Chapitre 4.

Ethan était parti à sa recherche, malgré lui.

Son alpha et lui avaient été invités à passer la nuit chez les Hurlelouve et il avait prétexté prendre l'air pour courir sur ses traces. Il n'aurait pas dû le faire, pourtant, il était irrésistiblement attiré par l'odeur de la jeune femme.

Elina. C'était ainsi que Leanor l'avait appelée en excusant le comportement de sa progéniture.

Même si Ethan avait maintenu ses émotions d'une main de fer, comme à son habitude, il l'avait immédiatement détestée. Tout chez cette femme paraissait faux, de la manière dont elle s'était « inconsciemment » appuyée sur son compagnon, jusqu'à l'excuse qu'elle leur avait sortie pour expliquer la réaction de la jeune femme.

Le loup d'Ethan avait décrété qu'il n'y avait rien à excuser, c'était la faute de Leanor si Elina s'était énervée. En effet, il avait été convenu de la mettre au courant avant l'entrevue, mais la louve avait apparemment « oublié ».

Cette part animale de lui l'avait poussé à suivre la piste claire et nette de la jeune femme. Ce n'était pas dans ses habitudes de se laisser guider par son loup, mais ce soir il ferait une exception. Après tout, ce n'était pas comme s'il perdait son contrôle sur lui-même, il pouvait donc se permettre ce manquement à ses propres principes.

Le fait qu'elle n'ait même pas pris la peine de la masquer lui prouvait qu'elle ne s'attendait certainement pas à être retrouvée.

Dommage pour elle, cette fois-ci elle avait tort.

Son aura dominante masquant son odeur émotionnelle – une ruse qu'il avait apprise plus jeune – il s'accroupit pour effleurer une trace de pas que la boue avait conservée, elle était minuscule, à l'image de la louve qui l'avait laissée là.

Ethan l'entendit avant de la voir – elle sanglotait – et il s'en voulut énormément parce qu'il savait que c'était sa faute.

Il ne s'approcha pas, il ne savait pas consoler. Alors il resta là à la regarder jusqu'à ce qu'elle cesse de pleurer et que son chagrin se mue en détermination. Et puis sans aucun signe avant-coureur, elle roula sur le dos en souriant d'un air soulagé. Il déglutit difficilement alors qu'elle se tortillait de manière envoûtante, mettant son corps à jour avec innocence. Il détourna le regard, conscient que c'était impoli, mais c'était trop tard il en avait assez vu et il se sentait déjà à l'étroit dans son pantalon.

et l'inviter à jouer avec lui. Il n'était pas un foutu animal, un peu de retenue, merde. Il fit preuve d'un contrôle implacable et fit taire le loup qui ne comprenait pas pourquoi l'homme ne voulait pas aller charmer leur proie. Les subtilités de la situation lui échappaient.

Il la regarda encore, parcourant son corps nu désormais couvert de terre. Puis elle se leva et s'éloigna. Sa manière de se mouvoir dans la forêt lui apprit qu'elle en avait l'habitude. Sauf que lui, il était un chasseur expérimenté. Il veilla à rester face au vent pour qu'elle ne puisse pas sentir son odeur, et suffisamment loin pour qu'elle ne puisse ni distinguer le bruit de ses pas des autres sons de la forêt ni le voir.

Ethan la suivit pendant près d'une heure elle ne s'aperçut de rien ce qui l'inquiéta un peu. Comment pouvait-on être aussi insouciant. Il se contenta d'assurer sa sécurité tout en lui laissant sa liberté.

Alors lorsqu'elle s'arrêta aux pieds d'un arbre dont les racines formaient une sorte de nid, il s'arrêta à son tour et la regarda s'allonger.

Puis elle ferma les yeux et s'endormit.

En plein milieu de la forêt.

Entièrement nue.

Ethan attendit encore, ne sachant pas comment réagir. Comment pouvait-elle se mettre autant en danger sans aucune crainte ? Il en fut presque en colère. C'était tellement dangereux ! Elle pourrait se faire attaquer par une bête sauvage où tomber sur quelqu'un d'autre ! Il n'osa imaginer ce qu'un ours pourrait faire à son frêle petit corps de louve.

Pourtant, il hésita encore un long moment avant de se décider et de s'approcher. Il s'accroupit à ses côtés, elle ne bougea pas et elle semblait être entrée en phase de sommeil profond.

Ethan soupira d'agacement, si ça n'avait tenu qu'à lui il se serait juste assuré qu'elle rentre saine et sauve, sauf que maintenant il allait devoir la porter jusqu'à sa chambre et de ce fait il laisserait une trace olfactive sur elle. Ça lui déplairait sans doute, comme s'il ne partait pas avec une longueur de retard dans leur relation. Il retira sa veste et l'enroula dedans pour préserver sa pudeur – en avait-elle seulement ? – avant de la soulever facilement, un bras sous ses genoux et un autre dans son dos.

Ethan traversa sans ciller le village de Hurlelouve et soutint chaque regard méfiant. Il avait l'habitude, les gens le regardaient souvent bizarrement, lui, le sans-cœur, le sans odeur. Il attirait l'attention.

Ethan se dirigea à contrecœur vers la maison principale : il ne voulait pas la lâcher. Cette pensée aurait dû déclencher un signal d'alarme dans sa tête, pourtant, il la trouva étrangement normale. Elle les intriguait, lui et le loup, et ça faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas eu un même sujet de curiosité. Il voulait en savoir plus.

En entrant, il aperçut tout de suite le frère de la jeune louve. Noah lui montra les dents en l'apercevant et s'approcha en inspirant son odeur. Ce fut à lui de ne pas montrer les dents, vexé qu'il puisse penser un instant qu'il aurait pu abuser d'elle.

Ethan s'étonna d'avoir un mouvement de recul et un regard noir lorsque le frère de la louve fit mine de la récupérer.

C'était involontaire, mais de nouveau aucun signal d'alarme ne lui fit remarquer que son comportement était déplacé. Les deux jeunes alphas se toisèrent comme des chiens de faïence, mais finalement le futur chef de meute l'emporta.

— Deuxième porte à droite, cracha à contrecœur Noah en s'effaçant.

Avec un sourire satisfait, il grimpa à l'étage. La porte de la chambre était entrouverte et la lumière allumée, mais elle était vide.

Elle comportait un grand lit deux places mal fait, une commode en peuplier avec la moitié des tiroirs ouverts lui donnant un joli point de vue sur une collection de petites culottes en dentelle. Ça le fit sourire, il n'avait pas pensé qu'elle aimait ce genre de sous-vêtements.

Il y avait de nombreux vêtements sobres, loin de la richesse extravagante qu'il connaissait, éparpillés partout.

Il y avait aussi une étagère croulant sous des livres d'aventures poussiéreux.

Mais surtout, son odeur envoûtante imprégnait chaque parcelle de la chambre.

Il la posa rapidement sur le lit et alla prendre possession de sa chambre d'ami.

***

Lorsque Elina se réveilla, la première chose qu'elle releva fut le fait qu'elle n'était plus dans la forêt.

La seconde, qu'elle était couverte de l'odeur de ce loup – Ethan – de la tête aux pieds.

La troisième que l'odeur n'était pas assez profondément ancrée pour signifier un acte plus grave que simplement la porter.

Elle s'en sentit soulagée et son ventre se retourna d'angoisse. Elle avait recommencé, misère ! Elle s'était endormie puis... rien. Elle ne s'était pas réveillée, il aurait pu se passer n'importe quoi, qu'elle aurait dormi jusqu'à son réveil naturel. Enfant, elle avait eu le sommeil très léger, mais tout avait changé après sa relation avec Julyam... C'était durant celle-ci que son cerveau avait appris à juste se déconnecter, la faisant entrer dans une phase de sommeil si profonde que rien ne pouvait la réveiller. Ça avait été comme un garde-fou pour l'empêcher de devenir folle. Désormais, à chaque fois qu'elle subissait un gros choc émotionnel, elle se déconnectait. Ça faisait presque un an que ça ne lui était plus arrivé, et le fait que ça ait recommencé après l'arrivée d'un potentiel futur compagnon dans sa vie n'était pas un hasard.

Elina frissonna à l'idée qu'un homme aussi redoutable ait pu la traquer sans qu'elle ne s'en aperçoive. Et qu'elle ne se soit pas réveillée lorsqu'il l'avait déplacée. Il aurait pu lui faire n'importe quoi, elle ne l'aurait jamais su. Au lieu de quoi, il l'avait juste jetée sur son lit. Elle était encore couverte de terre et elle n'avait pas de couverture, il aurait pu faire un effort. Elina fit une moue vexée et se leva en s'étirant largement pour délasser ses muscles encore endormis.

Elle sortit sans s'habiller, elle était la seule à vivre à cet étage depuis que Noah était parti, et se dirigea vers la salle de bain. Elina se devait d'être présentable pour pouvoir mettre son plan à exécution et convaincre son père.

La jeune femme ouvrit la porte sans frapper, l'instant d'après, elle se figea, soudainement consciente de ne plus être le prédateur dans la pièce.

Elle retint sa respiration et releva ses yeux sur l'homme.

Une serviette négligemment accrochée autour des hanches de manière provocante, une autre autour du cou soulignant ses larges épaules, les cheveux bruns méchés d'or dégoulinant d'eau, il était à tomber. Littéralement. Si elle ne s'était pas rattrapée à la porte, elle aurait fini sur le cul.

Ils se fixèrent silencieusement, autant choqué l'un que l'autre.

Malgré elle, ses yeux dérivèrent vers son torse musclé, doré naturellement comme le reste de sa peau, il était sculpté comme un dieu. Un fantasme vivant qui fit remuer dans son bas-ventre quelques désirs inconnus.

Ses yeux glissèrent, comme aimantés, vers la seule partie de son anatomie cachée à son regard.

Était-ce une bosse qu'elle apercevait ?

Rouge de gêne plus que de honte, elle releva rapidement ses yeux bleu glace vers son visage en tentant de chasser les images interdites qui avaient envahi son esprit. Elina avala difficilement sa salive, le cœur battant beaucoup trop vite, et les jambes tremblantes.

Elle porta une main à son visage comme pour se cacher, ce qui était idiot, mais elle refusait de décamper, elle était ici chez elle, et mince, il y avait un verrou à cette porte, il aurait pu faire un effort. Et puis, Elina n'était pas certaine que ses jambes l'auraient portée jusqu'à sa chambre.

Le visage du mâle ne révélait rien de ses pensées lorsqu'il la dévisagea exactement de la même manière qu'elle, sauf qu'Elina était nue. Elle pencha la tête sur le côté, le défiant de la juger. Elle était changeline, elle ne s'était encore jamais cachée du regard de qui que ce soit et elle ne comptait pas commencer aujourd'hui. D'ailleurs, c'était lui qui était en tort, il était sur son territoire, et il n'avait pas à la regarder, c'était irrespectueux. Il sembla en venir à la même conclusion puisqu'il reporta son regard sur son visage, qui avait probablement pris une belle teinte tomate. Puis il s'avança. Elina se figea, refusant de céder du terrain s'il l'intimidait.

Il se racla la gorge et soudain, un fin sourire amusé étira ses lèvres et illumina son regard.

— Puis-je sortir de la salle de bain pour te la laisser ? demanda-t-il très poliment.

Oh ciel, que quelqu'un l'enterre six pieds sous terre ! Elina s'écarta précipitamment, et il passa à côté, la frôlant. Elle se dépêcha d'entrer dans la salle de bain et d'en fermer la porte – avec un verrou cette fois.

Se laissant glisser au bas de la porte, elle se frotta le visage en espérant faire partir ses rougeurs. Au temps pour la jeune femme mature et adulte qu'elle voulait présenter à son père, sa maturité s'était fait la malle. Enfin, avec un peu de chance, elle avait donné envie à Ethan de fuir.


Après s'être correctement habillée avec un pantalon en lin confortable et un top léger pris sur le tas, Elina coiffa ses épais cheveux blancs dans une tresse serrée. Elle prit un air aussi digne que possible et s'apprêta à se confronter à son alpha de père.

Tout en traversant le couloir, en descendant les escaliers et en s'approchant du bureau, elle se répéta ses arguments qu'elle trouvait plus que valables.

— Pour commencer, se chuchota-t-elle à elle-même, je ne le connais pas. Ensuite, j'ai le droit de choisir l'homme avec qui je veux passer le reste de mes jours. M'unir à lui peut m'enlever toutes mes chances de trouver mon Opposé.

C'était cette dernière raison qu'elle trouvait la plus plausible. Tout le monde avait le droit de rencontrer son Opposé. À vrai dire, tout le monde le rencontrait au moins une fois dans sa vie, malheureusement, il arrivait souvent que la personne soit tellement barricadée qu'elle ne le reconnaissait pas. C'était la raison pour laquelle les enfants rencontraient plus facilement la personne qui leur est destinée, ils n'avaient pas eu le temps de se protéger des coups durs de la vie.

Elina se rendit compte qu'elle était devant la porte du bureau de son père. Inspirant profondément pour se donner du courage, la jeune femme leva la main pour toquer, elle n'en eut pas le temps :

— Entre, Elina.

Elle grogna et soupira, son père savait toujours quand elle allait venir le voir. Plus un instinct loup que l'instinct paternel malheureusement.

Elina entra et referma la porte derrière elle. La pièce était de taille moyenne et contenait que le strict nécessaire : un bureau avec de nombreux tiroirs, un fauteuil confortable et une grande armoire contenant tous les dossiers classés par date et par ordre alphabétique.
Pas une seule photo sur le bureau, pas le moindre tableau accroché au mur, un bureau tout ce qu'il y avait de plus impersonnel.

— Père, il faut qu'on parle, commença-t-elle.

— Je ne reviendrai pas sur ma décision si c'est ce que tu veux, la coupa-t-il.

C'était à peine s'il avait relevé les yeux de son dossier ou arrêté d'écrire. Apparemment, il estimait que cette conversation n'avait pas lieu d'être.

— Mais pourquoi ? Je ne le connais même pas ce loup ! Pourquoi vous vous obstinez à vouloir gâcher ma vie !? laissa-t-elle échapper, refusant de s'avouer vaincu.

Enfin, son père releva les yeux vers elle. Parfois, Elina se demandait s'il était vraiment son père, car ils n'avaient rien en commun. Puis elle se souvenait qu'elle était albinos, et que le gène lui venait de son côté paternel.

— Premièrement, parce que ce loup saura te protéger. Deuxièmement parce qu'il est temps que tu passes à autre chose, Elina, tous les loups ne sont pas comme Julyam ! Et troisièmement parce que l'alpha a beaucoup insisté, tu sais à quel point tu es rare, c'est normal qu'il te veuille.

Le troisième point lui fit l'effet d'un coup-de-poing au ventre. Elina prit une brusque inspiration. Et la colère se remit à bouillonner dans ses veines.

— Pour faire de moi une pièce de collection ! cracha-t-elle. Comment pouvez-vous accepter ça !? Comment pouvez-vous être sûr que ce maudit Loup ne veut pas la même chose que Julyam ?!

Elle sentit des larmes lui monter aux yeux.

C'était une question un peu stupide, car personne ne savait réellement ce que voulait Julyam.

— Je ne changerai pas d'avis, jeune louve, parce que le bien-être de la meute...

—... Passe avant celui de l'individu ! le coupa-t-elle. Je sais. La meute passe toujours avant moi ou Noah ou mère !

— Si tu ne t'unis pas à Ethan, l'alliance sera rompue ! De plus, estime-toi heureuse qu'un futur alpha aussi puissant que lui veuille bien de toi malgré que tu te sois compromise !

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Exact, les alphas aimaient particulièrement que leur compagne n'ait jamais connu d'autre mâle qu'eux, ce qui n'était pas son cas, puisqu'à une époque elle avait cru pouvoir s'unir à Julyam. Foutaise.

Mais la conversation était close. Garret avait de nouveau les yeux posés sur son dossier, et il n'avait pas l'air plus ébranlé que ça par les larmes qui s'accumulaient dans les yeux d'Elina.

— Je vous déteste ! chuchota-t-elle avant de décamper aussi vite que possible.

En sortant du bureau elle percuta le futur alpha, lorsqu'il fit mine de la rattraper pour éviter qu'elle ne se blesse elle lui montra les dents. Et si son comportement ne lui plaisait pas, et bien qu'il aille chier. Elle s'en fichait.

Elina ne se transforma pas, elle aimait aussi courir dans les bois sous sa forme humaine, ça lui permettait de se dépenser plus rapidement et d'extérioriser les sentiments que la forme animale bloquait. De plus, elle ne voulait pas risquer d'attirer encore plus la convoitise d'Ethan sur son aura, visible dans les yeux de sa louve, s'ils venaient à se recroiser dans la journée.

Elle courut une bonne heure avant de ralentir. Exténuée par tant d'effort physique, elle se traina jusqu'à un ruisseau proche et but avidement.

Elina se lava la figure pour effacer toute trace de larmes de ses joues rougies par l'effort et s'adossa à un arbre les yeux fermés, écoutant les bruits de la forêt.

La plupart des gens pensaient que la forêt était un lieu paisible et silencieux. Ils avaient tort. Elina, elle, le savait. Elle entendait chaque grincement des branches d'arbres, chaque murmure du vent dans les feuilles. Elle décelait le pas discret d'un petit rat, le piaillement répétitif d'un oiseau, la cour que se faisait un couple de tourterelle. Le bruit du pivert qui frappait rapidement l'écorce d'un chêne. Le couinement d'un écureuil. Le frottement d'une feuille morte qui s'envolait.

Le bruit en général, qui lui rappelait que malgré l'effondrement de sa vie, le monde continuait de tourner.

Un craquement similaire au bruit de pas d'un loup attira son attention quelques secondes avant que l'odeur caractéristique de son frère se fasse sentir : écorce et chocolat noir.

Elina releva la tête juste au moment où il se retransformait. Il était nu, mais ça ne la dérangeait pas plus que ça ; elle avait l'habitude. Petits, ils se baignaient ensemble et lorsqu'ils avaient pu se transformer, ils jouaient à la bagarre dans la forêt, tantôt loup, tantôt humain.

— Qu'est-ce que tu fais là, Noah ? demanda-t-elle en détournant le regard par politesse.

— Je patrouillais et toi ?

Elle soupira dépitée et ils se lancèrent un regard entendu.

— Il n'a pas voulu entendre raison, hein ?

Elle lui raconta la brève rencontre avec son père le matin même, omettant volontairement celle avec Ethan et le moment où elle lui avait montré les dents.

— Pour la meute, conclut-elle.

— Bon, écoute, petite sœur, je suis désolé de ne pas te l'avoir dit, mais père m'a fait jurer le secret.

— Pourquoi moi ? Il n'y a pas une autre solution ? Peut-être qu'on pourrait lui offrir cinq de nos plus belles louves...

— Tu ne veux pas le faire, mais tu serais capable de condamner cinq louves ?

Elle grimaça face à l'accusation.

— Non..., avoua-t-elle.

Dans une meute, chaque membre avait son importance et la sienne était moindre comparée à cinq louves.

— Tu pourrais essayer au moins, peut-être que ça te permettra de passer à autre chose, d'avoir une nouvelle meute rien qu'à toi où ton encombrante famille n'aura aucun droit. Et puis c'est pour la bonne cause, non ? Pour sauvegarder l'alliance de nos meutes, il s'assit à côté d'elle et conclut d'un air badin. Et puis, il n'est pas moche.

Il sourit en faisant jouer ses sourcils. Elina hoqueta et regarda son frère d'un air faussement choqué, avant de rétorquer tout sourire.

— C'est vrai qu'il y a pire..., soupira-t-elle. Dommage que tous les beaux hommes soient des connards.

— Hé ! Ce n'est pas gentil pour moi ! protesta Noah.

— Qui a dit que tu étais beau ? s'étonna-t-elle ce qui lui valut un coup-de-poing dans l'épaule.

— Lucia a l'air de me trouver à son goût, rétorqua-t-il.

— Lucia a besoin de lunettes !

Elina enchaîna sur le récit de sa rencontre imprévue dans la salle de bain, sous les éclats de rire de son frère.

Elle se sentit un peu mieux après ce tête-à-tête avec Noah, comme toujours, il arrivait à la distraire en lui racontant mille histoires sur sa vie, la moitié inventée bien évidemment.

— Écoute, Lina, il faut aussi que tu saches que si ça ne marche vraiment pas, tu seras toujours la bienvenue dans la meute Hurlelouve. Mais uniquement si ça ne marche pas, s'il te fait du mal ou s'il va voir ailleurs. C'est inclus dans le contrat.

La jeune louve fut surprise par de telles paroles de la part de son frère.

— S'il va voir ailleurs ? répéta-t-elle, chagrine. Mais la fidélité, c'est sacré chez les loups...

Du moins, c'était ce que lui avait appris A'ma quand elle lui avait demandé pourquoi est-ce qu'elle ne s'était jamais remise en couple après le décès de son compagnon.

— Oui, bien sûr, mais seulement chez les Opposés et les amoureux, Lina, explique-t-il doucement, comme s'il craignait de la blesser.

Elina garda le silence, alors Noah soupira et se releva en lui ébouriffant les cheveux.

— Faut que j'y retourne. Réfléchis-y sérieusement, ce sera plus simple pour vous deux si tu acceptes. Parce que père ne renoncera pas et tu le sais.

Sur ses derniers mots, il se retransforma en un majestueux loup noir aux extrémités blanches de plus de cent kilos de muscles. Elle grimaça, à côté, sa forme animale était ridicule, un peu moins de cinquante kilos tout mouillés puisque la masse sous forme humaine se convertissait en masse animale.

Elina se leva en grommelant et épousseta ses vêtements avant de prendre le chemin du retour, passant et repassant les paroles de son frère. Elle n'était pas stupide, elle savait que Noah avait raison, que si elle acceptait sans broncher ça arrangerait tout le monde. Mais elle ne pouvait s'y résoudre sans trahir une promesse faite à elle-même.

— Jamais, chuchota-t-elle pour elle-même en serrant son poing contre son cœur. Je ne laisserai plus jamais un homme se servir de moi. Je ne tomberai plus jamais amoureuse. Et s'il faut que je trahisse ma parole, alors je lui en ferai d'abord voir de toutes les couleurs.

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