Après deux heures d'attente insupportable, Rosa retint sa respiration lorsqu'il entra dans son bureau en refermant la porte brutalement.
Visiblement surpris de la voir dans son bureau, il resta un moment devant la porte en plissant du front.
- Rosa ? Que faites-vous ici ? Demanda-t-il en tirant sur sa cravate.
Il y a sept ans, Rosa avait toujours eu ce sentiment qu'aux yeux de cet homme, elle n'était qu'une enfant de qui on se souciait que quand elle avait un chagrin. Aujourd'hui elle ne pouvait plus nier qu'il y avait une tension entre eux. Un trouble qu'elle ne parvenait pas à comprendre.
- Je m'appelle Rosa Ludington.
Il fronça des sourcils.
- Oui je le sais. Dit-il en la couvrant d'un regard incrédule.
- Depuis le début vous savez qui je suis n'est-ce pas ?
Immédiatement, son regard se transforma en une intense lueur indéchiffrable.
Un silence s'épaississait au fil des seconde avant qu'il ne détourne le regard en confirmant le pire.
Alors qu'elle avait l'impression que le sol s'ouvrait sous ses pieds et porta sa main sur son front.
- Mon dieu...
Pétrifiée, se remémorant l'instant où elle lui avait face au bal, Rosa devait se résoudre à affronter une seconde humiliation.
Elle bondit de sa chaise et traversa le bureau en refoulant ses larmes, le regard fixé sur la poignée de porte. Un bras puissant la retint avant qu'elle n'ait eu le temps d'atteindre la porte.
- Ne faites pas ça. Murmura-t-il d'une voix presque éteinte.
- Lâchez-moi immédiatement !
- Non, c'est hors de question. Refusa l'homme en resserrant sa prise.
- Vous espériez m'humilier encore c'est ça ? Dit-elle avec colère.
- Non ! Martela-t-il les yeux noirs de colère. Comment pouvez-vous imaginer ça !
Le cœur sur le point d'exploser en éclat, Rosa ne cilla pas et refoula ses larmes.
- Depuis le début vous savez qui je suis et vous m'avez menti !
Elle se détourna pour tenter de partir mais d'un geste impérieux la retourna en la soulevant presque hors du sol.
- Vous aussi vous n'avez pas été honnête mademoiselle Ludington. Fit-il valoir d'un sifflement.
Profitant de sa prise féroce sur son bras, Rosa se rapprocha de son visage incliné en avant.
- Comment aurais-je pu oublier votre visage monsieur Haugthon ? Cracha-t-elle en proie à une vive colère.
Ses mâchoires tressautèrent violemment.
- C'est vous n'est-ce pas ? Murmura-t-elle en comprenant à présent pourquoi Kelly n'avait pas le souvenir de l'avoir invité. C'est vous qui m'avais fait venir ici ? Pas Kelly ?
- Oui...avoua-t-il d'une voix contenue d'un accès de rage sur le point d'exploser.
- Pourquoi ? Pour...
- Parce que je voulais savoir ce que vous étiez devenu ! Cria l'homme si fort qu'elle crut que les murs avaient tremblés.
Rosa respirait à présent par saccade alors qu'il venait d'exploser de rage.
Il la lâcha soudain en reculant d'un pas, les traits tourmentés.
- Je voulais savoir si vous..
- Si je ne faisais pas le trottoir ? Coupa-t-elle sans se laisser démonter.
- Assez ! Petite idiote ! Siffla-t-il en s'approchant de nouveau.
Devant son regard meurtrier Rosa chercha un second souffle pour l'affronter.
- Ce baiser aussi rapide qu'il ne l'a été, commença-t-elle d'une voix éraillée, n'étais qu'une erreur de ma part.
- Je ne vous ai jamais mis en cause Rosa.
- Bien sûr que si ! S'écria-t-elle en essayant de contrôler le flux sanguins qui courait dans ses veines. Je suis entièrement responsable ! Et je refuse de reparler de cet incident.
Il émit un sourire amer.
- Vous pensez que je ne regrette pas c'est ça ? Déduit l'homme en secouant de la tête. Vous pensez que j'ai bien vécu la façon dont je vous ai traité ?
Lui ? Avoir des remords ?
- Un homme de votre rang ne peut pas ressentir de la peine, ni même une émotion.
- Est-ce là votre ressentiment à mon égard ? Un homme au cœur de pierre ?
- Exactement ! Affirma-t-elle en passant le revers de sa main sur sa joue. Je ne suis pas la seule à le penser figurez-vous, des tas de personnes pensent que vous êtes froid.
Il eut une faible ébauche de la tête et inspira profondément en faisant gonfler son torse.
- Sachez Rosa que cet incident ne franchira plus le seuil de mes lèvres. Déclara-t-il fermement. Vous étiez jeune, encore une enfant mais maintenant vous êtes suffisamment adulte pour comprendre que mes intentions envers vous sont tout à fait honorable.
Sa voix presque de velours et chaude au moment où elle s'y attendait le moins l'enveloppa dans une étole de chaleur qu'elle ne put réprimer.
- Vous êtes en train de me dire que...vous voulez que je continue de travailler pour vous ?
- Vous avez signer un contrat, lui rappela-t-il en plantant son regard dans le sien.
Rosa pouvait-elle continuer de travailler pour lui ? Alors que le simple fait de le regarder lui provoquait des soubresauts ?
- Je ne peux pas, je regrette.
Elle se dirigea vers la porte.
Elle posa ses doigts sur poignée et ses doigts se posèrent sur les siens.
Comment faisait-il pour être aussi rapide ?
Rosa ferma les yeux, prisonnière de sa main qui enfermait la sienne.
- Seriez-vous prête à refuser ce travail pour un incident qui a eu lieu il y a presque huit ans ? Murmura-t-il d'une voix impérieuse. Si vos affirmations s'avèrent vrais Rosa, si vous avez réellement oublié ce baiser à peine existant, alors tâchez de vous montrer professionnelle.
Sur cette injonction, il tourna la poignée de porte et l'ouvrit en détachant lentement ses doigts aux siens.
Trop proche d'un malaise, Rosa quitta le bureau en levant la tête pour paraître ni affectée, ni ébranlée par ce qu'il venait de lui dire.
Pendant un instant elle avait cru qu'il la suivait avant de se rendre compte qu'elle perdait la tête. Elle s'enferma dans sa chambre et colla son front à la porte.
Izar ferma les yeux en ne cessant de ressasser l'horrible situation qui lui imposait de réfléchir prudemment.
Rosa était une jeune femme très intelligente, assez pour l'avoir percé à jour. Ses regards à son encontre l'avaient trahis. Izar devait l'admettre, il avait passé plus de temps à la regarder qu'à songer à se montrer sincère avec elle.
Il soupira en surveillant la cour principale, là où depuis des heures, il attendait de voir Rosa s'en aller avec son sac sous le bras.
Seulement rien ne se passait.
En dépit de son infime soulagement, Izar ressentait au tréfonds de son être quelque chose brouiller son esprit.
Une chose dangereuse, un désir, une fournaise qui faisait rage en lui.
Rosa.
Quelques coups à la porte l'extirpèrent de ses pensées presque salaces.
- Entrez !
Lorsque la silhouette de Rosa émergea de l'ombre de l'encadrement, Izar se leva au ralenti en peinant croire qu'elle était toujours ici.
De plus, elle s'était changée.
Ses cheveux d'or étaient tressé avec empressement, quelques mèches rebelles tombaient sur son visage.
Elle portait un châle, cachant sa robe blanche en coton.
Izar déglutit difficilement devant cette créature émergeant des eaux troubles.
- Je vous dérange ?
- Pas le moins du monde, asseyez-vous.
- Non merci, je préfère rester debout.
Izar opina et demeura silencieux, car sur son visage trop pâle, Izar y décelait une certaine appréhension.
- Je suis venue vous dire que vous aviez raison. Dit-elle enfin. Cet incident n'a pas à jouer les trouble-fête dans mon travail et à notre bonne entente.
Izar réprima l'excès de soulagement qui emplissait son être de savoir qu'elle avait décidé de rester.
- Je suis navré Rosa de vous avoir menti, dit-il en faisant le tour de son bureau. Mais si je vous ai choisie pour l'organisation c'est que vous avez du potentiel.
Elle serra le châle en expirant par la bouche par saccade.
- Merci monsieur.
- Appelez-moi Izar.
Ses yeux bleus se plongèrent dans les siens.
- Maintenant que nous savons qui nous sommes, je suis sûre que tout sera moins compliqué. Assura la jeune femme en esquissant un sourire.
Izar savait que tout se compliquerait à partir de maintenant.
Et la lueur d'incertitude qu'il lut dans ses yeux céruléen lui confirma que malgré l'éclatement de la vérité, rien ne serait moins compliqué.
- Vous avez raison. Déclara-t-il en sachant qu'il mentait.
Elle opina de la tête et s'inclina.
- Alors je vous dis à demain.
Izar la retint par le bras avant qu'elle ne se retourne complètement.
- Attendez Rosa...
Elle baissa ses yeux sur sa main qui renfermait son bras puis les levèrent vers lui.
- Oui ?
- Je voulais vous présenter mes condoléances pour votre père, c'était un homme formidable.
Ses yeux se mirent à briller.
Un sourire s'étira sur son visage.
Un sourire qui voulait rendre hommage à son père.
- Merci infiniment. Murmura-t-elle avec émotions, je le suis également pour le vôtre.
Izar se contenta d'incliner la tête en remerciement.
- À demain...Izar. Murmura-t-elle en s'en allant.
Une fois que la porte se referma sur elle, Izar resta planté au milieux de son bureau en sachant au plus profond de lui, que rien, absolument rien ne serait plus pareille maintenant qu'ils savaient ce qu'ils étaient l'un pour l'autre.
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