𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟑𝟔














𝐂 𝐇 𝐀 𝐏 𝐈 𝐓 𝐑 𝐄  3 6



























           JE NE SAIS PAS pour quelle raison Egarca Evilans m'a fait convoquer dans ses appartements privés. Quoi qu'il en soit, ma gorge est sèche et mes mains, moites, lorsque sa femme de chambre s'arrête au sommet des escaliers de marbre que nous venons de grimper.

           Elle observe la large double-porte blanche et incrustée d'or s'étendant devant nous. Ses deux poignets, semblables à des torsades, semblent avoir été taillées dans ce métal rare. Les rainures et détails ont été peints en cette teinte et quelques feuilles de la même couleur sont entrelacées autour, formant un cadre charmant.

           De chaque côté, deux colonnes de marbre s'étendent. Gravées en relief, des statues de femmes nous observent.

           Je ne comprends d'abord pas pourquoi la femme de chambre ne frappe pas à la porte. Quand soudain, l'une des dames gravées sur les colonnes s'anime et nous regarde.

— Déclinez votre identité.

           Mon souffle se coupe et mes yeux s'écarquillent lorsque je réalise à quoi je fais face.

           Deux colonnes de marbre posées autour d'une porte et rejointe par un cadran de feuille d'or...

           Il s'agit de l'Arcade des Evilans. Une porte façonnée par Héphaïstos lui-même pour récompenser les ancêtres des Evilans qui ont été les premiers à lui vouer un culte. Le Dieu forgeron leur a construit, en gage de sa protection inconditionnelle, cette porte que nul ne peut détruire.

           Il serait plus aisé de percer le mur autour d'elle.

— Sa Majesté a fait convoquer la duchesse Fushiguro.

           La deuxième colonne s'anime, me regardant avec curiosité. Ses yeux glissent le long de mon corps, inspectant la robe pourpre que j'ai enfilé — je n'allais tout de même pas me présenter à l'impératrice dans ma vieille cape.

— Bien. Disposez.

           Aussitôt, la servante tourne les talons. Je me redresse, m'attendant à ce que les portes s'ouvrent. Or les femmes demeurent, m'observant.

— Quel est ton nom ? Le véritable. Inutile de mentir, nous le saurons.

— Je n'en ai pas.

— Tout le monde a un nom.

— Je n'en ai plus.

           L'autre regarde sa jumelle, visiblement intriguée. Puis, elle m'accorde à nouveau son attention.

— Je vois... La cérémonie de l'Ash...

           J'acquiesce.

           Si nous ne montrons pas de pouvoirs assez tôt, nous sommes considérés comme maudits par les dieux. Alors, le jour de notre majorité, nous sommes conduits dans un sanctuaire où un mage nous dépossède de notre nom, nos connaissances sur nous-mêmes, nos souvenirs et notre date de naissance.

           Nous ne savons plus qui nous sommes ni à quel Dieu nous appartenons.

— Entre donc, Sephtis.

           Les portes s'ouvrent. Je déglutis péniblement et regarde l'intérieur s'offrant à moi. Mes yeux s'écarquillent.

           Je n'aurais jamais cru cela possible.

           Devant moi, un large hall s'étend. Le sol de marbre se creuse en plein milieu sur une piscine environ aussi grande que la salle du trône. Son eau turquoise remue dans un clapotis incessant.

           Autour, des colonnes soutiennent le plafond. Entre certaines, je distingue de larges fenêtres donnant sur les jardins. D'autre mènent à des portes. D'autres encore, à un assortiment de canapés blancs posés sur des tapis d'or. Cà et là, je distingue des statues à l'effigie de l'Olympe.

           Je suis dans un château. Qui se trouve lui-même dans un château.

Woaw...

— Impressionnant, n'est-ce pas ?

           Je me retourne vers la voix venant juste de retentir. Dès que je découvre l'impératrice, flanquée de deux suivantes dans leur robe blanche qui jure avec celle, noire, que porte la femme, je pose un genou à terre.

           Un léger rire lui prend et elle tapote ma tête, passant à côté de moi dans un parfum fleuri.

— Je ne vous ai sûrement pas faite venir dans mes appartements privés pour que vous me fassiez des courbettes, ma chère.

           Je me redresse aussitôt, mal à l'aise. La coutume veut pourtant qu'on s'agenouille devant l'impératrice...

           Me dépassant, elle me fait signe de la suivre. Dans mon dos, les deux blonds qui la servent ferment la marche. Nous traversons un déluge de pièce, toutes de marbre blanc et d'or, tandis qu'elle déclare :

— Vous n'êtes pas la seule à avoir remarqué l'absence de mon époux, lors de notre anniversaire. La raison n'est pas anodine.

           Elle me jette un regard par-dessus son épaule.

— Il a été gravement attaqué par une créature échappée du Tartare.

           Mon souffle se coupe brièvement et mes yeux s'écarquillent. Je me force de continuer à marcher, même si le choc manque de m'arrêter.

           Non, ce doit être une coïncidence. Il est impossible que...

— Nous deux savons très bien ce qui lui a infligé de tels sévices, déclare-t-elle. Des plaies jaunies et boursoufflées... Dans ses lettres, Toji m'a fait savoir que vous aviez traité bon nombre de patients souffrant de la même chose.

           Traité, oui. Guéris, en revanche...

           Je suppose que le duc n'aura pas non plus jugé utile de préciser qu'il savait pertinemment qui a fait cela. Je déglutis péniblement. L'Ange de la Mort ne s'en prend qu'aux sisnasas. En quoi Elio Evilans est-t-il mêlé à eux ?

— Le duc vous a fait venir ici, vous faisant passer pour sa femme, pour cette raison. Vous êtes la seule, pour l'instant, à être parvenue à sauver la vie d'une personne ayant été attaquée par cette créature. Mes médecins n'ont fait que le maintenir, sans le soigner.

           Mes sourcils se froncent. Je n'ai fait que maintenir une sisnasas en vie aussi. Puis, arrachant une pierre de sa poitrine, je l'ai condamnée à un quotidien de cauchemars éternels.

           Pourquoi, par Zeus, le duc est-t-il allé raconter à Egarca Evilans que je serais capable de soigner son époux ? A-t-il une simple idée de ce qui m'arrivera si j'échoue ?

           La femme s'arrête devant une porte ouverte. Je lutte contre l'envie de poser la main sur mon nez tant l'odeur de viande avariée me prend soudain. Elle observe l'intérieur de la pièce, tentant visiblement de garder la tête haute.

           Puis, elle entre.

           Je la suis. Mon regard tombe sur un bien sinistre spectacle.

           Les rideaux blancs tirés ne masquent que difficilement le soleil atteignant le large lit à baldaquin de marbre au centre de la pièce. Traversant les canapés posés sur un tapis, je gravis quelques marches et atteint le matelas où est étendu l'empereur.

           Mes yeux s'écarquillent alors de stupeur.

           Etendu sur le dos, l'homme ne remue pas. Sa peau hâlée est parsemée de bandages blancs imbibés d'un liquide presque noir que je devine être son sang. De la sueur perle sur son front et ses cheveux poivre et sel, ramenés en arrière, sont graisseux.

           Mais, surtout, sous son dos s'étendent deux ailes immenses et dorées. Si grandes qu'elles pendent au-delà du matelas.

           Elles sont presque identiques à celles de l'Ange de la Mort. Exceptée leur couleur.

— Qu'est-ce que c'est que...

— Elyo, mon époux, a combattu veillement afin de protéger un temple d'une invasion barbare. Il a été tué et, sur son lit de mort, j'ai prié celui à qui était dédié de temple, Apollon.

           Je me tourne vers l'impératrice dont la gorge se serre.

— Apollon est le dieu des lions et je suis lion. J'ai supplié le Dieu que j'adorais depuis des années de faire quelque chose pour mon époux qui était décédé en défendant son nom.

           Je me tourne à nouveau vers l'homme.

— Il l'a sacré. Changé en ange. Depuis, Elyo a des ailes dorées.

           Mes sourcils se froncent.

— Pourtant, personne n'en a jamais parlé. Il me semble que lors de ses apparitions publiques, il n'en p...

— Les anges peuvent se métamorphoser. Elyo apparait souvent, sans ailes. Mais parfois, il prend carrément l'apparence d'une femme. D'un autre homme... D'un ange... La seule chose qu'il ne peut pas changer est la couleur de ses ailes. Elles sont la marque d'Apollon.

           Mes sourcils se froncent.

— Cela veut dire qu'il peut se montrer à vous sous n'importe quelle forme ? Comment pouvez-vous savoir qu'il est bien qui il prétend là ? N'importe quel ange gracié par Apollon, avec des ailes dorées, pourrait se trouver sur votre lit.

           Sa Majesté acquiesce avant de saisir une fiole sur la table de chevet. Elle mouille sa main avant de projeter quelques gouttes sur lui.

           Je la regarde faire, interdite.

— De l'eau de lune faite en pleine lune. Qu'importe en quoi il se déguise, un ange montrera toujours sa vraie nature s'il est aspergé d'eau de lune.

           J'acquiesce, regardant l'homme.

           Ainsi, les Anges sont capables de métamorphoses...

— Dites-moi si vous savez besoin de quoi que ce soit.

           Elle s'apprête à s'en aller. Je la retiens.

— Par qui a été gracié un Ange avec des ailes noires ? je demande.

           Elle me regarde par-dessus son épaule. Elle doit deviner ce que je demande réellement car elle déclare simplement :

— L'Ange de la Mort a été gracié par Hadès.




























voici le trente-et-sixième
chapitre de cette fanfiction !

j'espère parvenir à le
publier malgré les gros
problèmes que me pose
wattpad en ce moment

j'espère que ça vous aura
plu !






























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