Mudrizyl III

Les combats commencèrent rapidement dans toute la galaxie, et le front sembla stagner durant plus de deux ans. La temporisation se fit efficacement, et progressivement l'Union Galactique parvint à réussir la première étape de sa stratégie : la limite du territoire du Clan fut repoussée à une distance raisonnable de la planète centrale. Berius et Tulsei servirent sur trois croiseurs et participèrent à près d'une vingtaine de batailles, terrestres comme spatiales. Tulsei y perdit deux doigts, remplacés quelques temps après par des prothèses robotiques, mais les dégâts ne furent pas plus importants. Si le cours de la guerre était d'avantage profitable à l'Union pour le moment cependant, rien n'était gagné.

Après trois ans de guerre, les deux officiers furent appelés pour la sécurisation d'une planète proche du front : Mudrizyl III. Si ils s'étaient déjà battus sur plusieurs planètes, il n'avait toujours s'agit que de l'attaque de bases, ou la défenses de villes. Jamais ils n'avaient eu même été sur une planète habitée en tant que membres de la faction victorieuse. Leur croiseur actuel, le Belliqueux, survolait ainsi la surface de la planète, en direction de la capitale récemment conquise. Une semaine plus tôt, elle était ainsi encore aux mains du Clan, et les ultimes combats avaient été menés récemment. Par la vitre de la passerelle de pilotage, ils purent voir le paysage désertique orangé de la planète et ses nombreuses failles, ainsi que les cristaux d'une éclatante couleur rouge parfois de plus de trente mètres de haut qui pointaient vers le ciel.

Divers bâtiments pouvaient être vus, dont certains s'étaient effondrés, et à l'arrivée vers la capitale, trois autres croiseurs étaient déjà posés, rassemblant progressivement les soldats qui partaient et dont l'équipage du Vif allait prendre la relève. De la ville s'échappaient de grands panaches de fumée noire, et la quasi totalité de l'enceinte semblait avoir été dévastée. Le croiseur finit par atterrir lentement et sa rampe s'ouvrit, laissant sortir les militaires. Un vent chaud leur arriva dans le visage, et l'air sec créa immédiatement une sensation de soif en eux. Sous les hangars ventraux, les barges de débarquement avaient déjà été déposées au sol, véhicules à chenilles d'une dizaine de mètres de long, avec un espace clos où pouvaient se tenir une vingtaine de soldats et une petite cabine de pilotage surmontée d'un canon.

Berius et Tulsei furent charger de superviser la construction des tentes pour les officiers et des réserves d'armes, ainsi que le déchargement des caisses de vivres. La silhouette imposante et sombre des croiseurs se détachait nettement sur la plaine, tranchant avec l'atmosphère teintée de jaune de Mudrizyl III. Depuis la surface, les panaches de fumée étaient bien plus impressionnants, montant hauts dans le ciel bleu sans nuage, cachant partiellement les deux soleils qui illuminaient la planète. Une collone d'une vingtaine de soldats prisonnier fut amenée rapidement au niveau du croiseur, toujours en uniformes du Clan mais désarmés, mains sur la tête. Ils étaient escortés par des soldats de l'Union, qui les pointaient de leurs armes. Une fois arrivés, d'autres militaires prirent le relais et les amenèrent dans le vaisseau pour les amener dans les geôles, d'où ils seraient ensuite transférés dans des prisons militaires dès le retour du Vif sur la planète centrale.

Tulsei les observa jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans les entrailles du croiseur, Berius ne les ayant que vaguement regardés, le regard d'avantage dirigé vers la ville. Tulsei se retourna vers lui et regarda la ville à son tour avant de dire :

« Tu vois, là tu ne peux plus nier. On a tout à fait les moyens de lutter.  »

Berius haussa vaguement les épaules et son compagnon rit un instant avant de continuer :

« À chaque bataille spatiale tu met notre victoire sur le compte de la chance, à chaque défense réussie tu dis qu'on arrive à défendre mais qu'on ne durera pas éternellement et qu'on sera vaincu dans nos attaques, à chaque base qu'on a prit tu dis qu'il ne s'agit que de bases et pas de villes importantes... Par contre quand la défaite est pour notre camps tu vois ça comme la règle, la norme, et absolument pas la chance qui serait de leur côté également.»

Berius soupira et répondit :

« Mais la guerre n'est pas finie, loin de là. Aujourd'hui on a l'avantage, mais il est léger, et tout peut encore se retourner. On a aucune idée de la stratégie du Clan, et c'est possible qu'il n'ait pas véritablement montré ses moyens. »

Tulsei rétorqua :

« Mais quand même, tu peux bien admettre qu'on a nos chances ! Ça passe par le genre de destruction qu'on a en face de nous, mais je suppose que c'est nécessaire.

- Oui, on a des chances. Mais tu les surestimes. Il y a trois ans je n'aurais même pas cru possible qu'on résiste tant que ça, mais j'étais totalement pessimiste, maintenant je suis juste réaliste. J'ai bien vu dans nos combats qu'on avait de quoi résister. Mais la victoire est loin d'être évidente.»

Tulsei haussa légèrement les épaules, quand ils reçurent un appel sur leurs comlinks.

« Commandants Berius et Tulsei, il faudrait que vous preniez une vingtaine de soldats avec vous et que vous alliez en ville, on a une haute dignitaire de la planète à escorter et les troupes déjà sur place sont toutes occupées. J'envoie un drone de guidage pour vous montrer le chemin.  »

Quelques secondes plus tard, une petite sphère noire portée par cinq hélices sortit des hangars ventraux et arriva à leur hauteur, tandis qu'ils avaient réquisitionné un groupe de soldats en train d'empiler les caisses, une tâche non urgente. Ils prirent la direction d'une barge de débarquement, dans laquelle un robot se trouvait dans la cabine, et y entrèrent, le drone se positionnant à l'avant. Puis les portes se fermèrent et les chenilles du véhicule se mirent en marche, les faisant progresser rapidement sur le sol aride et sabloneux de Mudrizyl III. Finalement, ils arrivèrent au niveau des murs d'enceinte, carbonisés par endroits voire complètement détruits, et entrèrent dans la ville. La barge progressa encore quelques minutes puis dû s'arrêter, le chemin étant devenu trop encombré de débris à cause d'un immeuble couché en travers du passage pour l'utiliser. Ils descendirent alors, observant autour d'eux le paysage urbain ravagé.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top