𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟒𝟐






𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄  𝟒 𝟐

























           JE N'AI QU'UNE seule envie : rentrer dans ma chaumière et oublier entièrement l'existence du duc Fusiguro. Cependant l'impératrice n'est pas de cet avis.

           Et quand Egarca Evilans requiert la présence d'une personne, elle ne la négocie pas.

— Vous pouvez vous relevez.

           Aujourd'hui, cette personne est moi.

           Quittant ma position agenouillée, je me redresse de tout mon long. Droite, j'observe l'impératrice qui m'a reçu dans ses appartements privés.

           Habillée d'une longue robe noire, elle contraste avec le décor fait d'or et de marbre. Son menton se relève fièrement, me jaugeant, tandis que sa main caresse affectueusement la crinière d'un lion assis à ses côtés.

           Je frissonne face à cette vision. Sans même la couronne, sa souveraineté s'impose à nous.

— Inutile de te rappeler ce que mon tendre Hector t'a déclaré. Sullyvan t'a désigné pour venir le chercher. Alors tu iras.

— Sauf votre respect, je ne sais pas où aller.

           Ses lèvres peintes d'obsidienne s'ourlent en un sourire venimeux. Elle sait que je n'ai aucune envie de me lancer à leur poursuite. Elle a conscience que je tente simplement par tous les moyens de me défiler.

           Seulement quelque chose me dit qu'elle a prévu chacune de mes issues et les condamnera.

— Inutile de protester. Je ne te demande pas de retrouver le duc donc il n'y a aucune raison que tu ne veuilles pas accomplir cette mission.

           Ses ongles longs grattent l'arrière de l'oreille de son animal.

— Et puis... Tu ne crois pas que tu aurais intérêt à remercier Sullyvan de t'avoir fait connaitre la vérité sur ton amant ?

           Je frissonne à ce dernier mot. La femme sourit, comprenant que je ne compte pas débattre son ordre.

— Sullyvan retournera sûrement à sa terre d'origine. Les Evilans. Le sol de ma nation, de mon peuple.

           Je ne savais pas qu'il provenait de cet endroit. Un frisson me parcourt, soudain mal à l'aise à l'idée de bien comprendre la suite de sa demande.

           Le désert des Evilans est aussi somptueux que dangereux.

— Je vois sur votre visage que la mention de ces terres ne vous laisse pas de marbre.

           Je ne réponds pas. Je n'ose rien dire.

           De chaque côté du canapé, des femmes armées se tiennent. Plus loin, des servants demeurent immobiles, prêts à bondir à la moindre demande de l'impératrice. Nul ne pipe mot. Tous demeurent en suspens.

           Ecrasés par son aura.

— Ne vous en faites pas. Jamais je n'aurais la sottise de vous envoyer là-bas seule. A vrai dire... Je compte même vous offrir quatre armes de choix.

           Je tente de dissimuler ma surprise.

           Des armes ? Je ne sais en manier aucune. Jusque-là, Ménélas s'est seul chargé de ma protection. Je n'oublie d'ailleurs pas que cette femme semble, comme moi, être capable de l'entendre.

— Dis-moi, que dis-tu de... La téléportation, la pétrification, le contrôle absolu et la manipulation du temps ?

           Je déglutis péniblement, sachant précisément à quoi elle fait allusion.

           La téléportation. Pouvoir des Taureaux.

           La pétrification. Pouvoir des Scorpions.

           Le contrôle absolu. Pouvoir des Lions.

           La manipulation du temps. Pouvoir des Balances.

— Vous... Vous voulez me donner une escorte ?

— Ils aiment se la jouer électrons libres mais les pages ancestraux sont sous mon service. Et ils le savent pertinemment. Je peux disposer d'eux comme bon me semble.

           Je le sais bien. Cependant quelque chose me chiffonne...

           A quel point Sullyvan est-t-il dangereux pour qu'il me faille quatre prêtres et prêtresses pour aller le chercher ? Serait-t-il de la même trempe qu'une Lycus ?

           Impossible.

           Les ouïe-dires ne donnent à son héritier qu'une trentaine d'années maximum. Il ne peut en aucun cas rivaliser, en termes de puissance, avec une femme d'une soixantaine d'années aux gênes elfiques.

           Se pourrait-t-il alors que l'obstacle qu'il nous faille surmonter soit quelqu'un d'aussi puissant... Comme l'Ange de la Mort ?

— Il est possible que Sullyvan soit avec l'Ange de la Mort. Si ce dernier ne consent pas à relâcher Sullyvan...

— Je vois que tu as compris, me coupe l'impératrice dans un sourire. Là est le problème majeur que tu vas devoir surmonter... Je pense que notre ami commun, malgré la bonté que j'ai toujours cru voir en lui, a quelques comptes à régler qui expliquent la raison pour laquelle il s'en est allé si brutalement.

           Je déglutis péniblement.

           Parmi ces comptes-là se trouve mon sacrifice. Je ne suis donc pas sûre d'être particulièrement enjouée à l'idée d'aller le retrouver.

           Soudain, Egarca fait un geste de la main. La soldate à sa droite frappe le sol de sa lance à quatre reprises. Aussitôt, entre moi et l'impératrice, quatre silhouettes agenouillées apparaissent.

           L'air s'épaissi brutalement et les poils de ma nuque se hérissent. Mon cœur palpite avec ferveur et je ne peux retenir l'épaisse couche de sueur couvrant mes mains.

           Leur magie est si puissante que mon corps y réagit physiquement.

— Vous nous avez appelés, Votre Majesté.

— Exactement. Lève-toi.

           L'homme ayant parlé d'une voix d'outretombe se place debout. Se retournant, il me fait face. Je reconnais aussitôt les locks nouées sur la tête ainsi que ses imposants bras tatoués.

           Hank. Prêtre Taureau. Le détenteur originel de la pierre émeraude.

— L'homme ici t'amènera au désert des Evilans et t'y guidera. Une fois que vous aurez mis la main sur Sullyvan, vous n'aurez qu'à revenir aussitôt en usant de son pouvoir. Fushiguro, même avec ses ailes, ne pourra pas le suivre.

           L'homme acquiesce.

— A côté. Lève-toi.

           La femme se plaçant soudainement face à moi m'est aussi familière. Elle était là, le jour où j'ai découvert que la personne qui me visitait en rêve n'était pas Némésis mais l'Ange de la Mort.

           Yeon. Prêtresse Scorpion.

— Je suppose que le meilleur moyen de progresser rapidement dans ce désert garni de monstruosités est de pétrifier le danger. Yeon te permettra d'avancer plus aisément.

           La femme, sous son chignon traversé de perles d'aigue-marine, acquiesce. J'observe ces dernières, me demandant à nouveau pourquoi elle a décidé de renoncer à la véritable pierre des scorpions pour se concentrer sur celle-ci.

           Existe-t-il une histoire sombre derrière cela ? Comme celle de Lycus ?

— A côté. Lève-toi.

           La nouvelle femme qui me fait face m'est familière car je l'ai vue au conseil. Mais elle a fait partie des personnes silencieuses qui ont attendus que l'effervescence s'apaise.

           D'un foulard enroulé autour de sa tête à la manière d'un turban s'échappe quelques mèches noires. Celles-ci, coulant autour de sa mâchoire carrée, forment un contraste avec sa peau brun clair. Ses pommettes, hautes, et son nez en trompette, font ressortir l'éclat de sa bouche marronne. L'intensité de ses yeux, marqué par un pli épicanthique, traduit l'autorité naturelle de son signe.

           Giaa. Prêtresse Lion.

— Là-bas, vous devrez enquêter. Du moins, si Sullyvan n'a pas été assez écervelé pour se réfugier dans le trou paumé lui servant de village natal, vous commencerez par là. Et, avec son pouvoir, notre amie pourra exiger la vérité.

           Je suppose qu'emmener Hector serait plus adéquat... Cependant Giaa pouvant faire exécuter n'importe quel ordre qu'elle prononce, elle aurait sans doute aussi un grand pouvoir en combat.

— Lève-toi.

           La dernière se lève, sous son imposante crinière de feu. Ses cheveux, frisés, sont lâchés sur ses épaules, complimentant les taches de rousseur ornant ses bras dénudés. Son nez en trompette lui confère un air ingénu me rappelant sa douceur, lors de mon procès.

           Mael. Prêtresse Balance.

— Elle..., lâche l'impératrice dans un rire. Disons que le moyen de pression est le bon.

           Le regard profondément triste de Mael s'assombrit et elle baisse la tête. Ses mains se joignent devant son ventre habillé d'une robe blanche. Mon regard s'attarde sur ces dernières et mon souffle se coupe.

           Une fine chaine, à peine plus épaisse qu'un fil de laine, passe autour des poignets de la femme en un mouvement complexe avant de remonter jusqu'à son cou.

           Lorsque j'ai vu ce serpent de métal autour de sa gorge, j'ai d'abord cru à un bijou sophistiqué. Cependant, il s'agit bien de menottes.

           Mael n'est pas là en qualité de prêtresse mais de prisonnière.

— Sais-tu ce que signifie Mael dans la plupart des langues parlées dans le désert, sephtis ?

           Je frissonne. Oui. Je le sais.

— Disgrâce.

           Mes épaules se contractent. Il est vrai que ce nom n'est pas commun pour les femmes. Cependant, jamais je n'avais envisagé le fait qu'il puise être davantage qu'un prénom.

           Qu'il puisse s'agir d'un titre. D'une punition.

           Comme le mot « sephtis » employé pour me désigner.

— Je suppose que ce mot est de mise, cingle l'impératrice. N'est-ce pas ?

           La femme ne répond pas, gardant la tête baissée.

— Elle a dû perdre son nom le jour où elle a enfanté ce démon de Sullyvan.

           Mon cœur se fige.

           Mael est la mère de Sullyvan ?
























alors ? vous êtes prêt.e.s ?

parce que j'ai vraiment
hâte de vous emmener
dans le désert des evilans

pour ceux qui me suivent
sur instagram, vous avez
déjà eu un avant-goût de
ce à quoi il ressemble !






















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