Chapitre trois
Ce sont des cris et des gémissements d'effort qui nous accueillent dans la salle d'entraînement. Elle est déjà occupée par un élève, debout au centre, fermement campé sur ses deux jambes. Un bâton en bois dans la main droite, il donne des coups et effectue des mouvements compliqués que je n'arrive presque pas à distinguer tellement il est rapide. Seulement vêtu d'un jogging noir, il s'entraîne au combat torse-nu et je dois avouer que ce n'est pas désagréable à regarder. De toute façon, tous les élèves sont musclés et en très bonne santé physique par ici. C'est pourquoi j'ai intérêt à développer rapidement une force musculaire suffisante.
Le jeune homme est blond et concentré sur son enchaînement, c'est pourquoi Sara préfère attendre qu'il ai terminé avant de s'adresser à lui :
« Hale ! Tu veux te joindre à nous ?
— Non. De toute façon, j'ai finis » répond-il.
Et il s'en va, comme si nous l'avions dérangé. Clayra à ma gauche se détourne du groupe et se dirige vers un des murs afin de saisir quelques armes d'entraînement. De simples bâtons, identiques à celui que le dénommé Hale utilisait quelques temps plus tôt.
Elle retourne se placer au centre du tapis, et Sara vient se placer à sa droite. Elle tend soudainement ses deux bras en avant et deux chaînes sortant de ses manches viennent se placer entre ses doigts. Elle les fait tourner quelques secondes et regarde ensuite les deux jumeaux.
« Bon alors, on s'y met ? »
* *
Mes muscles me brûlent, de la transpiration coule le long de mon dos et mes pommettes sont rougies par l'effort. Plus jamais je me lance là-dedans.
Une fois sortis de l'entraînement, on file aux douches communes avant d'aller déjeuner, et Sara m'apprend qu'un sort protège ces douches. On peut apparemment choisir de l'activer ou non en entrant. Il permet de nous rendre indétectable auprès de nos camarades et de se doucher dans le calme. C'est pour cela que j'avais été seule hier soir.
J'accède pour la première fois à la cantine de la Constitution et je commence à m'habituer à la grandeur des pièces de ce bâtiment. Celle-ci est tout en longueur et des tables sont disposées un peu de partout, sans ordre apparent. Comme il est encore tôt, il y a très peu d'élèves présents : deux tables seulement sont occupés. La première est réquisitionnée par Hale et trois autres personnes que je n'ai encore jamais vu. Bizarrement, je n'ai aucune envie d'aller manger avec eux. Serait-ce lié au fait qu'il ait été distant et froid envers nous au début de l'entraînement ?
Ce qui est sûr par contre, c'est que nous sommes nourris comme des rois ici. La nourriture est sous forme de buffet et j'ai l'impression qu'il y en a pour tous les goûts. Des croissants, du pain, des bagels, des beignets, des gaufres, des galettes, des pancakes, des œufs, du bacon, des biscottes, des céréales, du thé, du chocolat chaud, des dizaines de sortes de café, des frappés, des smoothies, des jus de fruits, des bananes, pommes, poires... Je vois même des aliments inconnus, certainement liés à des cultures bizarres.
« Pourquoi y a-t-il autant à manger à chaque fois ? questionné-je.
— Nous venons tous de régions et de pays différents. Le Maître fait donc en sorte que le changement ne soit pas trop brutal », me répond Edwin.
J'hoche la tête, compréhensive. Je n'avais pas du tout pensé à ça ! Etant britannique, je ne me suis pas inquiétée de la qualité de la nourriture : nous ne sommes pas très exigeant.
D'ailleurs, sur quel continent se trouve la Constitution ? Pourquoi n'en ai-je jamais entendu parler ?
« Clayra ?
— Oui ?
— Où sommes-nous ?
— A la Constitution...
— Non, je veux dire, dans le monde ?
— Personne ne sait vraiment. Toute la propriété est bordée d'immenses murs et le Maître ne nous a jamais expliqué pourquoi. Aucun élève n'a jamais tenté d'en savoir plus, mais ça m'intrigue depuis bien longtemps » raconte-elle.
Je ne sais pas bien quoi en penser. Est-ce dû au fait que toutes les personnes présentes ici aient des capacités spéciales ? Ou alors le Maître - et donc la Constitution - cherchent-ils à cacher quelque chose ? Quoi que ce soit, c'est bien trop étrange pour que je ne m'y intéresse pas plus en détails.
Soudainement, les portes de la cantine s'ouvrent en grand et un groupe de jeunes entrent dans la pièce, et tout le monde se retourne pour les observer. Ils accaparent la pièce, les regards, l'ambiance de la salle. J'ai vraiment l'impression de me trouver dans un Lycée et de revenir dans mes jeunes années. Ce bâtiment regorge de secrets, de tensions, de drames et d'histoires d'amour. Cliché n'est-ce pas ?
« Qui sont-ils ? interrogé-je.
— Les communs, répondit Sara, ils sont bruyants, arrogants et terriblement gênants.
— Les communs ? enchainé-je, Ah oui ! Les élèves de type eau, feu, terre et vent c'est cela ?
— N'oublie pas les esprits, ajoute Erwin en souriant. Ils sont très importants, sauf en mission.
— Evidemment » enchaîne Clayra, en rigolant.
Tout le groupe se déplace alors en direction du buffet, apparemment affamés. Décidée à profiter de mon petit déjeuner, je l'engloutis à une vitesse folle.
Ensuite, c'est au tour d'un groupe de trois jeunes filles d'entrer en scène, mais cette fois-ci, je ne leur porte pas plus d'attention que cela, je suis bien trop accaparée par mes pensées.
Même si ma vie d'avant était calme et reposante - si on exclu ma dernière soirée bien sûr -, je suis heureuse d'être arrivée ici, malgré le mystère qui pèse sur cet endroit. Me rendre à mon travail me manque beaucoup, c'est sûr, surtout le contact que j'avais avec mes patients. Mais je pense pouvoir me faire à l'idée que je ne retournerai plus jamais dans cet hôpital. J'ai surtout vraiment hâte d'en savoir plus sur les capacités de chaque élève dans ce bâtiment mais également de comprendre son origine et ce qu'est exactement la Constitution. En parlant de cela, je n'ai toujours aucune idée d'en quoi consistent les missions dont Clayra m'a parlé.
Un toussotement me sort alors de mes pensées et je me rends compte, non sans gêne, que j'avais les yeux fixés dans la chevelure blonde du dénommé Hale, assis deux rangs devant moi. En effet, j'avais apparemment effectué ce qu'on appelle communément le « regard dans le vide » sans m'en rentre compte. Sinon ce ne serait pas drôle n'est-ce pas ?
Gênée, je détourne le regard, espérant sans beaucoup d'espoir qu'il fasse de même et qu'on en finisse là. Malheureusement, il sourit et ajoute même :
« Bah alors ? Ne sois pas timide, je comprends tout à fait que tu baves devant mes si beaux cheveux ! »
Je secoue la tête, dépitée. Narcissique donc ?
« Désolée pour toi, mais j'étais juste plongée dans mes pensées. Mais si tu y tiens tant, je te propose qu'on remette ça à plus tard ? rétorqué-je.
— La prochaine fois, j'espère pour toi que tu baveras sur une autre partie de mon corps... » conclut-il, fier de lui.
Je soupire une énième fois et me demande bien ce qui lui arrive. Quelques heures plus tôt, il ne nous décroche presque rien et s'énerve tandis que là, il est taquin et bienveillant ? Que lui arrive-t-il ?
Je ramène la totalité de mes cheveux sur la gauche de mon visage et en profite pour vérifier qu'aucun de mes camarades n'ait surpris notre échange avec Hale. Quel âge a-t-il d'ailleurs ? Quels âges ont-ils tous ? C'est à ce moment-là que je me rends compte que je suis la plus jeune de l'entièreté du bâtiment, malgré les apparences. Je décide donc de leur poser la question. Edwin et son frère m'annoncent qu'ils ont cent vingt deux ans et Sara m'informe qu'elle en a cent seize.
« Tu es donc arrivée peu de temps après eux ? questionné-je.
— En effet, mais il nous a fallu plus de trente ans pour se supporter mutuellement, Edwin et moi, répond-elle.
— Vraiment ? C'est incroyable ! » m'exclamé-je.
Je souris, amusée. J'aimerais bien avoir un peu plus de détails mais ils semblent tous les deux avares de ragots.
Une fois l'estomac de tout le monde rassasié, Clayra m'indique qu'il est temps d'entamer la seconde partie de l'entraînement : la pratique et le développement de nos capacités.
« Lorsque nous ne sommes pas en mission, on consacre notre temps à exercer et renforcer nos compétences. Le repos entre deux voyages peut durer très peu de temps, comme plusieurs semaines, alors on en profite un maximum, enchaîne-t-elle.
— Vous parlez souvent de ces missions, mais en quoi consistent-elles exactement ? demandé-je.
— Hmm..., elle marque une pause puis, je ne crois pas que ce soit à moi de t'expliquer, mais tu le sauras certainement bientôt. »
On traverse plusieurs couloirs et arrivons devant les grandes portes. A nouveau, je suis ébahie devant leur taille et leur somptuosité. Une fois à l'extérieur, je redécouvre le jardin et je me dépêche de rattraper mes compagnons afin de ne rien rater.
Au lieu de retourner près de la fontaine, on s'enfonce plus loin dans la forêt et je m'extasie devant des dizaines de plantes et fleurs différentes. On arrive enfin dans une clairière circulaire, bordée de buissons et de chênes très espacés les uns les autres, laissant filtrer la lumière. Le sol est meuble et propre, ne présentant aucune trace de passage humain ou de détérioration. Plusieurs rochers sont situés en son sein, un peu de partout, sans ordre précis.
Sans un mot, mes camarades se placent face à face, deux de chaque côté. Je ne sais absolument pas quoi faire et suis impressionnée par l'ambiance qui règne dans l'atmosphère. C'est comme si l'air s'était chargé d'électricité - sans mauvais jeu de mots - et qu'une extrême tension s'était abattue au dessus de leurs visages.
« Vas t'asseoir Kate, on risque de te blesser sinon », murmure Edwin.
Je m'empresse de faire ce qu'il me dit et ne perd aucune miette du spectacle.
Sara est la première à manifester son arme que j'avais déjà aperçue le matin même. Cette fois pourtant, ses chaînes diffusent un étrange halo bleutée et crépitent. Serait-ce son pouvoir ? Son compagnon lui, ne réalise aucun mouvement. Pourtant, les deux plaques d'acier constamment enroulées autour de ses mollets se mettent également à briller.
Je réalise alors que trois des rivaux sont de type électrique, contrairement à Clayra. Et me rappelant de la leçon de la veille, je comprends qu'elle présente un net désavantage par rapport au couple ennemi. L'arme d'Erwin n'ayant pas encore été révélée, je m'agite, confuse. Que dois-je faire ? Dois-je tenter de les rejoindre et prendre part à l'affrontement ? Vont-ils se battre sauvagement, comme lors de leurs mystérieuses missions ou amicalement ? Car il me paraît évidement que Clayra et Erwin n'ont aucune chance face à leurs adversaires.
C'est alors que mon amie à la peluche disparaît d'un coup, comme évaporée. Sara se met immédiatement en position de combat et fait tournoyer ses chaînes autour d'elle, le visage crispé par la concentration.
« Je vais te fumer beauté ! » s'écrie-t-elle, visiblement amusée par la situation.
Erwin se projette alors sur l'avant et glisse entre les jambes de son frère afin de se retrouver derrière lui. Il pose alors une main sur son épaule et je l'entends murmurer à son oreille :
« Salut toi... »
Juste après, Edwin gémit et se retourne, projetant son pied dans le tibia de son adversaire, il lui assène un coup si puissant que son frère trébuche et recule de plusieurs mètres. Ensuite, Edwin lui-même se fait désarçonner, mais cette fois par son ennemie invisible. Sara, apercevant enfin Clayra, se retourne et projette son bras en avant, sa chaîne s'enroulant autour de la taille de la brunette. Au même moment, le halo disparaît, probablement pour ne pas faire souffrir cette dernière.
D'un coup, tout le monde relâche la pression du combat et ils se réunissent au centre, frottant la poussière sur leurs genoux et les cailloux sur leurs égratignures.
« J'aurais gardé mon pouvoir activé, ton cœur se serait arrêté Clayra, intervient Sara, malicieuse.
— J'ai vu. Je dois rester constamment en mouvement. Comme d'habitude, je n'y parviens pas, répond-elle.
— Et toi Erwin, ne crie pas victoire trop vite, tu risques d'être déçu ensuite, enchaîne Edwin.
— Tu vas voir qui crie trop facilement... »
Ce dernier se jette sur son frère et débute alors une bataille d'enfants, constituée essentiellement de roulades et de rires. Je me relève et me dirige vers les filles, admirative.
« C'était génial ! Vous êtes si rapides ! m'exclamé-je, toute excitée.
— On va en refaire une, mais cette fois avec vos pouvoirs, à faible dose par contre les gars ! » s'écrie Clayra.
Les jumeaux se calment immédiatement et se placent en face des filles. Retournant m'asseoir sur mon rocher, je me rends compte que les équipes ont changé et que cet affront promet d'être intéressant.
Clayra décide à nouveau d'engager le combat, mais cette fois sans disparaître. Elle tourne autour d'Edwin, attendant certainement qu'il fasse le premier mouvement. Sa jambe gauche décolle alors du sol pour venir se placer au niveau de la taille de mon amie. Son étrange plaque autour de sa cheville se met alors à briller, comme électrisé. J'essaye d'avertir Clayra mais le temps que j'inspire pour crier, cette dernière est déjà pliée en deux et a esquivé le coup. Au même moment, elle disparaît enfin.
Et c'est là que tout s'enchaîne.
Erwin qui juste là était resté inactif se jette à nouveau en avant et atterrit sur le sable. Clayra pousse un cri de douleur et réapparaît, plaquée entre le torse du jeune homme et le sol. Sara ayant tenté de protéger son alliée, sa chaîne électrifiée - à la base censée aller se loger autour du ventre d'Erwin - avait atterri autour de la cheville d'Edwin et provoqué une explosion lors de la rencontre entre les deux métaux. Une explosion telle que les deux électriques s'étaient retrouvés plaqués à plusieurs mètres l'un de l'autre contre le sol.
Un nuage de poussière couvre la scène finale et je me dépêche d'aller aider Sara à se redresser, étendue toute proche du rocher sur lequel j'étais assis.
« Est-ce que ça va ? demandé-je.
— Oui ne t'en fais pas, juste un court circuit. » répond-elle en souriant.
On rejoint les trois autres et j'ai à peine le temps deux trous en forme de main dans le costume de Clayra et deux brûlures que l'ensemble se referme devant mes yeux. Le sang qui avait commencé à couler s'évapore, la peau se recolle et plus aucune trace d'une éventuelle blessure ne persiste. Que venait-il de se passer ?
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top