Le corps pâle de la jeune fille sous ses draps blancs était en total harmonie avec les murs clairs de la chambre. Près du lit une place, installé à gauche de l'entrée de la salle, se trouvait un petit meuble recouvert de fleurs fanées placées ici depuis deux semaines. Certains bouquets de fleurs resplendissant posés depuis peu, redonnaient vie à cette chambre pâle, typique des chambres d'hôpital, donnant plus envie de s'en aller que d'y rester. Il était évident que les infirmières ne portaient plus aucune attention à l'environnement de part l'habitude, mais Marta n'y arrivait pas. Elle avait cette constance boule au ventre qui ne partait que lorsqu'elle franchissait la porte coulissante de la sortie. Apercevoir sa nièce allongée sur le lit lui faisait ressentir un sentiment de culpabilité. Il y avait un moment de cela, elle avait promis à sa sœur de prendre soin de sa nièce, mais cela avait été plus facile à dire qu'à faire. Elle était persuadée d'avoir échoué et le fait que Sophie soit sur le lit d'hôpital et non elle la faisait davantage culpabiliser. Les médecins n'avaient réussi à prévoir le jour du réveil de Sophie, et ce ne fut qu'au bout de deux semaines que ses paupières s'ouvrirent et laissèrent la lumière atteindre ses pupilles noires.
Le siège, à quelques mètres du lit, sur lequel devait se trouver une personne de sa famille en train de l'attendre était inoccupé. Elle n'avait aucune idée d'où était passée sa tante, mais ses pensées furent aussitôt oubliée en apercevant les tas de fleurs près d'elle. Il y avait un bon nombre de roses de couleur rouge et de roses de couleur blanche mais son attention fut attiré par le bouquet de perce-neige. Elle tendit lentement le bras afin d'atteindre le bouquet et ne trouva pas de pancarte sur lequel était censé être écrit le prénom de la personne ayant acheté ces perces-neige.
-Sophie ! Seigneur, tu es réveillée !
La jeune nièce approcha les fleurs près de son nez afin d'en inspirer l'odeur, sous les mots de sa tante qui se précipita de sortir de la chambre afin de prévenir les médecins que Sophie était enfin réveillée. Une jeune infirmière arriva peu de temps après auprès de madame Anguise et resta seule durant dix minutes avec Sophie afin de passer certains examens qui permettraient de prévoir la date de sortie de la jeune nièce. Lorsque les examens furent terminés, l'infirmière s'en alla et madame Anguise entra rapidement dans la chambre afin de s'asseoir sur le rebord du lit.
-Comment tu te sens Sophie ? As-tu besoin de quelque chose ?
Sa nièce observa les lieux. Elle avait donc passé un bon nombre de jours ici sans même s'en rendre compte, c'était forcément étrange à se l'avouer.
-Je suis là depuis quand ?
-Deux semaines.
Elle hocha lentement la tête et observa les fleurs prés d'elle. Elle n'avais jamais apporté une attention particulière aux fleurs, mais l'odeur qui pénétrait dans ses narines l'apaisait, c'était un petit coin de paradis qui allait bientôt disparaître.
-L'infirmière m'a dit que tu passeras trois autres examens ce soir, et si tout se passe bien, tu pourras rentrer demain. Tu as besoin de quelque chose ? Demanda madame Anguise.
-Non. Qui a déposé le bouquet de perce-neige ?
Madame Anguise tourna son regard vers les fleurs et se leva du lit afin de prendre le bouquet en main.
-C'est étrange, il n'y a pas d'étiquette.
-Zayn est venu ?
Madame Anguise haussa les sourcils de surprise.
-Non, je ne crois pas.
Sophie resta silencieuse. Elle était donc restée deux semaines allongée sur ce lit, inconsciente, et n'avait probablement eu aucune visite, hormis celle de sa tante. Elle ne se souvenait plus de la raison pour laquelle elle était ici. Sophie aurait aimé poser des questions, en savoir plus, mais elle se doutait qu'elle y était pour quelque chose, qu'elle avait surement fait une bêtise, comme elle en avait tant l'habitude depuis la mort de ses parents.
Sans le sentir venir, Sophie s'endormit alors que madame Anguise avait mise en route la boîte à parole. Elle ne fut réveillée que le soir tombé afin de passer ses trois examens. Ceux-ci durèrent trop longtemps pour Sophie, mais vingt minutes après son retour dans la chambre, une médecin lui signala qu'elle pourrait sortir le lendemain et elle s'endormit alors que sa tante était déjà assoupi depuis deux bonnes heures.
Sa chambre n'avait jamais été aussi propre. Elles furent toutes deux rentrées à l'heure de midi et la première chose que fit la jeune fille fut de se précipiter dans sa chambre. Elle déposa son sac à affaires près de sa commode et prit place sur le rebord de son lit. Cela faisait deux semaines qu'elle n'était pas revenue ici, et pourtant il lui semblait qu'elle ne l'avait jamais quitté. Le fait de revenir sur les lieux lui rappela sa chute sur le sol ; la drogue en avait surement été la cause. Madame Anguise dû manger seule puisque Sophie avait refusé de manger, et ce ne fut qu'à dix-sept heures que sa tante entra dans sa chambre, la boule au ventre.
-Sophie, on doit parler.
La jeune fille s'allongea sur son lit. Elle n'avait aucune envie de parler, pas maintenant. Pourtant, sa tante s'approcha davantage du lit et observa la chambre.
-Je n'arrive pas à croire que je t'ai retrouvé ici, allongée sur le sol. Elle se retourna afin de faire face à Sophie qui était encore allongée sur sa couette. Où est-ce que tu as trouvé la drogue ?
Elle savait bel et bien que sa nièce ne répondrait pas, mais elle se devait de savoir d'où cela venait, et depuis quand elle se droguait. Elle n'avait jamais écarté l'hypothèse que Sophie puisse se droguer, mais elle n'avait jamais pu se l'avouer. Cela aurait montré qu'elle n'avait pas su être là pour elle, et s'avouer cela était bien trop douloureux.
-Sophie, reprit-elle. J'ai besoin de réponses. Tu n'imagines pas dans quel état je t'ai retrouvé sur le sol, tu respirais à peine. J'ai eu si peur... Tu dois arrêter ça. Je veux dire, tu dois arrêter la drogue, c'est pas bon.
Mais la jeune fille ne bougeait pas sur son lit.
-Sophie, insista madame Anguise. S'il te plaît, dis-moi quelque chose.
-Va-t-en.
-Ne recommence pas, soupira sa tante. Ne recommence pas à m'éloigner de toi, tu vois bien où ça t'a mené. Ensemble on pourra vaincre ton addiction.
-Je n'ai pas d'addiction ! Quand est-ce que tu comprendras ça ? Je n'ai pas d'addiction, bon sang ! S'écria Sophie en se relevant du lit.
Elles se faisaient dorénavant face, Sophie la fusillant du regard.
-Pourquoi est-ce que tu ne veux pas te l'avouer ?
-Sors d'ici.
-Sophie...
La jeune fille bouscula sauvagement à bout de bras sa tante sur plusieurs mètres afin de la faire sortir de la chambre. Madame Anguise se débattit comme elle le pu, ne souhaitant pas brusquer sa nièce, mais une fois passée le seuil de la pièce, Sophie claqua la porte au nez de sa tante, et madame Anguise resta dans le couloir, face à la porte, encore choquée de la scène qui venait d'avoir lieu.
Zayn n'avait pas montré le bout de son nez depuis le retour de Sophie. Au bout du deuxième jour, dans l'après-midi où le soleil se cachait derrière les nuages de coton, quelqu'un vint frapper à la porte d'entrée. De sa chambre, Sophie ne pu discerner la voix de la personne qui parlait avec sa tante, et ça ne fut que lorsque la personne entra dans la chambre de la jeune fille qu'elle se rendit compte que c'était bel et bien Zayn qui faisait son grand retour, dû au parfum qu'il dégageait dans la pièce.
-Comment va la grande malade ?
Sophie resta allongée sur son lit pendant que le jeune homme entrait davantage dans la chambre. Il referma la porte derrière lui et prit place sur le rebord du lit en observant le teint pâle de Sophie qui ne lui accordait aucune attention.
-Tu es devenue muette ?
Elle ne semblait pas décidée à répondre, pourtant Zayn était réputé pour ne pas laisser tomber aussi facilement, ce qui les opposait.
-Je t'ai connu plus bavarde, tu vas me dire que tu es fatiguée alors que tu es restée deux semaines à dormir ?
-La ferme.
Il laissa échapper un petit rire et tapota sur la main de Sophie posée sur la couverture, qu'elle éloigna aussitôt.
-Je veux bien croire que tu es encore un peu dans les vapes, mais le respect ne s'oublie pas quand on est dans le coma.
-Et toi, t'en as du respect ? Rétorqua-t-elle en se redressant sur son lit afin de lui faire face. Tu me pourris la vie, mais tu n'es même pas capable de venir me voir à l'hôpital.
Leurs regards étaient braqués l'un dans l'autre, et elle semblait le fusiller du regard, pourtant il laissa échapper un nouveau rire.
-Je t'ai tant manqué que ça ?
-Va te faire voir.
Elle se leva rapidement de son lit et se dirigea vers sa fenêtre. Cela faisait deux semaines qu'elle n'avait pas regardé par cette fenêtre, et pourtant il ne lui semblait pas que ça lui avait manqué. En réalité elle savait pertinemment qu'elle avait été inconsciente durant ces deux semaines, hormis dans ses rêves, et elle se demandait bien qu'est-ce qui avait bien pu se passer lorsqu'elle n'était pas là. Peut-être y avait-il eu un nouvel attentat, ou bien un nouveau président avait été élu. Elle n'en savait rien, et pourtant elle ne souhaitait pas le demander.
-Tu penses à quoi ?
Elle sursauta en remarquant la présence de Zayn près d'elle, et elle se retourna en direction de sa porte.
-Au départ, quand j'ai passé cette porte, j'ai cru que tu avais changé, que tu étais devenue plus calme. Mais en fait ça n'est pas le cas. Tu n'as pas changé, et tu ne changeras jamais.
-Bah pourquoi tu restes si je ne vais pas changer ? Dégage alors, ça me fera des vacances.
-Ça ne te fait rien que je ne crois pas en toi ? Tu t'en moques de voir que personne ne croit en toi et que tu es de nouveau seule, comme avant ?
Elle ne répondit pas.
-Moi à ta place j'aurais la haine, tu vois, je me bougerais. Je ferais en sorte de ne pas décevoir les personnes qui croient en moi. Pourtant toi tu restes faibles, tu restes dans ton monde de droguée et tu ne veux pas en sortir parce que tu as peur de la réalité, tu as peur du monde et tu as peur de voir la vraie personne que tu es.
Zayn observait attentivement les réactions de sa patiente, et voir qu'elle refermait peu à peu ses poings lui indiquaient qu'elle allait perdre patience, dans très peu de temps.
-Tu crois que tes parents seraient fiers ? Tu crois qu'ils aimeraient te voir dans un tel état ? Moi je pense que non. D'où ils sont ils ont surement hontes. Ils ont hontes d'avoir une fille comme toi et...
-Ne parle pas de mes parents comme si tu les connaissais, le coupa-t-elle brusquement d'un ton sec.
Elle se tourna vers le jeune homme qui ne la lâchait pas des yeux depuis son arrivée dans le chambre.
-Sinon quoi ? Tu vas me faire quoi ? Il faut voir la réalité en face Sophie, tu es minable, et tes parents ont hontes de voir ce que tu deviens.
Le visage de Zayn vira violemment sur son côté gauche. Un petit sourire prit forme sur son visage mais elle continua à le fusiller du regard, souhaitant probablement sa mort à cet instant-même.
-Ouah, quelle attaque Sophie, c'était beau. Mais tu sais que tu baisses encore plus dans l'estime de tes parents ? Tu sais qu'ils souhaiteraient ne jamais t'avoir faites s'ils voyaient qui tu étais aujourd'hui ?
Les yeux de la jeune fille viraient doucement au rouge, et à sa plus grande attente, elle poussa Zayn de pas son torse mais celui-ci resta sur place.
-T'es pathétique, autant que tes parents.
A ces mots, elle leva le bras et lui colla une seconde fois sa main dans la joue de Zayn qui vit encore son visage virer vers la gauche. Quelques larmes s'échappèrent des yeux de Sophie, et elle était sur le point de lui mettre une troisième claque lorsque le jeune brun attrapa brusquement les poignets de Sophie et la colla contre son armoire. Il maintenait fermement entre ses doigts les deux membres de la jeune fille, jusqu'au point de lui faire mal, pourtant elle ne ressentait pas cette douleur, pas maintenant. La rage monta rapidement en Zayn. Il fixait furieusement la jeune fille qui avait tenté de lui mettre une troisième claque, alors que seulement la première avait été prévu.
-Tu me refais ça et je te déboîte la mâchoire, cracha-t-il durement. Tu crois que je suis ton pote ? Tu crois que tu peux mettre ta haine sur moi ? Je te jure que je vais te faire comprendre qui je suis si tu le relèves, ne serait-ce qu'un doigt, vers moi.
Sophie tentait avec bien que mal d'ôter ses poignets de la poigne de Zayn, mais il la maintenait fermement contre le meuble, resserrant ses mains autour de la peau, au risque de lui broyer les os. Les larmes coulaient davantage sur les jours de Sophie, et même si elle semblait plus en total désespoir qu'une mauvaise fille, il voulait la remettre dans le droit chemin.
-J'ai du respect envers toi, reprit-il calmement en mâchant ses mots. J'ai du respect et je souhaite en avoir en retour. Quand je te parle, tu me réponds. Quand je te demande quelque chose, tu le fais. C'est seulement ce que je te demande, alors fais en sorte de ne pas me décevoir.
Il relâcha soudainement les poignets de la jeune fille et se dirigea vers la porte où il s'arrêta, avant de poser sa main sur la poignée.
-Je viens te chercher demain à neuf heures. Sois prête.
Zayn ouvrit la porte, et disparut quelques instants plus tard dans le couloir, avant que Sophie ne vienne s'écrouler sur le sol, en pleurs.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top