Bon Dieu ! Je n'avais jamais vu d'abdos aussi dessinés. Enfin si, j'en avais vu. Juste pas d'aussi près. Mais bordel de merde, pourquoi je voyais ses abdos ?
Il accrocha sa chemise au rétroviseur de l'Aston Martin sur lequel il était appuyé à mon arrivée. J'eus un bref aperçu de son dos tatoué avant de détourner le regard en déglutissant face au roulement licencieux de ses muscles sous sa peau laiteuse. Il ne m'avait jamais parlé de ses tatouages. Et pourquoi n'avoir touché qu'à son dos ? La vraie question était pourquoi ma vision avait tout à coup accès à son corps en pleine rue, nom de Dieu ?
Il répondit à mon affolement d'un ton presque détaché qui me fit remettre en question tout ce que j'avais cru savoir sur sa personnalité :
— J'ai reçu tes nudes. Tu penses que ça diminue ta valeur à mes yeux. Comme je n'ai pas de photos dénudées, vois-moi nu et on sera à égalité. Après, tu accepteras peut-être mon invitation à dîner... entre trainées.
Il était cinglé ! Je paniquai et tournai à gauche puis à droite, les yeux écarquillés. Imperturbable, Kwan défit son ceinturon, son regard d'ambre ancré au mien.
— STOP ! hurlai-je.
Ça n'avait aucun sens ! Aucun ! Si mon voisin policier débarquait par hasard, il pourrait l'arrêter pour attentat à la pudeur. Aurais-je le courage de le défendre ? Sinon, serais-je désignée comme complice ? Bon Dieu, pouvais-je aller en prison avec lui ? Pouvais-je rater mon vol parce que ce mec était complètement timbré et que je le découvrais à peine ?
— Tu ne peux pas faire ça ! m'exclamai-je, les pensées en vrac. Je pars demain !
— Alors donne-moi aujourd'hui que je te prouve à quel point tu te trompes !
— Ça ne servira à rien !
— Ça servira à passer du temps avec toi, comme je n'arrête pas d'imaginer depuis des mois.
Son expression générale me donnait tellement envie de le croire !
Ma bouche s'ouvrit puis se referma en silence à une fréquence qui me conféra vite l'air attardé. Pouvait-il être honnête ? Insisterait-il ainsi si c'était un mensonge alors que je lui avais donné toutes ces opportunités de dire la vérité ? Je ne survivrais pas à d'autres manipulations. Il n'avait pas intérêt à mentir ! Oh mon Dieu ! Je n'allais quand même pas le croire après tout ce silence ?
— C'est complètement débile ! m'écriai-je, paumée.
Il déboutonna son pantalon et un bruit de casse sur le balcon de la mamie m'y intrigua. Elle avait dû faire tomber quelque chose en se rapprochant pour ne rien manquer.
Kwan n'allait pas vraiment se déshabiller en pleine rue ! Il bluffait ! Je me souvenais l'avoir souvent trouvé trop intense, mais cet homme était presque milliardaire. Il avait un empire ; une réputation... Il n'allait pas vraiment faire ça pour rassurer une fille qui ne comptait même pas tant que ça. C'était de la manipulation et je n'allais pas y céder.
Une hanche cambrée, je me croisais les bras sous la poitrine et haussai le menton pour lui prouver que j'avais percé son petit manège à jour. Comme s'il avait deviné mes pensées, un petit sourire condescendant incurva ses lèvres trop rouges et le bruit sec de son zip me fit tressauter et paniquer comme pas possible.
Il est sérieux ! Merde !
— OK ! capitulai-je en tendant les mains devant moi. OK. T'as gagné. Un dîner ? D'accord. De toute façon, ça ne changera rien. Je pars demain. C'est inévitable.
— Alors accorde-moi tout le reste de la journée !
J'ouvris la bouche pour refuser, mais éclatai d'un rire ballot lorsque mes yeux tombèrent sur l'ourlet de son boxer Zimmerli. Plus bas, il y avait un ô très intéressant paquet. Et ce fut peut-être ce qui disjoncta quelques-unes de mes neurones. L'hystérie l'emporta sur mon excitation et tout le reste. Je m'étouffais de rire.
Mon regard ne fuit pas cette fois devant son physique sec et imposant, car je ne vivrais probablement plus jamais quelque chose d'aussi fou. Je me couvris la bouche de mes paumes dans une vaine tentative pour garder contenance. Mais mes yeux pleuraient déjà.
Ça ne pouvait pas être vrai ! Il n'était pas quasiment nu sur mon trottoir, aussi désinvolte et patient qu'un dieu. Son aplomb m'effrayait quelque peu. Je me demandais désormais de quoi d'autre il était capable. J'avais envie de connaître les limites de quelqu'un qui n'était pas ému par un tel acte.
Je n'aurais pas dû aimer la chaleur que son mystère diffusait dans ma poitrine. Je n'aurais pas dû me sentir aussi vivante et oublier que je menais encore un combat contre la dépression. Mais c'était le cas. Il avait cet effet sur moi.
Autant lui accorder le reste de la journée ! Je l'avais dit moi-même : ça n'allait rien changer. Je m'étais promis de ne plus reposer mes décisions sous l'influence d'un homme. Quelques moments avec lui n'étaient pas ce qui allait me faire rester en France.
— D'accord ! concédai-je après mon fou rire.
Je souriais bêtement. Depuis quand était-ce arrivé ? Je ne songeais même plus à une éventuelle manipulation. Et je n'arrivais même pas à me sentir coupable de baisser ma garde. Au contraire, je me sentais quelque peu puissante d'avoir été la motivation de cette folie, malgré la petite voix dans ma tête qui me servait un discours opposé où figuraient les mots " traînée " et " facile ". Le fait était que quelqu'un avait enfin réussi à lui arracher son mégaphone. Kwan.
— Je passerai le reste de la journée avec toi, confirmai-je devant son immobilité. Rhabille-toi !
Il hocha la tête, l'expression contente et j'aurais voulu affirmer que je ne profitai pas des secondes suivantes pour capturer chaque détail de ses hanches et de son buste de mannequin avant qu'ils ne disparaissent derrière sa chemise, mais ce serait faux. Les quelques lignes aperçues de ses tatouages m'intriguaient encore lorsqu'il en finit avec son dernier bouton.
Je fus au moins soulagée de ne pas être la seule à ne pas ressortir indemne de son show, car la mamie s'écria :
— Tu aurais dû le laisser finir !
Ma mâchoire se décrocha toute seule. Kwan se rapprocha, lèvres incurvées.
— Elle a raison. Tu aurais dû me laisser finir.
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