le sol en silence. Fred en face de moi ne semblait plus savoir où se mettre.

"Tu sais, même si j'ai toujours du mal à l'exprimer, je t'aime énormément. Sans toi, je n'irais pas bien loin, j'ai besoin de toi. J'ai pris l'habitude de t'avoir avec moi et maintenant tu es devenu une partie fondamentale de ma vie. Quand tu me fais des déclarations, ça me fait plaisir à un point que tu n'imagines même pas. Tu me rends heureux Anaïs."

Je sentis mes joues s'enflammer, j'avais l'impression que mon cœur allait exploser d'une seconde à l'autre. Au lieu de répondre, je passai mes bras autour de la nuque de Fred et le serrai contre moi avec force. Je sentais un profond amour me traverser par vagues, manquant de me submerger, il était tellement parfait, je n'aurais pas pu rêver mieux que lui. Je savais qu'à ce moment j'étais triste; mais je savais aussi que le lendemain je serai heureuse, le jour d'après, peut-être tourmentée à nouveau ou alors je rirai aux éclats. Mais dans tous les cas, aussi niaise soit cette idée, je savais que Fred serait là. Avec lui à mes côtés, je me sentais capable de beaucoup de choses.


NDA: Bon, j'espère que celui-ci vous plaira, il est plus court et surtout pas très joyeux. Je ne suis pas très fière du résultat mais je n'ai pas trouvé comment l'améliorer.
bonne journée ♥

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