Hic - Partie 2

Elles arrivèrent à l'infirmerie. « Bien ! » s'exclama la soldate. « Mets-toi en sous-vêtements. Je dois m'assurer que ton développement musculaire est assez avancé. » L'autre obtempéra, et sa supérieure l'observa un instant.

« Tes abdos sont très justes... Tes bras, n'en parlons pas. Mais tes jambes sont très bien, elles. C'est sur ça que repose toute la manœuvre tridimensionnelle. Tu faisais du sport, avant ?

— De la course et du vélo.

— Ah... Oui... Du vélo ?

— Je ne sais pas comment expliquer, mais ça fait les jambes.

— Parfait ! »

Elle lui tendit une balance, sur laquelle la chercheuse grimpa. « Cinquante-six kilos. Et ta taille... » Elle la mesura. « Un mètre cinquante-sept, à vue de nez... C'est bien. Il te faudra un harnais de petite t... » Elle fronça les sourcils.

« Ah, non, tu as pris un centimètre et demi.

— C'est vrai ?! Donc, je mesure cent cinquante-huit centimètres virgule cinq, et pas cent cinquante-sept ?

— Exact ! »

La jeune scientifique poussa un petit cri de victoire. Son interlocutrice rigola, et elle se rhabilla. Elles se dirigèrent vers les vestiaires, où on lui présenta le fameux harnais, constitué d'innombrables lanières de cuir.

Elle le tripota à droite et à gauche, incapable de savoir dans quel sens elle le tenait. Il est mêlé, ou quoi ? Elle se tourna finalement vers Hansi, qui lui présenta deux morceaux de cuir. « Mets tes pieds ici. » Elle remonta ensuite le long de ses jambes ; les lanières se croisèrent juste au-dessus et derrière son genou. Cela fait, elle resserra les deux cercles qui entouraient le haut de ses cuisses. Marion grimaça légèrement.

« Ça fait mal ?

— Un peu, avoua-t-elle. C'est vachement serré... J'ai l'impression que ça va couper la circulation de mon sang.

— Ça n'est jamais arrivé, ne t'en fais pas. »

Elle l'aida à positionner la ceinture autour de sa taille et derrière ses fesses, puis assembla l'autre partie autour de sa poitrine. A la grande surprise de la jeune scientifique, celle-ci resta parfaitement en place. C'est magique.

La partie en fer située dans son dos épousa parfaitement son corps en une sensation presque agréable. Elle enfila ensuite la veste courte du Bataillon d'Exploration et les bottes hautes en cuir. Le harnais s'enfonçait dans sa peau à chacun de ses mouvements ; elle retint plusieurs gémissements de douleur et se leva en s'époussetant les genoux.

Je suis en uniforme. Ça fait trop bizarre... songea-t-elle en repensant aux différents cosplays qu'elle avait pu voir dans les conventions où elle était allée. Ceux-là seraient affreusement jaloux face à un équipement authentique. Enfin, il est loin d'être confortable, par contre...

Elle suivit la femme d'une démarche peu assurée jusqu'aux terrains d'entraînement.

« Eh bah ! s'exclama Conny en la voyant arriver. On dirait que t'as un balai dans le fion !

— Parle pour toi, grommela-t-elle en lui donnant une petite tape dans l'épaule. Ce truc est affreux.

— Personne n'a jamais dit que c'était une partie de plaisir. Mais, pourquoi tu le portes, au fait ?

— Ah, comme ça, pour m'amuser. »

Il la gratifia d'une expression stupéfaite alors qu'elle s'approchait d'un dispositif pour évaluer les toutes jeunes recrues à la manœuvre tridimensionnelle. La chef d'escouade la plaça au centre et attacha deux câbles en fer aux boucles positionnées sur sa ceinture.

« Bien. Lorsque je les tendrai, tu décolleras du sol. » De rares curieux s'approchèrent, surpris ; elle reconnut Armin en béquille, qui l'encouragea d'un petit sourire.

« Dis... C'est compliqué ?

— Le test d'aptitude ? Ça dépend des gens, répondit la combattante. Si ça se trouve, tu vas te rétamer ! Ou réussir à peu près, comme on l'attend de la plupart des gens.

— Je vois... »

Elle souffla un bon coup. « Bon, bah, c'est parti, je suppose. » L'autre commença l'opération ; elle sentit les cordes se tendre, et son corps peser sur la ceinture. Elle serra les dents lorsque ses pieds se décollèrent de la terre.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se trouva à une trentaine de centimètres du sol. Hein ? Son poids se répartit sans souci sur les lanières sous ses pieds ; automatiquement, elle s'assit légèrement dans sa ceinture pour limiter les efforts sur ses abdominaux.

Aucune sensation particulière ne lui vint, si ce n'est qu'elle avait l'impression de se trouver debout sur les pédales de son vélo. Mais... Mais c'est simple, en fait. Ses cuisses la chauffaient légèrement, sans douleur ; son dos, lui, restait tranquille, reposé sur la partie en fer.

« Comment tu te sens ? demanda sa supérieure avec entrain.

— Je sais pas... Normale, déclara-t-elle, surprise.

— Essaye de te balancer d'un pied à l'autre.

— Ah... souffla-t-elle en essayant. Ah, ça fait un peu plus mal, d'un coup. »

Elle dut forcer pour rester en équilibre ; mais ses mouvements, d'abord hésitants, se firent plus souples au bout de quelques essais. Dix minutes plus tard, ses muscles commencèrent à sérieusement la brûler, mais elle resta en place du mieux qu'elle put.

« Je pense que c'est bon pour le moment », déclara Hansi en la laissant descendre. L'adolescente s'appuya contre un poteau en soupirant. « Test d'aptitude réussi ! Tu peux passer à la pratique. » Hein ? Son aînée la tira par le bras jusqu'aux écuries. Elle se fout de moi ? Je viens à peine de commencer !

« Eh, Hansi... hésita-t-elle alors qu'elle mettait rapidement la bride de Bartholo. Tu es sûre de toi ? C'est pas... C'est pas vachement tôt ? Je viens juste de tester, là...

— Je comprends ce que tu veux dire, mais nous n'avons pas une seconde à perdre. Tu dois être capable de t'enfuir en manœuvre tridimensionnelle dans cinq semaines. C'est très peu, tu sais. Normalement, l'entraînement se fait sur trois ans. Enfin, on ne va pas te demander d'être capable de tuer un titan... C'est pour ça que c'est faisable si tu te donnes à fond.

— Ouais... »

Elle serra la sangle de l'étalon alezan, le cœur battant. L'appréhension la gagna alors qu'elles se dirigeaient vers une forêt en contrebas, trottant au travers d'une prairie. Le vent souffla dans ses cheveux, l'apaisant légèrement. Je peux le faire. Bon, je vais sûrement me casser la gueule... Mais c'est nécessaire...

Les lanières s'enfoncèrent un peu plus dans ses jambes lorsqu'elle descendit de cheval. Elles se trouvaient dans une clairière entourée d'arbres et longée par un mur naturel de roche claire. De petites pousses sortaient timidement des rares fissures de la falaise, dans l'espoir de goûter quelques rayons de soleil.

Un étrange dispositif en bois était placé en hauteur. La femme ouvrit une boîte métallique et l'aida à s'équiper, avant de lui expliquer le fonctionnement des manettes de commandement. « La première gâchette sert à projeter ton câble. Tu dois viser avec ton bassin ; les pointes sortiront des petits trous que tu vois ici et là. La seconde sert à régler ta consommation de gaz compressé, qui te servira à te propulser. On s'occupera des fourreaux après. »

La jeune fille testa un instant le dispositif. Les détentes résistèrent un instant, mais elle parvint à s'y habituer après quelques essais. « Tu vas essayer d'escalader ce pan de mur. Ne t'en fais pas, tu auras une sécurité : je t'enverrai une corde de là-haut. Tu es prête ? »

L'autre inspira un grand coup, tentant de chasser l'angoisse qui la gagnait. « Oui », déclara-t-elle finalement. La chef d'escouade se plaça en quelques secondes au sommet de la falaise de dix mètres de haut, et la jeune scientifique vérifia plusieurs fois le dispositif de sécurité, attaché à sa ceinture.

« Vas-y, je réglerai la longueur en fonction de ton avancement. » Elle hocha la tête et actionna l'axe droit, qui se planta trois mètres au-dessus de sa tête. La force de propulsion la fit légèrement reculer. Elle pinça les lèvres et fit de même avec l'axe gauche.

« C'est parti », murmura-t-elle en se lançant. Le mur se rapprocha à une vitesse bien plus élevée que ce à quoi elle s'attendait ; elle s'écrasa contre la roche et divagua de manière incontrôlée, pendue aux deux câbles la tête en bas.

« Et merde ! » Le sol se mit à tourner sous elle alors que le vertige la saisissait. Elle serra les dents. Hors de question que ça arrive maintenant ! Elle se balança plusieurs fois, puis parvint tant bien que mal à se redresser, jouant du peu de muscles abdominaux qu'elle avait.

Là, elle put se nouveau s'appuyer sur les sangles sous ses pieds et sur sa ceinture, comme au test d'aptitude. Ne regarde pas en bas, se répéta-t-elle en tentant de se détendre. « C'est pas mal ! Continue, tu en es au tiers ! »

Elle acquiesça, essoufflée, et détacha doucement ses mains de la paroi. Elle retrouva un équilibre à peu près correct et détacha l'un de ses câbles, forçant sur ses jambes pour ne pas perdre de nouveau le contrôle.

Elle s'appuya sur sa gauche et recommença plus lentement. Au bout de trente fastidieuses minutes, elle rejoignit Hansi, qui lui donna une tape dans le dos.

« Bien, tu as le truc. Il faut que tu recommences. Tu veux un peu d'eau ?

— Je veux bien, merci, ahana l'intéressée. »

Elle réitéra plusieurs fois, jusqu'à réduire son temps de cinq minutes. Au moment où se soleil se cacha derrière le Mur, les plongeant dans une semi-obscurité, la guerrière redescendit à terre, imitée plus maladroitement par sa subalterne qui manqua de tomber une énième à la renverse.

« Tu fais de beaux progrès. Tu devras recommencer ça tous les jours, d'accord ? » Elle la suivit jusqu'à la caserne, les paupières lourdes et les membres douloureux. Ça s'annonce bien, tout ça... ironisa-t-elle. Enfin, au moins, j'ai plus ou moins contrôlé mon vertige.

Elles remirent les chevaux dans leur box et rejoignirent le réfectoire. Et puis... C'est un pas de plus vers mon retour à la maison. Tout ça n'est pas vain. Peut-être que ce qui m'attend à Shiganshina est une porte de sortie...

Lien vers l'image : https://www.zerochan.net/1602889

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