Théo réapparut chez Ashley qu'après vingt-deux heures, éreinté de sa journée. Lyly n'osa pas lui demander comment sa soirée avec Laure s'était passée, regarda la fin d'un film avec sa grande cousine et John, et rejoignit Théo dans le lit un peu avant minuit, qui s'était déjà endormi, un livre retourné sur le ventre.
Lyly l'observa un petit moment, et lui tourna le dos, le regard planté vers son armoire qu'elle ne discernait quasiment pas à cause de l'obscurité dans laquelle était plongée la chambre. Théo l'avait prévenu dès qu'il était sorti de l'université et lui avait indiqué qu'il passait chez lui pour aller voir comment tout se passait avec Laure, mais ils n'avaient pas plus échangé que cela. Était-il en colère contre elle ? Ou se faisait-elle des films ? Elle glissa son bras en-dessous son oreiller et ferma les yeux.
La discussion qu'elle avait eu avec John l'avait pas mal fait réfléchir. Théo n'était pas un gamin, ça elle le savait déjà, mais elle devait arrêter de douter des gens qui tournaient autour de lui, ou du moins arrêter de le lui dire ouvertement. Elle n'avait aucune idée de s'il avait croisé Mathilde dans les couloirs de l'université, et savait encore moins ce qu'il avait bien pu faire pendant deux heures avec Laure, et elle était bel et bien décidée à ne pas le lui demander. Elle voulait le savoir, certes, mais elle ne pouvait pas lui donner l'impression qu'elle surveillait tous ses faits et gestes et qu'elle n'avait pas confiance en lui, alors que ce n'était pas le cas.
Lyly n'avait jamais été de nature très jalouse. Dans le passé, elle avait même eu souvent tendance à ne pas s'occuper des autres. Elle se fichait pas mal de qui pouvait être en couple, de qui avait fait quoi, et n'avait jamais ressenti la moindre once de jalousie lorsque Chris et elle avaient été en couple et qu'elle l'avait vu auprès d'autres filles. À une soirée, elle l'avait même vu danser avec une autre fille qu'elle ne connaissait pas, et n'avait absolument rien ressenti en le voyant avec une autre. Alors, pourquoi était-elle autant sur la défensive lorsque cela concernait Théo ? Elle n'aimait pas ressentir cela. Ce n'était pas une bonne chose, et elle allait devoir y remédier. Ce qui la rassurait était de voir que sa jalousie ne se dévoilait que lorsque cela concernait Laure. Lorsque Théo parlait à d'autres femmes, Lyly n'y voyait aucun problème. En réalité, peut-être n'aurait-elle dû jamais savoir ce qu'ils avaient fait ensemble. Dans tous les cas, elle était bel et bien décidée à s'excuser. Cela ne devait pas se reproduire.
Lyly sortit de son sommeil en entendant Ashley jurer, pendant que John et Théo riaient. Vu le bruit et la réaction de sa grande cousine, celle-ci avait probablement fait tomber une assiette sur le sol, ou bien un verre. Lyly poussa la couette, sortit du lit, enfila ses chaussons ainsi que sa petite veste polaire, ouvrit le volet et s'arrêta devant son miroir. Elle avait de petits yeux, pourtant, elle avait bien dû dormir huit heures trente, voire neuf heures. Visiblement, ce sommeil n'avait pas été générateur. Loin de là. Elle se massa avec lenteur trente secondes les paupières du bout de ses doigts, le bas des yeux, et sortit de la chambre.
Elle avança silencieusement dans le couloir et entendit Ashley envoyer gentiment balader son fiancé, pendant que Théo semblait se moquer. Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine, elle trouva Théo assit, une tartine de confiture dans les mains, Ashley qui se baissait afin de balayer le reste de bouts de verres qui avaient filé sous un meuble, et John qui pouffait silencieusement, adossé à l'évier.
— T'as loupé un truc, ricana John, Ashley a fait tomber une pile de verres par terre. Et avant ça, elle a cassé un vase que sa mère lui avait offert.
— Ce n'est pas ta journée, grimaça Lyly. Tu as besoin d'aide ?
Ashley se redressa sur ses genoux et tourna la tête vers sa cousine.
— J'ai presque fini, t'en fais pas.
John ricana et sortit de la cuisine, pendant que sa fiancée balayait les derniers bouts de verre. Lyly se sortit un verre du meuble, et prit place à table, en face de Théo, à qui elle n'avait pas encore croisé le regard.
Ashley jeta ce qu'elle avait ramassé à la poubelle, se passa les mains sous l'eau, et sortit de la cuisine, à la recherche de John afin de se venger. Le silence dans lequel fut soudainement plongée la cuisine fit lever les yeux au jeune couple, et le regard de Lyly se planta dans celui de Théo, qui mâchait son reste de tartine.
— Tu as bien dormi ? demanda Lyly.
— Ça va.
Il avala une gorgée de sa tasse de café, et suivit des yeux les mains de Lyly qui sortaient une brioche de son emballage. C'était le moment.
— Au fait, j'ai beaucoup réfléchi, et...
Lyly se mura aussitôt dans le silence lorsque le téléphone de Théo posé sur la table se mit à sonner et afficha le prénom de la psychologue en plein milieu de l'écran. Il leva rapidement les yeux vers Lyly, perplexe, sembla hésiter un instant, puis s'excusa, se leva de la chaise, et sortit de la cuisine en prenant l'appel.
Lyly se retrouva ainsi seule dans la cuisine, sa brioche dans une main et son verre posé en face de la tasse de Théo. Elle inspira lentement afin de tenter de garder son calme, partagea sa brioche en deux, et mordit dans l'un des bouts, mitigée. À chaque fois qu'elle tentait de prendre de nouvelles résolutions, celles-ci s'envolaient en fumée. Elle détestait Laure. Le mot était même faible. Laure semblait bien plus présente depuis qu'elle avait appris que Théo était en couple. Aimait-elle tenter de rivaliser avec quelqu'un ? Voulait-elle vraiment le récupérer ?
— Théo est parti ?
Lyly suivit des yeux Ashley, qui vint éteindre la machine à vaisselle.
— Il a dû prendre un appel.
Ashley se tourna et croisa le regard fatigué de sa cousine.
— De qui ?
— Laure.
La jeune femme blonde arqua un sourcil.
— Encore elle ? Mais elle arrête jamais ou quoi ?
Lyly ne répondit pas, et mordit dans son autre bout de brioche, indignée. Ashley avait raison. Elle n'arrêtait jamais. Mais elle ne voulait pas faire de crise de jalousie. Pas encore.
— Et hier soir, il était où ? Avec elle ?
— Oui.
Elle remplit son verre de jus d'orange, et se leva de sa chaise. Elle l'avala d'un trait, contourna sa cousine pour déposer le verre dans l'évier, et était sur le point de sortir de la cuisine lorsqu'elle fut retenue par Ashley, qui lui attrapa le poignet.
— Ça va aller ?
Lyly acquiesça la tête, se défit gentiment de la poigne de sa cousine, et sortit. Elle aperçut plus loin Théo dans le bureau d'Ashley, encore au téléphone, et s'enferma dans sa chambre afin de se changer.
Elle ressortit quinze minutes plus tard de la pièce, un manteau sur le dos, plaqua son bonnet sur le crâne en marchant, et enfila ses chaussures dans le couloir. La seule chose qu'elle avait envie de faire était de sortir de là, de prendre l'air. Elle n'en pouvait plus d'entendre parler de Laure, et elle devait de toute manière rencontrer Olivia dans le centre-ville.
Elle indiqua furtivement à sa cousine dans sa chambre qu'elle allait faire un tour, et Lyly sortit de la maison, sans croiser Théo, qui semblait encore dans le bureau de sa cousine.
La première surprise de Théo après l'appel de Laure fut d'apprendre, après avoir cherché Lyly dans la maison qu'elle était sortie prendre l'air seule, sans même le saluer, ne serait-ce que par un petit signe de la main. Sa deuxième surprise fut de voir qu'à son retour chez Ashley dans les alentours de dix-huit heures, après avoir été aider Laure chez lui, que Lyly était bel et bien rentrée pendant son absence, et qu'elle était ressortie, pour aller faire un tour à la fête que Mathilde organisait, aux côtés d'Olivia qui lui avait forcé la main. Mathilde. Que Lyly n'appréciait pas.
Théo fixa Ashley, un sourcil arqué de surprise. Elle lui avait annoncé cela comme ça, d'un ton sec, comme un reproche. Était-elle au courant de quelque chose qui lui échappait ? Pourquoi Ashley le regardait-elle avec tant de mépris ? Tant de colère ?
— Depuis quand elle va à des fêtes ? demanda Théo, perplexe. Je ne l'ai même pas vu de la journée.
— Depuis que tu préfères passer ton temps avec l'autre folle plutôt que ta petite amie, lâcha Ashley, amèrement.
Théo fronça les sourcils.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles.
— J'en sais assez pour savoir que ce que tu fais est incorrect.
Ashley tourna le dos à Théo et brancha sa bouilloire pour faire chauffer de l'eau. Théo l'observa un moment, les bras ballants.
— Lyly t'a dit quelque chose ? osa-t-il enfin.
La jeune femme blonde ne répondit pas, déposa son sachet de thé dans sa tasse, et observa l'eau qui commençait à bouillir.
— Ashley, je ne déconne pas. Qu'est-ce que Lyly t'a dit ?
Ashley soupira et refit face à Théo.
— Tu passes tout ton temps avec Laure ces derniers temps. Lyly voulait te parler ce matin mais tu t'es levé et t'es parti pour répondre à ton ex. Tu passes des heures avec elle, et tu rentres tard le soir. Tu crois quoi ? Que ça lui fait plaisir ? Qu'elle est contente de voir que tu traînes avec ton ex, et que tu l'héberges ?
Théo resta silencieux. La bouilloire s'éteignit seule quelques secondes plus tard.
— Je sais que tu supportes pas quand les gens se mêlent de la vie des autres, donc pour une fois je vais me taire. Mais tu fonces droit dans le mur.
Ashley pivota sur elle-même, débrancha sa bouilloire et remplit sa tasse d'eau bouillante. Théo l'observa tremper son sachet de thé, le cœur serré.
— Je ne voyais pas du tout les choses comme ça, avoua-t-il à mi-voix.
Ashley lui refit face, sa tasse en main, et sentit sa rancœur s'envoler en apercevant le visage attristé de Théo. Merde.
— Comment ça ? demanda-t-elle plus gentiment.
— Je ne passe pas mon temps avec Laure par plaisir... À chaque fois que je suis avec elle je pense à Lyly, je me demande ce qu'elle fait, et à ce qu'on pourrait être en train de faire si je n'étais pas en ce moment avec Laure. Je ne ressens rien pour elle. Tout ce que je voulais c'était aider Laure pour qu'elle parte le plus vite possible de chez moi.
Ashley resta un moment silencieuse, surprise.
— Mais pourquoi t'as pas dit tout ça à Lyly ?
— Parce que je ne savais pas qu'elle le prenait aussi mal. Je savais qu'elle n'était pas enchantée par le fait que Laure soit chez moi, mais je n'avais pas conscience de tout le temps que j'accordais à Laure. C'est que maintenant que je m'en rends compte.
Ashley s'avança lentement vers Théo, et lui pressa lentement l'épaule.
— T'en fais pas, ça va s'arranger. Elle va sûrement rentrer tôt, tu sais aussi bien que moi qu'elle aime pas trop faire la fête.
— Elle est partie comment ?
— En robe. Mais elle avait son manteau par-dessus, rectifia-t-elle en voyant les sourcils de Théo se froncer.
— Moulante ?
Ashley réfléchit un instant, hésitante.
— Disons qu'elle aurait pu faire pire.
Théo roula des yeux et secoua la tête d'indignation.
— Elle veut peut-être juste relâcher la pression, tu sais. Elle a eu tous ses examens, il y a l'histoire de ses parents, de son beau-père... Elle a peut-être juste envie de penser à autre chose, de s'éloigner de tout ça.
Théo acquiesça lentement.
— Si elle est pas rentrée à minuit, je l'appellerai ou j'irai la chercher, t'en fais pas, conclut-elle.
Lyly retrouva Ashley endormit sur le canapé, logée dans les bras de son fiancé, devant une télévision encore allumée. Elle avança sur la pointe de ses pieds douloureux, éteignit maladroitement l'écran plat et éteignit la lumière en sortant du salon afin de les laisser dormir. Elle monta difficilement les escaliers dans le noir en baillant, ses chaussures à talons dans une main, manqua de louper une marche ou deux, et retrouva le couloir allumé. Lyly l'éteignit et poussa la porte de sa chambre discrètement, afin d'éviter de réveiller Théo s'il dormait. À sa plus grande surprise, elle le vit assis devant son bureau, en pleine correction de copies, une paire de lunettes sur les yeux. Lorsqu'il se retourna et vit Lyly dans la chambre, les cheveux légèrement en bataille et les pommettes rougies, il enleva ses lunettes de repos, les posa sur le bureau, et observa sa tenue. Lyly aurait pu faire pire, certes, mais sa robe lui serrait pas mal la taille et la poitrine.
Elle s'abaissa pour déposer ses chaussures à talons près de la commode, le regard toujours planté dans celui de Théo, et se redressa en vacillant, sous le regard scrutateur de Théo.
— J-je pensais que tu dormirais, bredouilla-t-elle en déposant son téléphone sur le lit ainsi que son sac à main.
— Non, je t'attendais.
Théo se leva et déposa aveuglément son stylo sur le bureau.
— Tu as bu ?
Lyly haussa les épaules. Le jeune homme s'approcha lentement de sa petite amie, perplexe, et s'arrêta en face d'elle.
— Ça a été ?
— Çaaaa va .
Théo acquiesça en sentant une légère odeur d'alcool dans son haleine.
— Depuis quand tu bois, toi ?
Lyly pouffa.
— J'ai à peine bu, j'ai juste avalé...
Elle compta sur ses doigts et lui présenta son index et son majeur.
— Deux ou trois verres, termina-t-elle. Deux ou trois... Ou quatre.
Théo secoua la tête, à la fois amusé de la voir pompette, mais également inquiet. Certes, elle avait le droit de boire et de faire la fête, mais en temps normal elle n'aimait pas faire tout cela. Si elle était dans cet état, cela était probablement en partie à cause de lui, et cela ne lui plaisait pas.
— Tu es rentrée comment ?
— À pied.
— À onze heures ? s'étonna Théo. Tu n'étais pas seule, quand même ?
— Si, toute seule, cooooomme une grande ! répondit-elle, fière.
Théo tenta de l'attirer vers lui, mais elle se libéra de ses bras en rigolant.
— Je dois me masser les pieds avant, j'ai trop marché.
Théo la suivit du regard, étonné, et la vit s'asseoir sur le lit. Elle plia ses jambes en tailleur, comme elle aimait si bien le faire, et se massa le dessous des pieds maladroitement.
Il la regarda faire, les bras désormais croisés, et se rapprocha d'elle lorsqu'elle se laissa tomber en arrière sur le lit, épuisée. Il lui tendit ses mains, qu'elle attrapa avec difficulté, et se redressa sur le lit, les jambes toujours en tailleur.
— Ne dors pas maintenant, tu dois passer dans la salle de bains avant.
— J'ai envie de dormir, ronchonna-t-elle. Si je ne dors pas, je vais aller chercher du pain. J'ai envie de manger un croissant.
— Quoi ?
Théo ricana.
— Tu divagues totalement. Il faut que tu ailles te démaquiller et te laver les dents.
— Oh non !
Elle voulut s'étendre une seconde fois sur le lit, mais Théo maintint ses mains dans les siennes, alors elle resta la tête en arrière, les yeux plantés sur le rideau de l'autre côté de la chambre.
— Plus tôt tu auras été dans la salle de bains, plus tôt tu pourras aller dormir.
— Et mon beignet ?
— Ton beignet ? Tout à l'heure c'était un croissant. Allez, Lyly, lève-toi, dans dix minutes tu seras au lit si tu y vas maintenant.
— Où ?
Théo leva les yeux au ciel, soupira, et s'avança brusquement vers elle. Il lâcha les bras de Lyly, cala sa tête au niveau de sa hanche droite, passa son bras par dessus sa hanche gauche afin de la maintenir fermement contre lui, et souleva la jeune femme sur son épaule. Elle explosa de rire, mais se laissa faire.
— On va où ? Au valab... valo...
— Lavabo, termina-t-il. Et après on va dormir.
Lyly pouffa, et Théo l'entraîna dans la salle de bains.
Lyly se réveilla les pensées embrumées, se passa la main sur les cheveux, et tourna un instant le visage vers Théo qui dormait encore. Elle fronça les sourcils en se demandant comment elle avait bien pu finir dans le lit, visiblement démaquillée, et dû se concentrer un moment avant de se remémorer partiellement de parties de la fin de sa soirée de la veille. Il y avait eu une sacrée embrouille à la fête de Mathilde lorsqu'elles avaient vu Antoine débarquer alors qu'il n'avait pas été invité. Olivia et elle s'étaient éloignées pendant que Mathilde fonçait sur le jeune homme afin de le mettre à la porte. Leurs cris étaient parvenus à prendre le dessus sur la musique qui résonnait fortement dans les quatre coins de la maison, et Lyly s'était réfugiée dans une pièce à l'étage avec Olivia afin que celle-ci puisse se passer un coup de rouge à lèvres devant un miroir, la salle de bains étant occupée.
Lyly se massa le front, pria pour que son début de migraine s'en aille rapidement, et tourna les yeux vers le volet fermé. Elle ne se rappelait même pas de l'avoir fermé. Peut-être ne l'avait-elle pas fait d'ailleurs, et que Théo s'était occupé de tout. C'est vrai que lorsqu'elle était entrée dans la chambre, elle l'avait retrouvé assis devant le bureau, une paire de lunettes au nez. Depuis quand en portait-il ? Était-ce nouveau, ou ne les mettait-il jamais ? Lyly sentit Théo s'étirer dans le lit. Quand elle tourna son visage vers lui, elle croisa son regard, encore à moitié endormi.
— Salut, toi, marmonna-t-il.
Il se couvrit la bouche en baillant et se passa une main dans les cheveux.
— Bien dormi ? reprit-il.
Lyly acquiesça légèrement la tête et chercha au fond des yeux du jeune homme la moindre once d'amertume, de colère ou bien de déception, mais il n'en fut rien. Théo semblait juste se réveiller, une parfaite vague de paix dans les yeux.
— Et toi ? demanda-t-elle enfin.
— Assez, oui. Ça fait du bien de pouvoir traîner un peu au lit.
— Il est encore tôt, tu sais.
Il jeta un rapide coup d'œil à sa montre et la reposa sur la table de chevet.
— Je pensais qu'il était plus tard que ça.
Lyly hocha la tête que non et ferma fortement les yeux en sentant son crâne se compresser. Elle allait devoir prendre un médicament si cela continuait comme ça. C'était bien trop douloureux.
— Maux de tête ?
— Oui, depuis que je me suis réveillée...
Elle se massa les tempes tout en fermant ses paupières et demanda à Théo s'il devait se rendre chez lui aujourd'hui. À cette question, Théo se pinça les lèvres d'un air désolé, et se tourna sur son flanc gauche afin de faire face au profil de Lyly.
— À ce propos... Je n'avais pas pris conscience que tu prenais mal le fait que je passait tout ce temps chez moi à aider Laure.
— Ce n'est pas une question de le prendre mal, mais...
— Ashley m'a dit ce que tu ressentais, la coupa-t-il gentiment.
Il la vit froncer les sourcils.
— Elle t'en a parlé ?
— Je ne comprenais pas pourquoi je ne t'avais quasiment pas vu de la journée hier, et pourquoi tu étais autant sortie. Ashley a fini par me dire ce qu'elle pensait de tout ça, et ce que tu lui avais dit. Il s'arrêta. Je ne voyais pas les choses comme ça, je ne pensais pas que tu le vivais comme ça.
— Tu pensais vraiment que j'allais me réjouir de ta proximité avec elle ?
Théo hocha la tête que non.
— Ce que tu n'as pas compris, et c'est peut-être de ma faute aussi car je ne te l'ai pas dit, c'est que j'ai fait en sorte d'être disponible pour elle afin d'accélérer ses achats, travaux, pour qu'elle parte le plus vite possible de chez moi. Je savais que tu n'aimais pas le fait que je l'héberge, alors je me suis dit que plus tôt elle serait partie, et plus tôt tu serais soulagée de la voir hors de chez moi.
Lyly se tourna sur son flanc droit et se retrouva en face du visage de Théo, qui la regardait, désormais bien plus réveillé.
— Je n'avais pas vu les choses comme ça, avoua-t-elle.
— Maintenant tu le sais.
Lyly acquiesça.
— Comment ça s'est passé hier ? Tu m'as dit que tu étais rentrée seule, tu es complètement folle...
— Olivia était complètement bourrée, du coup j'ai proposé de la raccompagner chez elle, je ne voulais pas qu'elle rentre seule.
— Mais toi tu es rentrée seule, après.
— Oui, grimaça-t-elle, ce n'est pas la meilleure idée que j'ai eu.
— Je ne te le fais pas dire.
Lyly adressa un timide sourire à Théo, qui lui répondit d'un sourire amusé en retour. Ses yeux glissèrent sur son nez, puis sur sa bouche, avant de remonter à ses yeux verts. Elle avait bien de la chance de ne pas avoir eu de problème en rentrant seule, la veille au soir. Il perdit son sourire. S'il lui était arrivé quelque chose, il ne se le serait pas pardonné.
— Tu es si sérieux, dit-elle en faisant la moue. À quoi tu penses ?
— Tu aurais pu avoir des soucis hier en rentrant.
— Je ne pensais pas que tu serais réveillé quand je suis arrivée.
Théo hocha la tête que si.
— J'ai corrigé des copies en t'attendant. Je me disais que tu m'aurais peut-être appelé pour venir te chercher, ou un truc comme ça.
— Oh.
Lyly sortit l'un de ses bras de sous la couette, et le tendit légèrement afin de faire glisser ses doigts sur la joue accessible de Théo, qui avança légèrement son visage pour le presser contre ses doigt.
— Tu avais beaucoup bu ?
— Même pas. J'ai dû boire deux ou trois verres, mais je ne suis tellement pas habituée à boire de l'alcool que mon corps me l'a fait payer, grimaça-t-elle.
— Tu as bu quoi ?
— Aucune idée, je ne connais rien à l'alcool.
Théo roula des yeux.
— Heureusement que je n'étais pas là.
— Au moins tu as échappé à la dispute de Mathilde et Antoine.
— Ah ouais ?
Lyly acquiesça.
— Déjà, jeudi, après le dernier examen, Antoine se prenait la tête avec Olivia à propos de Mathilde. Il était vraiment énervé contre elle. Et quand je l'ai vu s'engueuler avec Mathilde à la fête, je suis montée à l'étage avec Olivia.
— Qu'est-ce qu'il a fait encore ?
— Ça va t'étonner, mais pour une fois ce n'est pas lui. De ce que j'ai compris avec Olivia, c'est qu'il fréquentait une fille depuis pas longtemps, et quand Mathilde a appris ça, elle a retrouvé la fille et lui a monté la tête pour qu'elle le laisse tomber.
— Mais elle se mêle de quoi ?
— C'est pour ça qu'il était furieux.
— Il y a de quoi.
Lyly cala son bras en-dessous l'oreiller de Théo. Elle avait de plus en plus mal à la tête
— De ce que j'ai appris, Mathilde a essayé de venir te voir vendredi, hésita Lyly. Olivia m'a raconté.
— Je l'ai vu pas très loin de mon bureau, oui, mais j'étais avec ma collègue.
— Ah bon ?
— Oui, j'ai travaillé un peu, et quand j'ai vu qu'elle allait partir du bureau, je me suis rappelé ce que tu m'avais dit, et je lui ai demandé de m'attendre pour qu'on parte ensemble.
— Et ?
— Et quand je suis sorti, Mathilde était au même endroit.
— Elle t'attendait, supposa-t-elle
— C'est ce que j'ai ressenti aussi, et quand je l'ai vu me fixer, ça a confirmé ce que tu avais dit. Quand j'ai levé les yeux dans les escaliers pour regarder vers l'étage, elle avait avancé et me regardait d'en haut.
— Elle est folle, s'indigna Lyly.
— C'est ce que je me suis dit aussi.
Lyly ricana, et Théo ne tarda pas à suivre, avant qu'ils ne retrouvent tous deux leur sérieux, le regard plongé dans celui de l'autre.
— En tout cas, quand tu as bu, tu racontes vraiment n'importe quoi, reprit-il en souriant.
— Hein ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
Lyly attendit afin d'en apprendre plus, mais Théo se contenta de la regarder, un sourire en coin.
— Tu ne peux pas t'arrêter là, tu en as trop dit, ou pas assez !
— Fallait avoir toute votre tête, mademoiselle.
Lyly gloussa.
— Tu me le payeras.
Théo lâcha un petit rire.
— Au fait, j'ai pensé à une petite sortie... reprit Théo. Laure ne va pas tarder à partir, lundi probablement, alors je me suis dit que ce serait bien qu'on parte, toi et moi. Qu'on s'éloigne un peu de tout ça, jusqu'à lundi.
Lyly acquiesça, et laissa apparaître un sourire sur son visage.
— Ce serait génial. Tu pensais à quoi ?
— Les parents de mon père sont chez mes parents pour quelques jours, ils font ça tous les ans. Ma mère m'a dit que ça ferait plaisir à mon père et à mes grands-parents que je passe. On aurait pu aller se balader dans les alentours, et ensuite passer les voir. Mais ça, c'est seulement si ça te va, autrement on peut trouver autre chose, ou...
— C'est génial, le coupa-t-elle, ça me ferait plaisir de revoir tes parents.
Théo parut rassuré et lui sourit.
— On fera une surprise à mon père, comme ça. Il sera content.
— Ça fait longtemps que tu n'as pas vu tes grands-parents ?
— Bah...
Il soupira et retrouva son sérieux.
— Je t'avoue que je ne suis pas trop à l'aise avec le fait de voir nos proches prendre de l'âge, grimaça-t-il. À chaque fois que je les revoyais, je trouvais qu'ils avaient trop vieilli, et je n'aimais pas voir ça. Alors, j'ai fini par ne plus passer quand mes grands-parents venaient.
— Ils ne te manquent pas ?
— Si, beaucoup. Mais à chaque fois que je voulais y retourner, je changeais d'avis au dernier moment, et je n'y allais pas.
— Pourtant, moins tu les vois et plus ça te choquera de les revoir, Théo...
— Je sais... C'est con.
— C'est loin d'être con. Tu essayes de te protéger. Je ne dis pas que c'est la meilleure façon de faire, mais je pense que si tu agis comme ça, c'est que tu as tes raisons.
Lyly fronça légèrement les sourcils en analysant Théo.
— Je me trompe ou ça va même au-delà de ce que tu dis ? Que c'est plus profond que ce que tu as dit...
Théo l'observa un moment en silence.
— Tu as raison, finit-il par avouer, malgré lui.
— Qu'est-ce qui te fait sentir aussi mal ?
— C'est juste... Je ne sais pas, soupira-t-il. Le fait de les voir vieillir ça me fait penser au fait qu'ils vont un jour nous laisser, et ça me rappelle ce que j'ai traversé avec mes parents. Traverser le décès de mon père et ma mère ça a été tellement dur, alors... je crois que j'ai... Il s'arrêta puis finit par acquiescer lentement la tête. J'ai peur de faire face aux décès de mes grands-parents...
Lyly hocha lentement la tête, compréhensive.
— Et je sais que c'est con, car c'est inévitable. Mais moins je les vois, plus je repousse cette idée, et moins j'y pense.
La jeune femme se rapprocha de Théo, déposa un vif baiser sur sa joue accessible, et se fraya un chemin dans ses bras. Elle le serra fortement contre elle, son visage calé contre son torse, et sentit soudainement ses muscles se détendre. C'était un peu ça la magie de Théo. Se sentir brusquement détendu en ne sachant même pas que l'on était tendu.
— On ira les voir ensemble, conclut-elle d'un ton rassurant.
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