Chapitre 13

Que mangiez-vous pour le petit déjeuner ? Des oeufs et du bacon ? Des pancakes recouverts de sirop d'érable et de beurre fondant ou encore un pain au chocolat ou un croissant ? Il y avait mille plats à évoquer et mille autre à déguster quand on parlait du premier repas de la journée. De ce moment que certains adorés, tandis que d'autres préféraient le sauter, jugeant qu'ils valaient mieux garder les yeux encore un peu fermés plutôt que de manger. Ils dormaient, buvaient un café et couraient travailler, pendant que j'avais toujours eu, pour ma part, un rituel plutôt inhabituel. Au lieu de manger ce qui était conventionnel, je buvais un précieux thé blanc chinois que je ne sucrais pas et l'accompagnais d'un ou deux biscuits, faisant de ma matinée, une heure du thé réinventée. Un moment que je passais aujourd'hui en compagnie de Seth, qui avait pris sa journée pour que nous puissions goûter aux joies qu'un couple partageait.

À de l'attention et de l'affection, des mots doux et des chocolats, tout ce qui semblait ne pas aller avec cet homme-là ou qui lui allait au contraire trop bien. Alors que le soleil d'hiver perçait difficilement à travers ma fenêtre, il était arrivé les mains remplies de quoi me combler, de mes fleurs et de mes douceurs préférées. De ces petites choses qui faisaient que même en hiver, la journée pouvait être emplie de lumière. D'une clarté qui n'était pas dans le ciel, mais en soi-même.

Au lieu de m'offrir un bouquet de roses rouge, il avait choisi un magnifique arrangement de fleurs de lys et de corbeilles d'argent, deux des fleurs que j'avais toujours préférés et qu'il était très difficile de trouver et d'harmoniser. S'étant visiblement renseigné sur mes préférences, il avait également accompagné, cette composition de mes biscuits favoris. De délicieux cookies aux pépites de chocolat qu'on trouvait chez Leaven et dont le coeur fondant n'enlevait rien à leur croustillant, ainsi qu'à une garniture qui tout en étant gourmande et généreuse, restait tout de même bien dosée et très équilibrée.

— Comment as-tu su que j'adorais ces biscuits, demandais-je en croquant dans un cookie et en essayant de ne pas recouvrir de miettes, les précieux sièges en cuir de son véhicule.

— N'oublie pas que j'ai mes sources mon coeur.

— Tu as donc questionné Noah sur mes préférences ?

— On ne peut visiblement rien te cacher mon chaton.

— Je ne suis pas sûre d'aimer que vous parliez de moi derrière mon dos.

— Ne t'inquiète pas, dit-il d'un ton un peu trop malicieux à mon goût, ce qui compte restera toujours entre nous.

Ce qui comptait, je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait, mais je supposais, qu'il parlait de passion et d'intimité, de tout ce qui devait rester derrière des portes fermées pour mieux exister, pour éviter qu'un mot ne serve à tout résumer.

La société voyait en effet sur un visage, un tout unifié qui parlait d'une vie et d'une personnalité et non une multiplicité de traits qui s'accordaient pour former votre portrait. Pour que vous soyez une femme d'esprit, de coeur et de vie. Nous pouvions être beaucoup de choses à la fois et nous en avions le droit, mais le savoir et l'accepter était deux choses éloignées. Avoir le courage d'être à soi-même dans un monde qui voulait en permanence nous faire porter le poids de ses choix et de ses vérités, n'était pas forcément aisé. À chaque fois que je m'imaginais m'abandonner à mes désirs, je voyais dans ma tête des milliers de projecteurs imaginaires qui attendaient d'être braqués sur moi.

Tout un monde qui était là et pour lequel je devais trouver une façon de justifier mes choix. D'expliquer le pourquoi du comment, alors que tout ce que je voulais, c'était vivre l'instant présent. De savoir ce que cela faisait de jouir plusieurs fois d'affilée, de connaître le goût que pouvait avoir une suspension, de sentir se refermer sur ma peau des cordes qui m'enserreraient comme un cocon. J'avais envie d'être complètement libérée des carcans de la société et grâce à Seth j'y arrivais. Je pouvais être épanouie dans l'intimité même si je ne savais pas encore comment faire preuve du même épanouissement en cet instant. Après ce que nous avions vécu tous les deux, j'avais pensé que tout aurait été instinctif et aisé, que nous aurions gagné du temps sur un couple qui commençait à peine à se prendre la main et à se regarder dans les yeux, mais tout ce qu'on pensait, n'était pas toujours vrai.

Ce que nous voulions l'un de l'autre dans la passion, nous le savions, alors que nous ignorions encore la façon de communier en dehors de celle-ci, de partager d'autres aspects de notre vie et de notre esprit. Je ne savais pas sur quelle pieds danser, alors je me contentais de passer un doigt sur la buée s'étant formée sur la vitre, pour laisser New-York se frayait un chemin jusqu'à moi. Sur la côte Ouest, j'aurais ouvert la fenêtre et passé ma main à travers pour sentir le vent et le soleil. Pour croire l'espace d'un instant, que le chemin était plus beau que la destination, qu'il n'y avait pas d'endroit où aller, juste des sentiments à éprouver. En Californie, les routes faisaient rêver, mais ici il n'y avait pas de grandes bouffées d'air frais et d'évadée lyrique et poétique, juste des voitures, du froid et une vue indistincte. Il n'y avait rien et ni Seth, ni moi n'étions doués pour les conversations de salons, alors la sonnerie de son téléphone m'apparut comme une libération.

— Réponds dis-je peut-être un peu trop joyeusement, pendant qu'il décrochait et entamait une longue conversation en russe.

— Je suis désolée mon coeur, ce sont les affaires du club.

— Quelle affaire ?

— Rien qui ne te concerne.

— Et si j'ai tout de même envie de savoir, protestais-je avec plus de détermination que n'en demandait  la situation, mais ces affaires étaient les miennes d'une certaine façon.

Noah avait construit l'empire qu'était Black and White Tale avec l'argent de nos parents et m'avait toujours traité équitablement. Je possédais donc des parts importantes de ces clubs qui avaient quadruplé la fortune d'origine de ma famille et goûtais à tous les bénéfices qu'ils engendraient, faisant ainsi que l'argent soit bien loin d'être un problème au quotidien. Nous étions riches et nos parents l'avaient été également, mais d'où provenait notre fortune, je ne me l'étais jamais demandée, ayant toujours eu une confiance aveugle en mon frère.

Quand j'avais atteint ma majorité, j'avais signé ce qui devait l'être et regardé de l'autre côté, sans me questionner sur le pourquoi du comment sur la manière dont on pouvait se faire tant d'argent. J'avais fait des études d'art, écrit et illustré des livres pour enfants et vécu dans un monde rempli de lutins et d'animaux parlants. Pour moi savoir de combien de tours serait constitué le palais de la belle au bois dormant ou si les lapins d'un livre pour les deux trois ans, seraient plus joufflus que charmants avaient été des questions plus importantes que les comptes et les placements. Je ne m'étais jamais embêté à savoir pourquoi Noah avait abandonné sa vie entière pour se consacrer à nos affaires ou si la ruine nous aurait vraiment marqué, s'il n'avait pas tout donné à notre patrimoine financier. Qu'est-ce qui avait été si important à gérer pour que le Black and White et nos intérêts deviennent son univers tout entier ? Rien ou tout peut-être, j'en savais trop peu, pour pouvoir le dire, mon esprit d'adulte étant encore rempli de l'insouciance d'une petite fille.

De l'enfant que j'étais et qui c'était davantage soucié d'avoir un univers mental équilibré, plutôt que de savoir de quoi il vivait. Je n'avais jamais cherché de logique et de cohérence, en me disant à moi-même pour justifier mon désintérêt que cohérente, la vie ne l'était jamais. Enfant j'avais questionné ma nourrice, une bonne dame chinoise, d'une cinquantaine d'années, robuste et avisé, sur la raison pour laquelle elle avait épousé son mari et elle m'avait alors simplement répondu, que c'était parce qu'il habitait à côté et qu'il fallait bien se marier. Plus tard, j'avais interrogé de la même façon le mari en question et il m'avait répondu que c'était parce que sa femme l'avait choisi et qu'on ne disait jamais non à une femme qui jetait son dévolu sur vous. La vie n'était pas toujours logique et Seth n'était pas mon frère. Ce n'était pas à lui de m'expliquer le pourquoi du comment des choix de Noah, mais il pouvait tout de même me parler du Black and White.

— As-tu vraiment envié que je te parle de ce que les milliardaires russes aiment faire à leurs femmes ? reprit-il au bout d'un moment avec un petit air cynique. Des contrats qu'ils signent et des accessoires qu'on leur prépare ? Nous pouvons si tu le souhaites aller tout de suite au club, pour développer ton éducation sur le sujet mon chaton. Il y a tant de jouets dont tu ignores l'utilité, dit-il entre la menace et la provocation.

Il semblait vouloir m'effrayer, me détourner de ce qui n'était à l'origine qu'une curiosité anodine et que son comportement étrange transformait en quelque chose de bien plus grand et impressionnant, mais qui pouvait-il y avoir de si terrible dans les recoins sombres du Black and White ? Des rêves qui se vivaient mieux dans l'obscurité ou des secrets qui se camouflaient dans les coins reculés où personne n'allait ? Il y avait-il vraiment une vérité cachée ou ne faisais-je que rêver ? L'avenir nous le dirait, mais étais-je réellement préparée à ce que je trouverais tapis dans l'obscurité ? Était-on jamais préparé à découvrir ce que la noirceur était ? 

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