Forgotten memory

C'est le froid sur mon ventre qui me tire de mon sommeil. Je sens un tapis de feuilles mortes sous mon dos et entends un goutte à goutte régulier sur ma droite. Lorsque j'ouvre les yeux, un éclat soudain de lumière me rend momentanément aveugle. Après quelques instants de calme, un son étrange me parvient. Il est lointain, doux et mélodieux. Il n'est pas désagréable, presque relaxant. Il me semble l'avoir déjà entendu quelque part, il y a très longtemps. Si longtemps que je ne me souviens même plus où, ni comment. Je me redresse tranquillement, testant mes muscles, mes appuis tout en détaillant ce qu'il y a autour de moi. Non loin de mes pieds se trouve une veste à capuche noire toute simple, en boule, comme si je l'avais jetée précipitamment. Un reflet bleu attire mon attention à la périphérie de mon champ de vision et je me traîne tant bien que mal jusqu'à celui-ci. 

Je repousse les feuilles positionnées autour de l'objet et le découvre : une sorte de gourde de sport, d'un bleu canard. Elle semble remplie et je dévisse lentement le bouchon. Un liquide transparent et inodore se trouve à l'intérieur. Par sécurité, je n'en bois aucune goutte, préférant le garder pour plus tard, au cas où.

Un bruit soudain devant moi me tire de ma contemplation et j'aperçois un lapin brun positionné entre deux arbres, qui me détaille de ses deux grands yeux marrons. Je me relève doucement, fière de voir que je parviens à tenir debout. L'animal, effrayé, détale à toute vitesse sous un buisson. Je fais quelques pas, ramasse la veste, la secoue pour enlever la poussière et fouille les deux poches, croyant sans vraiment y penser trouver quelques indices.

Après un moment, j'ai l'étrange sentiment qu'il faut que je m'en aille de cet endroit. C'était comme un souvenir fugace des restes d'une ancienne terreur. La mélodie que j'avais entendue plus tôt ressurgit, plus forte et plus proche qu'avant. Je lève doucement la tête et observe les branches des arbres tentant de repérer la source de cette musique. J'aperçois, sur un bout de bois non loin de ma tête un petit corps brun pourvu d'ailes. Je n'avais jamais eu la chance d'en voir avant, mais on peut dire que je n'étais pas beaucoup sortie de chez moi. Le plus récent souvenir que j'ai d'une sortie à l'extérieur était lors de l'année de mes trois ans, alors que ma mère me tenait la main et m'entraînait à sa suite. Nous avions fait le tour de notre jardin admirant les fleurs et les insectes qui voletaient devant nous.

Quelques jours plus tard, elle était tombée gravement malade et personne ne m'avait laissée la voir. Elle était morte trois jours plus tard sans que je ne puisse lui adresser un seul mot avant son départ. Je n'ai qu'un très vague souvenir d'elle dans mon esprit, à vrai dire, je ne me souviens que de la couleur de ses yeux. Un vert profond et véritable. 

Et puis soudainement, la peur, la douleur et le froid me saisissent, m'emportant loin en arrière, dans La Boîte. Un espace si restreint que je pouvais à peine étendre mes jambes.

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