𝐬𝐞𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐞𝐧




Le vent souffle doucement entre les longues mèches de ses cheveux bruns, chatouillant ses pommettes hautes parsemées de taches de rousseurs, asséchant ses lèvres pulpeuses sur lesquelles elle avait prit le temps d'appliquer un gloss rosé ce matin. D'un doigt fin, elle replaça une de ses mèches volant doucement devant ses yeux derrière son oreille, reposant sa main sur la poignée de sa valise à roulette en cuir foncé. Ses yeux ne quittèrent pas une seule seconde le tableau lumineux sur lequel les voyages et noms de capitales aériennes se succédaient.

L'adrénaline se mélangeait à l'excitation que lui procurait l'idée de ce voyage, ses lèvres se pinçaient d'appréhension alors que ses joues rosissaient de plaisir. Serrant la poignée entre ses mains, elle sentit son cœur battre la chamade à la simple évocation de ses retrouvailles avec celui lui avait tant manqué.

- Tu as ton passeport et ton billet?

La voix grave de son père la fit détourner doucement ses yeux. Le vent frais de Tokyo faisait voler les journaux d'une vieille femme qui tenait un kiosque itinérant, entrecoupant le silence de la nuit fraîche qui surplombait la ville d'ordinaire bruyante.

Le seul bruit qu'elle entendait, c'était son cœur qui battait aussi fort qu'il le pouvait contre sa cage thoracique.

- Oui papa, ne t'en fais pas.
- Appelle nous quand tu arriveras, s'inquiéta sa mère.

Les mains serrées sur le bras fort de son mari, elle observait son unique fille à quelques minutes de son départ. C'était la première fois qu'ils la laissaient partir quelque part seule, l'angoisse leur montait à la gorge d'un pas feutré qu'ils ne connaissaient pas encore.

- Promis. Je dois y aller, mon vol vient d'être annoncé.

Comme pour confirmer ses dires, la voix claire d'une annonciatrice s'échappa des hauts parleurs positionnés un peu partout dans l'aéroport vitré.

- Le vol numéro 1473 en direction de Séoul en Corée du Sud va bientôt décoller. Tout les passagers sont priés de se rendre à l'enregistrement, nous vous rappelons que...

Mais déjà, ni la jeune femme ni ses parents n'écoutaient la voix davantage. Un bref regard leur suffit comme au revoir, même si la mère se contenait pour ne pas prendre sa fille dans ses bras. Mais elle la connaissait : sa progéniture n'avait jamais été une grande fan des effusions sentimentales, un trait de son caractère qu'elle avait certainement hérité de son père.

Lentement, elle tourna les talons, ses baskets blanches tapant le sol avec une frénésie des grands départs que toute personne ressent au moins une fois avant de prendre l'avion.

- Bon voyage Mei!

Et un grand sourire attrape les lèvres de la jeune femme japonaise.

𝐥𝐞𝐦𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐝𝐚

Sa grande main veineuse caressait toujours doucement, avec une lenteur calculée, le ventre arrondit de Beignet. Le pelage clair du chat contrastait avec le jeans noir sur lequel il était paresseusement couché, appréciant apparemment d'être allongé de tout son long sur les cuisses de Yohkomura Ryosuke.

Raein, assise sur la chaise de son bureau, ayant enfilé le premier jeans trop large qui lui passait sous la main, regardait la scène avec des joues encore rouges de gêne.

Ryosuke l'avait vu en culotte.

En culotte!

Elle n'en revenait pas, ce n'était pas possible d'être aussi malchanceuse actuellement. Mais, la jeune fille aux cheveux noirs qui avaient légèrement poussés, préférait largement observer l'air bienheureux du japonais alors qu'il caressait avec entrain le ventre du chat des Moon.

- Beignet semble bien t'aimer.

Elle avait lâché cette remarque avec un léger rire attendri, pliant une de ses jambes pour une son genou touche sa poitrine, en profitant pour poser son menton sur celui-ci. Peut être qu'elle avait dit ça pour entamer une conversation, s'affairant à briser le silence gênant dans lequel ils étaient entrés lorsque Ryosuke s'était tourné, dos à elle, pendant que Raein se dépêchait de se changer une fois qu'il fut entrer par la grande porte vitrée du balcon.

Assit sur les couvertures pastels, Ryosuke semblait faire tâche dans le décor doux de la chambre de jeune fille de Raein. Son jeans noir contrastait avec le bleu clair qui l'entourait, tout comme les bagues noires à ses doigts ou celle surmonté de ce qui ressemblait à un rubis à son index gauche. Néanmoins, le garçon se sentait apaisé par l'odeur de vanille qui embaumait la pièce, ajoutée par les quelques plantes vertes posées sur le bureau de la terminale.

Lentement, pourtant sans cesse de caresser le ventre alourdi du chat sur ses cuisses, le japonais leva les yeux vers la jeune fille.

- Il s'appelle Beignet?

Il l'observa alors qu'elle rougissait légèrement. Elle avait l'air fatigué, de légères cernes se battaient contre ses yeux alors que ses cheveux étaient à moitié attachés dans un chignon mal fait. Des mèches tombaient ça et là sur son visage et, Ryosuke se retint de se lever pour y passer ses doigts.

- Oui, quand j'étais petite je trouvais qu'il avait la couleur des beignets, rigola Raein.
- Oh, je vois. Maintenant il en a aussi la forme alors.

Les deux rigolèrent doucement, sans se quitter des yeux et, Beignet cessa tout ronronnement, ouvrit un seul œil agacé, lorsque le jeune homme arrêta ses caresses, son visage redevenant sérieux.

Comme si elle savait ce qu'il allait dire, Raein détourna son regard devenu soudainement triste pour le planter sur le ciel bleu qu'elle apercevait par les vitres de son balcon par lequel il était arrivé. D'ailleurs, comme avait-il réussi à atterrir ici?

- Tu tiens le coup?

Lentement, elle hocha la tête, pinçant ses lèvres pour éviter de pleurer.

Non, elle ne tenait pas le coup, elle avait envie de hurler constamment. Leur classe lui manquait, Wheein et Miho lui manquaient. Elle avait enfin réussi à avancer et son père lui enlevait tout ça pour une raison qu'il ne voulait même pas avouer.

Raein ne comprenait rien.

- Je vais te croire parce que je pense que tu n'as pas envie d'en parler. Ton père est têtu, même quand je lui ai parlé il a fini par me rembarrer. Ah, vraiment...

Raein tourna rapidement la tête vers lui, alors qu'il reprenait ses caresses distraites sur le ventre de Beignet qui, content, recommença à ronronner.

Les joues rouges, de plaisir ou de gêne, elle s'exclama :

- Tu es allé lui parler?!
- Bien sûr, sourit-il sans quitter Beignet des yeux. Tu crois que j'allais le laisser décider à ta place? On s'est fait une promesse je te rappelle. Je suis du genre à tenir mes promesses, mais si tu changes de lycée ce sera trop compliqué.

Raein l'observa en silence, regardant ses cheveux de deux couleurs différentes se mélanger distraitement sur son crâne, ses mèches ramenés en arrière découvrant les côtés rasés de ses cheveux. Ses nombreux piercings brillaient sous les rayons du soleil malgré le titane noir dont ils étaient fait. Son profil droit et mate semblait plus doux qu'a l'accoutumée et, ses yeux noisettes s'illuminaient à chaque fois qu'il souriait sans s'en rendre compte alors que Beignet attrapait sa grande main entre ses deux pattes.

Le chat en profita pour mordiller son pouce sans trop lui faire mal, le faisant doucement ricaner alors qu'il continuait ses caresses de ses doigts libres.

Les petites canines du chat essayèrent de se planter sur la bague plutôt large que le garçon portait au pouce sans grand succès, agaçant le gros chat.

- Tu vas finir par te casser une doigt et faire mal à Ryosuke! S'exclama Raein.

La jeune femme se leva sans même y réfléchir plus longtemps. Rapidement, elle prit place aux côtés du japonais sur son lit, posant ses fesses sur le coin du lit alors que ses mains attrapaient celle prisonnière du garçon.

Calme, mais sans perdre son sourire amusé, Ryosuke la laissa attraper sa grande main entre les siennes, plus petites, l'amusant encore davantage. Comparé à lui, elle avait l'air d'une petite souris et, le poids sur ses cuisses disparu alors que Raein attrapait Beignet sous ses pattes, le portant contre sa poitrine.

Tel un automatisme que le matou avait acquis depuis des lustres, il se blottit en boule contre le issu doux du long t-shirt de Raein avant de fermer ses yeux de contentement.

- Quelle sale manie de s'endormir alors que tu fais une bêtise, grogna Raein.
- Il ne m'a pas fait mal.

Ryosuke leva ses yeux vers les siens et, un instant elle le regarda avec des yeux interrogateurs avant qu'elle n'ouvre la bouche :

- Cet idiot a déjà avalé l'alliance de ma mère comme ça, tu veux que je te raconte comment elle l'a récupéré?

À l'allusion sale, le japonais grimaça, retroussant son nez de manière dégoûtée, la faisant rire alors qu'elle croisait ses jambes, remontant le chat contre ses seins.

C'était bizarre de la voir aussi relâchée. D'ordinaire, elle ne riait pas autant devant lui, ou alors elle s'en empêchait de peur de le déranger. Mais désormais, elle devait être fatiguée et il se doutait bien que son père ne la laissait pas sortir si souvent que cela.

Un soupir s'échappa des lèvres du japonais, la faisant se tourner vers lui.

- Franchement...

Il se laissa choir contre son matelas, le dos contre ses couvertures alors que son avant bras tomba sur ses yeux, les cachant de la vision de Raein.

La jeune femme pinça ses sourcils avant de détourner son regard. Dans son mouvement, le garçon avait fait se lever son vêtement, découvrant légèrement le bas de son ventre et le début de sa hanche. Raein ouvrit doucement la bouche pour le lui faire savoir, son cœur battant dans sa poitrine sans qu'elle ne sache réellement pourquoi cette simple vision la faisait presque transpirer de peur, mais soudainement un bruit sourd la fit sursauter.

La porte d'entré venait de se fermer à l'étage du dessous.

Les yeux écarquillés, Raein attrapa Beignet d'une seule main contre elle avant de se lever précipitamment. Son autre main agrippa le genou du japonais, le faisant lever un sourcil alors qu'il se rasseyait.

- Mon père vient de rentrer!

L'annonce ne lui fit ni froid ni chaud au début, cependant lorsqu'il vit l'air paniquée la jeune fille et ses yeux devenus déjà larmoyant, il se dépêcha de se relever.

Sans un mot échangés de plus, elle ouvrit lentement les grandes vitres de son balcon, lui permettant d'y accéder. Il passa une de ses longues jambes par-dessus la rembarre du balcon mais, avant qu'il ne disparaisse, le garçon lui tendit un morceau de papier froissé qu'il venait de sortir de sa poche.

Avec une tendresse qu'elle n'avait encore jamais dans ses yeux bruns, le garçon lui sourit avant de chuchoter :

- Tout ira bien.

Elle s'empêcha de hoqueter de surprise lorsqu'il se laissa tomber dans le jardin privé de la famille Moon par lequel il était arrivé un peu plus tôt, grimpant vers le balcon de la jeune fille que Wheein lui avait indiqué lorsqu'il avait interrogé la jeune fille.

Mais déjà, la voix de son père l'interpellait.

- Raein! Tu es là?
- Oui papa! Lui répondit-elle.

D'une main tremblante, elle déplia le papier froissé, laissant Beignet glisser contre sa jambe jusqu'à ce qu'il puisse poser ses quatre pattes au sol. Lentement, elle lu les quelques mots griffonnés d'une main peu assurée.

'09-1839-****-*****
appelle moi si tu as besoin
what you want - the oral cigarettes'

Raein devina aisément que Ryosuke avait griffonner son numéro de téléphone suivit d'une de ses musiques qu'il écoutait toujours avec le volume à fond.

Un petit sourire explosa sur ses lèvres avant qu'elle ne prenne place derrière son bureau d'un air distrait, gardant le papier entre ses doigts.


𝐥𝐞𝐦𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐝𝐚


Ryosuke laissa un long soupir s'extirper de ses lèvres alors qu'il passait une main dans ses cheveux, mélangeant les deux couleurs de ses mèches. Si Miho avait été la, elle lui aurait déjà frappé la main, se dit-il en souriant.

Il se dirigea d'ailleurs vers la maison des Park où sa meilleur amie avait été obligé d'élire domicile. Désormais, il était loin de la résidence des Moon et l'adrénaline qu'il avait ressenti, d'abord en grimpant au balcon de Raein, ensuite en le descendant, disparaissait de son corps à petit feu.

Son cœur battait la chamade mais, malgré tout, il se sentait serein.

Ça lui avait fait plaisir de voir Raein et de pouvoir parler avec elle. Il ne savait pas réellement pourquoi il y était allé, mais il avait besoin de s'assurer qu'elle sache qu'il ne la laisserait pas. Ni lui, ni ses autres camarades. Ils étaient bien décidés à la ramener dans leurs classes, mais monsieur Moon semblait bien têtu.

Quelque chose chez Raein attirait Ryosuke pour une raison qu'il ignorait. Elle était fragile, petite, douce, d'une douceur qui ferait pâlir la plus délicate des fleurs de lys blanche, ses cheveux noirs brillaient constamment alors qu'elle les attachait régulièrement. Il aurait tellement voulu y passer ses doigts pour en apprécier la douceur chatouilleuse. Quelque chose chez elle faisait fondre son cœur, quelque chose qu'il avait déjà ressenti avec quelqu'un d'autre. Cette sensation de vouloir protéger cette fille, de vouloir la garde près de lui.

C'était inexplicable et pourtant, il ne voulait pas refaire les mêmes erreurs. Il devait garder la tête froide, Raein était une amie.

Comme un signal d'alarme qui lui rappelait qu'il se mentait sûrement à lui-même, son téléphone portable se mit à sonner et, lorsqu'il le retira de son portable, se disant que Raein n'avait pas mit longtemps avant de l'appeler, le garçon fronça ses sourcils en lisant le nom qui s'afficha sur son écran tactile.

Son souffle se coupa, à nouveau, comme à chaque fois qu'il relisait ce prénom.

Et, pour la première fois, en repensant à Raein qui ne semblait rien lâcher, Ryosuke eut le courage décrocher avant de répondre :

- Allô?
- Ryosuke? C'est Mei!

Sa voix enjouée lui donna la chair de poule. En plein milieu du trottoir, le garçon s'arrêta net, faisant râler plusieurs personnes qui tentaient de continuer leur chemin habituel.

Dans sa poche, son autre main se serra en poing.

- Arrête de me contacter Mei! Je veux plus rien à voir avec toi!

Sa voix grave et blanche gronda contre les oreilles de Mei mais, la jeune femme ne se démonta pas. Elle avala rapidement sa salive.

- Je suis à Séoul, Ryo.

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𝐥𝐞𝐦𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐝𝐚

alala le retour de mei :/
ChaeRin567

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