Je regardais les différents couloirs débouchant dans le hall, avant de reprendre la parole :
« Comme nos équipements de communication ne fonctionnent pas même à courte porté, il va falloir que l'on reste en groupe. Comme le bâtiment complet fonctionne en circuit fermé, je propose de commencer par ce couloir à gauche, qui mène au laboratoire numéro 1, et on fera ensuite le tour. Si on s'y prend de façon méthodique, et en imaginant qu'on ne trouve personne ni ne recontre d'obstacle, ça devrait nous prendre en gros une journée.»
L'escouade se mit alors à marcher à ma suite, Zadorov rangeant son microscope pour le moment. Chacun leva son arme afin d'éclairer le couloir envahi de cristaux, nous nous mîmes à avancer avec prudence. Durant de longues minutes, seul le crissement des cristaux sous nos bottes se faisait entendre. Les quelques salles que nous rencontrions étaient vides, pas forcément en en désordre, mais beaucoup semblaient avoir été abandonnées en hate. Aucune n'était épargnée par les cristaux, qui obligeaient parfois à se baisser ou se contorsionner pour entrer.
Alors que nous avancions, 'Kan pointa sa main rouge écailleuse vers un mur à quelques mètres devant nous et déclara :
« Je crois que c'est du sang.»
Je dirigeais ma lampe dans la direction qu'il indiquait et constatait qu'une longue trace d'un liquide sombre s'étalait sur un ou deux mètres et avait en partie coulé vers le sol. De façon singulière, des cristaux en dessous de la trace n'en étaient pas couverts, une preuve supplémentaire qu'ils avaient poussé par la suite, et donc qu'ils grandissaient bien. Je me tournais vers Zadorov, qui approcha une pipette du mur. Cependant, elle ne récupéra rien, le liquide avait séché depuis de nombreuses heures, possiblement des jours. Elle prit alors une petite raclette et frotta le mur afin de décoller un résidu et de l'observer sous son microscope. Après quelques secondes seulement, elle releva la tête :
« C'est bien du sang.»
Au vu de la quantité étalée sur le mur, un événement violent s'était passé ici. Cependant, je fus interpellé par l'absence d'un corps à proximité. Aucun individu, même en bonne santé, n'aurait pu survivre à une telle perte d'hémoglobine. Peu importe le moyen, le corps avait été emporté ou avait disparu. Sans avoir davantage d'indice, nous continuâmes notre avancée. Notre recherche à travers les étages fut cependant peu fructueuse, à l'exception de quelques autres tâches de sang d'origines diverses. Après avoir étudié une énième pièce, Kalixi nous appela :
« Présence d'un corps ici.»
Je lea rejoignis immédiatement, accompagné de Zadorov et Trysion, tandis que les autres montaient la garde. Le cadavre d'une scientifique gisait effectivement au sol. Sa peau orange était décolorée par la mort, et ses traits creusés suggéraient que le décès datait déjà de plusieurs jours. Une marre de sang séché d'un violet sombre, différent de celui que nous avions déjà trouvé, s'était étalée sous son corps, et s'était visiblement écoulé de sa gorge et de son torse, où deux plaies grossières ayant déchiqueté la chair se trouvaient. Ce qui avait tué cette scientifique n'était pas une arme laser, ni une simple lame, mais une chose irrégulière, dont le coup n'avait pas été asséné de façon droite. Cela ressemblait davantage à l'œuvre d'une créature, et pourtant, le corps avait été laissé, et non consommé.
De façon perturbante, des cristaux avaient déjà commencé à pousser sur le cadavre, mais uniquement sur les parties non organiques : les vêtements, mais aussi l'émail des dents, et de minuscules pointes apparaissaient également sur ses ongles. Ses cheveux, de même, semblaient couverts d'une fine poussière jaune, qui était en réalité constituée de milliers de minuscules cristaux. Aucun ne poussait sur sa peau, et le sol autour du cadavre, où de nombreux cristaux poussaient de façon clairsemés, n'avait rien vu pousser dans la marre de sang. Sur le torse de la scientifique, au travers des vêtements déchirés et de la chair, je constatai que quelques cristaux se formaient également sur les os laissés visibles par la blessure.
Zadorov formula alors exactement mes pensées :
« Ces cristaux ne semblent pas pousser sur les tissus organiques, peut-être même sur les matières organiques de façon générale. »
Je hochai la tête avant de ressortir de la salle et d'informer tout le monde de ce que nous avions observé. Grundak, immédiatement, affirma :
« Il faut surveiller nos propres équipements et nos corps. Il n'y a aucune raison pour que rien ne pousse sur nos vêtements, nos cheveux, cornes ou autre. »
Nyalda renchérit :
« Brossez vous bien les dents, les enfants.»
J'aprouvais, avant d'affirmer :
« Bien. Comme on ne connaît pas le rythme de croissance de ces cristaux, je préconise que l'on fasse une rapide inspection de nos équipements et corps toutes les heures, et une plus poussée toutes les douze heures. On tentera de retirer les cristaux en croissance sur les équipements touchés, et pour les corps, nous devrons probablement aviser sur le moment. Je propose de nous remettre en mouvement, le laboratoire principal de ce bâtiment n'est plus très loin, c'est là qu'on a le plus de chance de trouver quelque chose.»
Les autres membres de l'esouade approuvèrent, et nous reprîmes notre avancée. Dans une autre pièce non loin se trouvait un autre cadavre, dans le même état que le précédent, et présentant la même pousse de cristaux, mais dont la blessure était cette fois une large entaille sur le ventre ainsi que des lacérations au visage. Nous étions de plus en plus proche du laboratoire, et nous finîmes par arriver devant sa porte. Je posai doucement la main sur la barre et la poussai, arrivant dans un sas où se trouvaient des étagères et des casiers, ainsi que des distributeurs de gants et de charlottes. L'un des casiers penchait quelque peu en avant, poussé par un cristal qui grandissait sur le mur derrière lui. Constatant que ce sas était vide, j'avançai vers la porte suivante. Conçue pour se fermer hermétiquement, je constatai cependant que son verrou était inactif. Ordonnant aux autres de préparer leurs armes, je posai ma main sur la porte et la poussai.
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